Le diagnostic du président est sévère : « on a enfermé les habitants des quartiers ». Vingt ans de politique de la ville durant lesquels  »on a dépensé de l’argent », 751 quartiers en Zone Urbaine Sensible et 2200 quartiers prioritaires par la politique de la ville. Or, selon le Président, aucun quartier n’a réussi à sortir de ces dispositifs et il faut donc tout repenser, ces politiques ayant été complètement inefficaces.

Nicolas Sarkozy a commencé en frappant fort. Il est revenu avec son ancien discours de ministre de l’intérieur en dénonçant pendant un long moment « la voyoucratie » à qui il veut déclarer une guerre sans merci. « Une lutte sans pitié contre les trafiquants de drogue et les mafias » qui seront traqués par les GIR. Le vocabulaire est toujours aussi fort, aussi violent. De l’aveu d’Henri Guaino, plume présidentielle, cette partie du discours a pour objectif de rassurer les français. Ce sera le rôle de la remise en place de la police de proximité, rebaptisée Unité Territoriale de Quartier qu’il avait supprimée en 2002. « J’assume tout ce que j’ai dit par le passé » a-t-il lancé à la salle faisant allusion aux termes de racailles et Kärcher qui avaient mis le feu aux poudres en 2005.

Concernant le contenu de ce plan, on retrouve les grands contours annoncés précédemment avec quelques précisions supplémentaires. On est loin du plan Marshall annoncé lors de la campagne présidentielle. Tout d’abord et c’est la première surprise, des fonctionnaires en plus dans les quartiers. Un représentant de l’Etat sera présent physiquement dans chaque quartier dès le 1er Septembre 2008. Aucune précision n’est cependant donnée sur le recrutement de ces fonctionnaires et sur les modalités de cette implantation.

Sur le désenclavement, il s’appuie sur des exemples précis : Bondy, Montfermeil, Grigny et leurs quartiers isolés qu’il faut relier aux pôles d’emplois en améliorant les transports en commun. Le maire de Clichy sous bois présent dans la salle a particulièrement dû bien recevoir l’annonce de l’extension du tram-train n°4 vers le plateau de Clichy-Montfermeil. Sur l’emploi, un appel aux entreprises pour plus de prise en compte de la diversité et surtout une invitation aux jeunes à se lever tôt pour s’en sortir. Encore une fois, on est sur le registre du volontarisme et la détestation de l’assistanat. « Ceux qui ne veulent pas travailler ne doivent pas être aidés ».

Pour mettre les jeunes au travail, la création d’un contrat d’autonomie. Chaque jeune sans emploi sera suivi jusqu’à ce que lui soit proposée une solution de formation ou d’apprentissage. Une mesure déjà annoncée par Dominique de Villepin en Novembre 2005, une mesure qui n’a jamais vu le jour.

Parmi les thèmes importants, la généralisation des écoles de la deuxième chance qui seront, selon Nicolas Sarkozy, une des priorités de son quinquennat. Un marquage à la culotte des jeunes de 16 ans sortis de l’école sans qualification. Enfin sur l’éducation, 5 % des meilleurs élèves des quartiers dans les prépas de centre ville, la mise en place de 30 sites d’excellence en banlieue et le développement d’internats afin d’isoler les meilleurs élèves de leurs quartiers. Une idée contestable car il est à la fois important pour un enfant d’être proche de sa famille et pour les quartiers d’être tiré vers le haut par de bons éléments. Pas de précisions sur les éventuels moyens qui seront donnés aux écoles de quartiers pour accueillir au mieux les élèves qui resteront.

D’une manière générale, ce plan espoir banlieue, à une ou deux mesures près, n’invente rien et Nicolas Sarkozy regroupe un ensemble de dispositifs existants qu’il affirme simplement avec plus de conviction et son talent désormais connu pour ce type d’exercice. Il charge chaque ministre concerné de mettre en application ces mesures. Une chose est certaine, les acteurs sociaux qui étaient en nombre ce matin étaient plutôt réservés. Sur ce dossier aussi, la rupture n’aura pas lieu.

Mohamed Hamidi

Mohamed Hamidi

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