Une association réunissant des élus issus de l’immigration, l’ANELD (Association nationale des élu(e)s de la diversité), réclame un lieu de mémoire pour les anciens combattants tombés pendant la Seconde Guerre mondiale. La spécificité du département de la Seine-Saint-Denis, souvent mis en avant pour sa diversité, la présence de l’hôpital franco-musulman Avicenne et le fait que le cimetière balbynien ait accueilli les premiers soldats musulmans de l’armée française, ont fait que le choix de ces élus s’est porté sur le cimetière intercommunal musulman de Bobigny.

Les représentants de cette association, Kamel Hamza en tête, ont été reçus jeudi 14 mai au secrétariat d’Etat aux anciens combattants pour présenter leur projet. Des réunions de travail sont prévues pour mener à bien ce projet, si possible avant le 8 mai 2010. L’ANELD réunit des personnes « de toutes couleurs politiques, de droite comme de gauche. Ce qui compte, c’est que nous nous retrouvions autour de questions sur lesquelles on arrive à s’entendre », précise son président, Kamel Hamza. Conseiller municipal à La Courneuve, et accessoirement assistant parlementaire d’Éric Raoult, Kamel Hamza se veut pragmatique : « On nous parle depuis des années de diversité, en tant qu’élus locaux issus de l’immigration, nous sommes les premiers concernés. À nous de nous saisir de la question, nous sommes assez grands pour le faire. »

Récemment créée, l’ANELD veut commencer fort. L’occasion des célébrations du 8 mai 1945 a servi de prétexte à l’instauration d’un « devoir de mémoire » pour les « Oubliés de la République », comme on les appelle. Le 25 avril, l’association a écrit une lettre à Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat aux anciens combattants, où se lit la détermination à faire des anciens combattants des ex-colonies des héros de la nation, au même titre que leurs compagnons d’armes français : « Ce 8 mai sera également l’occasion de rappeler que nos parents et nos grands-parents (…) ont consenti dans les champs de bataille au sacrifice ultime pour libérer la France de l’ennemi nazi (…) C’est la France dans sa diversité qui a combattu, et cette idée d’une France rassemblée, nous voulons la perpétrer dans nos communes respectives. Nous, les enfants de ces indigènes souhaitons en consolider la Mémoire. » Un message on ne peut plus clair.

Lorsqu’on demande à Kamel Hamza s’il pense que la France en a assez fait pour ces anciens combattants des ex-colonies morts pour la France, il répond : « Pas trop. » Un euphémisme qui en dit long sur la difficulté du combat que souhaite mener l’ANELD. On estime aujourd’hui à 80 000 le nombre d’Indigènes d’Afrique et du Maghreb encore en vie et en butte à une discrimination portant sur le montant de leur pension d’anciens combattants.

En octobre 2008, Alain Rousset, député PS, a déposé une proposition de loi visant à décristalliser leurs pensions de retraite, proposition vite enfouie par le gouvernement. Kamel Hamza affirme : « Je n’étais même au courant de l’existence de cette proposition de loi, jusqu’au 8 mai dernier. » Quand bien même, en tant qu’élu UMP, contester une décision du gouvernement aurait fait désordre, et le conseiller municipale de La Courneuve insiste pour dire que l’ANELD n’est pas une succursale de l’UMP.

Un lieu de mémoire dans un cimetière, soit, mais la revalorisation des pensions des « indigènes » encore vivants, ce n’est pas moins concret. L’ANELD tiendrait-elle à rester en dehors des polémiques, et osera-t-elle se frotter à l’histoire des massacres de Sétif et Guelma, commis le 8 mai 1945 par des militaires et policiers français, pour lesquelles la France officielle n’a toujours pas demandé pardon aux descendants des victimes ?

Sur la première question, Kamel Hamza l’admet : « C’est clair que ce n’est pas normal, des injustices subsistent, mais cette volonté d’instaurer un mémorial à Bobigny est une manière de rappeler à la France qu’il y a encore des irrégularités à normaliser. » Sur Sétif et Guelma, Kamel Hamza explique que son association « ne réunit pas seulement des élus d’origine algériennes. Le problème, c’est que les massacre de Sétif et Guelma sont des choses que les autres élus de notre association, d’origine marocaine, tunisienne, africaine, asiatique, ne comprennent pas. »

Trois ans après sa sortie, le service public diffusait mercredi dernier le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb, qui avait remporté le prix de l’interprétation masculine au Festival de Cannes. La fiction est servie. Quant aux vraies Indigènes, leur pension attendra 107 ans une revalorisation, comme promis avec des trémolos dans la voix par Jacques Chirac, alors président de la République.

Hanane Kaddour

Hanane Kaddour

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