Mardi 10 juin 2014 à l’Hôtel de Ville de Lille, un an après son départ, un hommage en l’honneur de Pierre Mauroy a été célébré en présence de son épouse, Gilberte Mauroy, Martine Aubry ainsi que Jean-Christophe Cambadélis.

A 11h30 le mardi 10 juin, Gilberte Mauroy, l’épouse de Pierre Mauroy, la maire de Lille Martine Aubry ainsi que le Premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis sont venus célébrer dans le hall de cérémonie de l’Hôtel de Ville, désormais rebaptisé Grand Carré Pierre Mauroy, le souvenir d’un homme mémorable, d’un citoyen du monde, européen convaincu, qui « a bâti la nouvelle Lille ». Devant une salle pleine, les actions et les engagements de celui que l’on surnommait «Gros Quinquin» en référence à une chanson nordiste, ont été rappelés tour à tour, donnant conscience de l’impact qu’a laissé cet homme pour son parti, sa ville, sa région.

Une exposition photographique, intitulée Pierre Mauroy, l’emprunte d’un géant a ensuite été inaugurée dans la grande galerie. Retraçant le parcours du premier chef de gouvernement socialiste de la Vème République, elle y sera visible jusqu’au 11 juillet. Seul hic, l’auditoire contenait des nostalgiques d’un autre temps et très peu de jeunes de la région, qui n’ont dans les tiroirs de leur mémoire que peu d’informations sur cet homme à l’origine du métro qu’ils utilisent chaque jour ou du centre commercial Euralille dans lequel ils aiment passer leur samedi après-midi.

Le parcours Mauroy

En 1973, Pierre Mauroy devient maire de Lille et député du département du Nord. Un an plus tard, il est élu président du conseil régional du Nord-Pas de Calais. Responsable de la fédération socialiste du Nord, il apparaît comme étant le numéro deux du PS, aux côtés de François Mitterrand. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour réformer le parti et rassembler les socialistes.

Soutien important de Mitterrand dans le travail d’union de la gauche en 1981, ce dernier, une fois élu président de la République, le nomme alors Premier ministre. Mauroy, en plaçant quatre ministres communistes,  entame une politique marquée à gauche pour appliquer les promesses du Président. Et la liste est longue : cinquième semaine de congés payés, augmentation du nombre de fonctionnaires, décentralisation, nationalisations, impôt sur la fortune, retraite à soixante ans, trente-neuf heures, abolition de la peine de mort, remboursement de l’IVG… Cependant, face aux problèmes de l’inflation et du chômage, couplés à une crise monétaire, il se voit contraint d’instaurer une politique de rigueur.

En juillet 1984, remplacé par Laurent Fabius, Pierre Mauroy retourne alors dans son Nord natal puis, en 1988, devient premier secrétaire du Parti socialiste. Le 25 mars 2001, il cède son fauteuil de maire de Lille à Martine Aubry, son premier adjoint. Sénateur du Nord depuis 1992, il ne se représente pas lors des élections sénatoriales de 2011, mais demeure président de la Fondation Jean-Jaurès, qu’il a créée en 1992. Fidèle jusqu’au bout, il soutient Ségolène Royal durant l’élection présidentielle de 2007, puis Martine Aubry lors de la primaire socialiste de 2011 et enfin le candidat vainqueur, François Hollande. Seulement à l’ère de l’iPhone, l’ascension fulgurante de Pierre Mauroy et ses combats, nombreux, notables, semblent se dissiper peu à peu dans l’esprit des moins de trente ans.

« C’est un homme politique, non ? »

Pour la tranche d’âge des 25-30 ans, étudiants et nouveaux actifs, la reconnaissance de ce qu’a fait Pierre Mauroy pour la ville semble encore présente : « il a relié Lille à tellement de villes ! Paris, Bruxelles, Amsterdam… Et Londres ! Le tunnel sous la Manche, c’est à lui qu’on le doit » confie Lara Simoëns, étudiante en droit. Pour Akli Makhlouf, chargé de coopération internationale, « c’était un homme de gauche que rien ne destinait aux plus hautes fonctions. Il a redonné confiance en la gauche, à la région, au pays. Sa vie politique n’a à aucun moment fait de lui un professionnel de la politique au détriment de ses valeurs de jeunesse. Il a toujours su être en phase avec la réalité et la mutation de la gauche…». Selon Djamel Ajmani, pharmacien ayant fait ses études à Lille II : « Mauroy était à mes yeux un grand homme mais aussi et surtout le ‘père spirituel’ de Martine Aubry, peut-être était-il même plus proche d’elle que son père, Jacques Delors… En tout cas elle est dans la continuité de son état d’esprit ».

Mais plus on recule dans l’âge, moins le nom de Mauroy symbolise quelque chose. Pour quelques lycéens, cela évoque au mieux « un ancien maire », « un architecte », un « monsieur qui a donné son nom au stade de football », au pire le néant. Quelques adolescents se souviennent avoir entendu ce nom lors de conversations familiales axées sur une époque où l’emploi n’était pas une préoccupation et où la ville était en pleine expansion. « Pourquoi s’attarder sur les beaux souvenirs de nos parents, quand aujourd’hui on nous rappelle sans cesse qu’il y a crise économique insurmontable et que le chômage nous attend ? » se demande l’un d’entre eux.

Oublié et enterré l’âge d’or, les Lillois de demain ont d’autres préoccupations. Peut-être qu’à la suite de la déclaration de Martine Aubry et Damien Castelain, président de Lille Métropole, qui ont annoncé la création d’un « Prix Pierre Mauroy de la jeune création » destiné à accompagner de jeunes artistes pendant deux ans, certains se rappeleront à son bon souvenir. En attendant, c’est à Pierre Reverdy que l’on donne raison : « la gloire est un vêtement de lumière qui ne s’ajuste bien qu’au mesures des morts ».

Pegah Hosseini

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