Martine Aubry : le projet socialiste, rien que le projet socialiste

Les mesures phares: La maire de Lille refuse les mesures ciblées sur la banlieue pour ne pas « stigmatiser un territoire et catégoriser sa population. » Elle s’en tient strictement au projet socialiste qu’elle a porté en tant que première secrétaire. Précisons que le mot banlieue n’apparaît que quatre fois dans le projet socialiste tandis le terme quartier est seulement mentionné cinq fois. Trois mesures principales :

– Installation d’une « police des quartiers » et d’un magistrat de liaison dans les « zones de sécurité prioritaire ».

– Généralisation du CV anonyme et « formation antidiscrimination » pour les recruteurs et les directeurs des ressources humaines.

– Installation de « pôles de services publics » et d’un « médiateur local » chargé d’orienter les habitants dans leur démarche.

La proposition qui fait débat : En tant qu’ancienne première secrétaire Martine Aubry se veut la garante d’une certaine unité. Elle évite donc les positions qui divisent, quitte à ne pas se démarquer.

Les + : En tant que maire de Lille, Martine Aubry a un vrai ancrage populaire et une certaine expérience des quartiers difficiles. En outre, ses militants ont reçu pour consigne de labourer le terrain avec notamment des réunions d’appartement en banlieue, comme à la Courneuve.

Les – : Un programme peu innovant qui se contente de recycler les vieilles recettes socialistes comme les emplois-jeunes. Le refus de traiter à part la question des zones sensibles peut se révéler à double-tranchant. Le discours sur les inégalités renvoie bien sûr à ces territoires, mais c’est un peu mince.

Jean Michel Baylet : pour la légalisation du cannabis

Les mesures phares: Le président du Parti radical de gauche met l’accent sur l’école républicaine, selon lui, de moins en moins, présente dans les banlieues. Il souhaite donc faire passer de 10% à 25% l’augmentation des moyens d’une école lorsque celle-ci est placée en ZEP (zone d’éducation prioritaire). Il propose également un moratoire sur la fermeture des services publics de proximité (hôpitaux, gendarmerie, etc.) en banlieue comme dans les zones rurales qui connaissent les mêmes difficultés.

La proposition qui fait débat : Baylet est le seul candidat de la primaire à être favorable à la légalisation de la vente de cannabis. Mesure de bon sens propre à éradiquer les trafics dans des quartiers gangrénés par la violence ou ultime renoncement de l’Etat à faire respecter la loi dans les zones de non-droit ? En tout cas, face aux candidats socialistes, le président du PRG a fait l’unanimité contre lui. Dans les pays où les drogues douces ont été légalisées, les trafiquants se sont rabattus sur les drogues dures.

Les + : L’élu de Tarn-et-Garonne est aussi patron d’une PME. Sa connaissance du monde de l’entreprise peut être un atout pour faire revenir ces dernières en banlieue.

Les – : « Le petit candidat » de ces primaires souffre encore d’un certain déficit de notoriété. Dans ces conditions, il lui sera difficile de mobiliser l’électorat populaire.

François Hollande : attention au piège de l’assistanat

Les mesures phares : Priorité à l’école et à l’emploi pour le député de Corrèze. François Hollande veut rétablir les 60 000 postes supprimés par Nicolas Sarkozy dans l’Education Nationale.  Il propose également de réserver aux jeunes des banlieues la moitié des 300 000 emplois d’avenir que le PS veut créer.

La proposition qui fait débat : Comme pour Martine Aubry, c’est surtout l’absence de  propositions nouvelles qui fait débat. Le retour des emplois jeunes, souvent synonyme de précarité, est-il vraiment la seule solution pour résoudre le problème du chômage ? En outre, le fait de réserver la moitié de ces emplois aux jeunes des banlieues induit une forme de discrimination positive. D’autres régions vont se sentir délaissées.  Que va-t-on proposer aux jeunes vivant en milieu rural, qui connaissent des difficultés tout aussi importantes ?

Les + : Il est le premier homme politique à avoir accepté de venir à Bondy pour répondre à nos questions dans l’émission Génération Bondy. Un bon point pour lui !

Les – : Jusqu’en 2008, François Hollande a été maire de Tulle en Corrèze. Il ne peut pas s’ériger en spécialiste de la banlieue.

Arnaud Montebourg : la tentation du clientélisme

Les mesures phares : Comme Nicolas Sarkozy en 2007, Montebourg semble vouloir remettre en cause le modèle Républicain français traditionnel au profit d’un multiculturalisme à l’américaine. Paradoxalement, le candidat de l’aile gauche du parti, est le moins strict sur la laïcité. Il propose que l’Etat prenne en charge le financement du culte musulman et la formation des imams.  Il propose également de contraindre les entreprises quoi s’installent dans les zones prioritaires à embaucher dans les zones prioritaires.

La proposition qui fait débat : Montebourg entend réconcilier la France avec L’Islam.  Intention louable, mais faut-il pour cela déroger à la loi de 1905, qui fait consensus aussi bien à droite qu’à gauche ? Est-il logique que l’Etat finance des lieux de culte en banlieue à l’heure où il se désengage en terme de sécurité, de santé et d’éducation ? Arnaud Montebourg devrait peut-être lire l’analyse menée par Gilles Kepel, publiée récemment dans Le Monde, qui montre que dans les  banlieues laissées à l’abandon par l’Etat, la religion prend déjà le relais pour un certain nombre de missions. Mais est-ce vraiment son rôle ?

Les + : Les banlieues ont sans doute été les territoires les plus sévèrement touchés par les ravages de la mondialisation et de la désindustrialisation. Montebourg propose justement une réindustrialisation de la France qui passerait par le retour de mesures protectionnistes.

Les – : Avec ses accents d’avocat parisien un peu hautain, Arnaud Montebourg pâtit toujours d’une image distante auprès de l’électorat populaire. En dépit de ses origines sociales modestes et de son ancrage à la gauche du PS, dans les banlieues, on continue parfois à l’appeler De Montebourg.

Ségolène Royal : un lien particulier avec l’électorat populaire

Les mesures phares : Pour Ségolène Royal, « les banlieues ne doivent plus être un problème, mais une partie de la solution. » Oui, mais comment ? La présidente de la région Poitou-Charentes veut aborder la question de manière transversale. Selon elle, les banlieues doivent être au cœur et au centre de tous les sujets, de la sécurité à l’éducation en passant par la révolution écologique. Si elle revendique une certaine fermeté de gauche à travers sa proposition d’encadrement militaire pour les mineurs délinquants, elle accorde aussi de la place à la prévention et à l’éducation. La candidate de l’ordre juste veut « remettre des enseignants là où on en a vraiment besoin » en créant des collèges d’excellence en banlieue et en stabilisant les équipes pédagogiques dans les quartiers difficiles.

La proposition qui fait débat : La proposition d’encadrement militaire éducatif des mineurs délinquants qui date de 2007 continue de faire polémique. Si elle heurte une partie de la gauche bien-pensante, elle séduit dans les classes populaires. Pour Brahim Abbou, président de Cités d’avenir, déclinaison de Désirs d’avenir dans les quartiers, « la majorité de la population des quartiers réclame plus de fermeté. » Nicolas Sarkozy ne s’y est pas trompé, puisqu’il vient de reprendre la proposition à son compte.

Les + : Pendant la campagne de 2007, les banlieues ont voté massivement pour Ségolène Royal qui a obtenu dans les quartiers populaires des scores bien supérieurs à ceux de Lionel Jospin en 2002. Depuis, Royal est retournée régulièrement dans les banlieues et semble avoir conservé un lien fort avec l’électorat populaire. Elle espère que le vote de ces catégorie va lui permettre de créer la surprise.

Les – : L’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 a été une cruelle déception dans les quartiers populaire. Les habitants de ces quartiers qui boudent traditionnellement les urnes reviendront-ils dans le vote républicain, surtout dans le cadre d’une primaire ?

Manuel Valls : Monsieur sécurité

Les mesures phares : Manuel Valls entend incarner l’aile droite du parti et met donc logiquement l’accent sur la sécurité. Le maire d’Evry, qui a choisi pour porte-parole Ali Soumaré, originaire de Villiers-le-Bel, souhaite organiser rapidement des Etats généraux de la sécurité  et plaide pour plus de fermeté à l’égard des délinquants. Il propose d’élargir des mesures qu’il a appliquée à sa commune comme la vidéosurveillance.

La proposition qui fait débat : Valls veut généraliser la vidéosurveillance, dont il se considère comme l’un des pionniers, sur tout le territoire. Cette dernière peut, certes, se révéler efficace, à l’échelle locale, sur des secteurs bien ciblés. Mais la vidéosurveillance ne remplacera jamais la présence des policiers sur le terrain.

Les + : Le député-maire d’Evry veut rompre avec l’angélisme d’un PS parfois englué dans ses bons sentiments en matière d’insécurité. Sur le fond, il a raison. La sécurité est la première condition de l’égalité et de la justice sociale car les plus modestes n’ont pas les moyens d’habiter dans des quartiers protégés ou de mettre leurs enfants dans des écoles privées. Mais attention, une politique de répression ne peut être durablement efficace que si elle s’accompagne d’un politique de prévention et d’éducation.

Les – : La ghettoïsation de certains quartiers, que Valls prétend combattre, est en grande partie le résultat des politiques libérales et du désengagement de l’Etat dans ces quartiers : moins de policiers, moins de profs, moins d’hôpitaux… La politique de rigueur décomplexée que Manuel Valls entend mener ne va-t-elle pas encore accroître la paupérisation des quartiers populaires ?

Alexandre Devecchio

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