A dix jours du premier tour de la primaire de la droite et du centre, les Jeunes Républicains de Seine-Saint-Denis organisaient un débat entre les représentants des différents candidats. Une réunion qui s’est tenue, ce jeudi, dans un climat apaisé, sans coup d’éclat ni prise de bec, devant une cinquantaine de personnes dans le hall d’une école de Pantin. Reportage.

Quoi de mieux qu’une bonne réunion de famille pour exposer ses divergences, parfois s’engueuler un peu et, finalement, repartir bras dessus bras dessous comme si l’on ne s’était jamais quitté ? C’est, peu ou prou, l’état d’esprit du débat qui s’est tenu ce jeudi 10 novembre à Pantin, en présence de représentants des sept candidats à la primaire de la droite et du centre, le tout organisé à l’initiative des Jeunes Républicains de Seine-Saint-Denis.

Devant la cinquantaine de sièges – tous occupés – que constitue l’assemblée, cernée de part et d’autre d’un buffet dont la modestie écarte de facto tout danger de surfacturation par Bygmalion, une estrade, un pupitre et sept chaises, une pour chaque représentant de chaque candidat. Philippe Dallier, sénateur-maire des Pavillons-sous-Bois et organisateur local de la primaire, lance la soirée avant de s’éclipser, laissant la main à Geoffrey Carvalinho et Nicolas Cuadrado, les figures de proue des Jeunes Républicains locaux.

Bons mots, hilarité et « JambonGate »

Cw7aBxMWQAEb1CVEn guise de premier temps du débat, chaque élu dispose de 5 à 10 minutes pour présenter « son » candidat. Pour répondre à ceux qui “reprochent à François Fillon d’être trop sérieux”, le maire de Villemomble, Patrice Calméjane, assure préférer « quelqu’un de sérieux au guignol qu’on a eu pendant quatre ans et demi à l’Elysée« . Les bons mots fusent, comme ceux de Brigitte Marsigny, maire de Noisy-le-Grand venue soutenir Nicolas Sarkozy. « Qu’est-ce que propose Nicolas Sarkozy ? Si je vous parle de la double portion de frites, tout le monde va rire ! », glisse l’ancien bâtonnier de la Seine-Saint-Denis. Aussi à l’aise, micro en main, Julien Mugerin, élu d’opposition à Stains et porte-parole local de Bruno Le Maire, parle du « renouveau qu’incarne » son candidat avant de s’interrompre : « Bon, il fallait que je case le mot au moins une fois. Voilà. C’est fait« , provoquant l’hilarité générale.

Et puis, il y a les interventions qui font un peu moins rire, comme celles de Vijay Monany, représentant de Jean-François Copé. Comme son mentor, le conseiller départemental joue la singularité. « J’ai bien conscience que ce que je vais vous dire ne plaira pas à tout le monde, mais tant pis, je le dis parce que je le pense ». Comme son mentor, il tape volontiers sur ses rivaux pour marquer sa différence, à commencer par un Nicolas Sarkozy dont il se prend au bilan en matière de sécurité. Et, comme Jean-François Copé, il est prêt à tout pour dénoncer l’islamisation de nos quartiers. Quatre ans après la polémique des « pains au chocolat » prétendument volés par les petits écoliers musulmans à la récré pendant le Ramadan, voilà que le représentant local de Jean-François Copé nous sort, ce soir-là à Pantin, un nouveau scandale : le « JambonGate » ! Lieu du crime ? Le Blanc-Mesnil. Là-bas, une boulangerie, nous dit plein d’aplomb Vijay Monany, aurait été braquée trois fois (par des musulmans, on présume) au motif qu’elle vendait… « des sandwichs au jambon » ! Interrogé à l’issue du débat, l’intéressé n’a pas souhaité révéler au Bondy Blog quand précisément et dans quel quartier avaient eu lieu ces faits.

Un débat digne

Autrement, et à l’inverse de ce qu’ont pu donner à voir les « vrais » candidats lors de leurs joutes télévisées, le débat de Pantin s’est montré plutôt digne, épargné des petites phrases et des querelles superficielles. On a même parlé de fond : d’économie, de sécurité, d’éducation, les uns et les autres exposant aussi clairement que possible les propositions de leurs candidats. Faisant apparaître de vraies divergences entre les candidats, comme par exemple sur le principe du « ni-ni », le représentant de Nathalie Kosciusko-Morizet, Frédéric Latour, rappelant son opposition à ce concept : « Le PS, ce n’est pas le FN ». Le débat se termine par une séance de questions-réponses.

La première est posée à Jean-Michel Bluteau, chef de l’opposition de droite au Conseil départemental et soutien d’Alain Juppé, par… un collaborateur de Jean-Michel Bluteau au Conseil départemental ! Elle porte sur le CETA, le traité commercial de libre-échange, négocié entre le Canada et l’Union européenne. La deuxième porte sur l’élection de Donald Trump et s’adresse au conseiller régional d’Ile-de-France et vice-président du Parti Chrétien-Démocrate, Franck Margain, porte-parole de Jean-Frédéric Poisson.

Rien de très déstabilisant ni de franchement bouleversant n’est sorti de cette séance de questions-réponses, si ce n’est la sincérité désarmante de certains intervenants. « Là, franchement, je ne sais pas du tout ce que Bruno Le Maire dit à ce sujet »« écoutez, honnêtement, je n’ai jamais parlé de ça avec NKM ». Finalement, parce que « la mairie socialiste » de Pantin les oblige à « rendre la salle à l’heure », dit avec le sourire Geoffrey Carvalinho, le débat prend fin, non sans une indispensable Marseillaise et une non moins incontournable photo de famille.

« Les débatteurs semblent déconnectés de la réalité »

Après coup, les candidats semblent satisfaits. Le public, lui, n’en dit pas toujours autant. « Franchement, c’est un peu routinier, ce genre de débats, glisse Ivan, sympathisant des Républicains à Rosny-sous-Bois. On voit ça partout, à gauche comme à droite… Je ne sais pas s’ils s’en rendent compte mais beaucoup des débatteurs semblent déconnectés de la réalité. Et c’est encore pire pour les débats télévisés. Je me demande souvent ce qu’un agriculteur posé sur son canapé à écouter les candidats en tire. A mon avis, pas grand-chose…” Au fond de la salle, un vieux militant d’Epinay-sur-Seine débriefe, une bière à la main, le débat à qui veut bien l’entendre. « Je suis venu parce que j’aime bien le petit jeune, (Geoffrey) Carvalinho, explique-t-il. Mais franchement, ce n’est pas un débat comme ça qui va m’apporter ne serait-ce qu’une poussière cosmique. Ce n’était pas assez incisif, trop mou. Faire du cirage de chaussures, pour moi, ça n’a jamais aucun intérêt ».

Mais alors, l’intérêt de ce débat, quel était-il ? Faire gagner des voix aux candidats de la primaire de droite ? Lors de sa prise de parole de fin, Brigitte Marsigny, soutien de Sarkozy, répond par la négative. “Je pense qu’ici, vous aviez tous déjà fait votre choix.” Julien Mugerin explique quant à lui : « Je ne sais pas si ça fait gagner des voix à mon candidat, je ne suis pas dans l’esprit des gens… Mais on n’est pas venu pour ça. L’important, c’est d’échanger sur les idées, de faire émerger des propositions…  Et puis, ça fait toujours du bien de se réunir en famille. ». Si l’on en croit les sourires et les échanges entre les différents camps, autour des quelques tartelettes goût fraise qui font office d’apéritif, l’objectif est, de ce point de vue, bien rempli.

Ilyes RAMDANI

 

Articles liés

  • Le maire et les Tilleuls : tension et répulsion

    Au Blanc-Mesnil, la réélection du maire (LR) Thierry Meignen dès le premier tour cache une autre réalité. Dans le quartier des Tilleuls, le ressentiment à l’égard de l’édile a laissé place à des affrontements, souvent violents, entre les soutiens de l’ancien maire communiste et ceux de son successeur de droite. Retour sur une campagne tendue.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 25/03/2020
  • Report du deuxième tour : « C’est peut-être un mal pour un bien »

    Après le report du second tour, les campagnes sont en stand-by. Les alliances, les fusions, la campagne de deuxième tour... Tout cela est reporté à quelques jours, quelques semaines ou quelques mois. Comment les candidats perçoivent-ils cet entre-deux tours le plus long de l'histoire, en pleine crise sanitaire ? Nous en avons sondé quelques-uns.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 18/03/2020
  • Dans le Val-d’Oise, la gauche résiste

    Les élections municipales ont offert quelques duels intéressants dans le Val-d'Oise à l'instar d'Argenteuil ou Sarcelles. Revue des points chauds du département, au lendemain de ce premier tour où, là aussi, la crise sanitaire et l'abstention restent les deux données majeures du scrutin.

    Par Audrey Pronesti
    Le 16/03/2020