Dans cette commune du Val-de-Marne (94), la liste du Front national orchestre une campagne choc autour de l’insécurité. Sur les tracts le registre est clair et se décline sur les termes de « barbarie » et « violence ». Un collectif d’habitants de différents quartiers a décidé de réagir.

Durant les élections, qu’elles soient locales ou nationales, les partis politiques ont pris pour habitude de faire miroiter aux citoyens, tout particulièrement ceux de la banlieue, une vie idyllique. Ainsi afin d’arracher un maximum de vote à ces derniers, chacun y va de sa petite stratégie. Il y a donc le candidat qui, bien qu’étant logé sous les roses, promet monts et merveilles en feignant de comprendre et de partager l’angoisse des citoyens face aux difficultés du quotidien. Suit juste après le candidat qui, enivré par ses mensonges, se présente comme étant le messie venu changer l’eau en vin. Et puis il y a… le candidat du front national.

À l’approche des échéances municipales, des adhérents du parti de l’extrême droite ont décidé de monter, pour la première fois, une liste dans la commune d’Accueil (94). Pour arriver en tête de la petite ville de 20 000 habitants, détenue depuis 1997 par un maire d’étiquette CAP (Convention pour une alternative citoyenne)-Gauche citoyenne puis EELV, ils ont adopté une stratégie pour le moins étonnante. Pas de rencontre avec les habitants sur la place du marché ni d’affiches placardées sur les panneaux prévus à cet effet, mais des tracts glissés dans la boîte aux lettres des habitants. Sur ces tracts, le Front national n’y va pas de main morte avec les formules chocs. « Ultra-violence dans les rues d’Accueil ! Mettons en place la tolérance zéro » disent-ils en-tête de l’affiche avant d’appliquer leur manipulation bien ficelée.

IMAG1299IMAG1299Le procédé est toujours le même. Les auteurs des tracts commencent par rappeler des faits divers fort regrettables tels que l’agression d’un homme au couteau par un autre lors d’une altercation ou celle d’une vielle dame de 88 ans par deux adolescents âgée de 11 ans et 13 ans. Puis s’enchaine un flot d’affabulations avec des mots bien choisis afin d’attiser l’inquiétude du lecteur. Ainsi, ils dénoncent « l’insécurité persistante » ou encore le « barbarisme » dans les rues de la ville. En outre, si l’on en croit les mots inscrits sur l’un des tracts, la commune d’Arcueil serait devenue une zone de non-droit. « La gravité de la situation est à ce point élevée que notre commune trouverait une place de choix dans l’ouvrage de référence en matière de violence contemporaine », martèle les auteurs. Cependant, il suffit de passer une journée dans les rues arcueillaisse pour se rendre compte de la supercherie ou plutôt de la schizophrénie des frontistes, car il s’agit bel et bien de cela.

Malgré cela, les partisans de Marine Le Pen, réunis sous l’étiquette « Rassemblement bleu marine », n’en restent pas là. Après avoir décrété un état d’urgence dans la ville, les auteurs des tracts ont fait des propositions principalement liées à la sécurité. Ainsi, ils préconisent « la construction d’un commissariat » bien que la ville dépende déjà d’un commissariat situé à cinq minutes de ses portes. Ou encore « l’installation d’un dispositif de vidéoprotection des zones sensibles ».

Néanmoins les habitants de ne sont pas dupes. Choqué, le collectif des habitants des quartiers Laplace, Barbusse, Chaperon vert, Irlandais, Cité Jardin, BDA ont décidé de répliqué dans une lettre ouverte. « Il est impensable qu’à Arcueil, ville de Dulcie September, militante antiraciste de l’ANC dont notre collège porte le nom, le Front National se fasse une place » écrit le collectif. Puis poursuit « Le ciment du Front national, c’est la division, la désignation d’un ennemi intérieur, la haine de l’autre, qu’il soit immigré, musulman ou juif, africain, homosexuel ou syndicaliste. Arcueil mérite mieux qu’un parti qui prend ouvertement ses habitants pour des idiots. »

Sophocle disait que « tout est bruit pour qui a peur » et le Front national semble avoir bien assimilé cela.

Mohamed K

 

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