Les mesures en faveur des quartiers se comptent sur les doigts de la main, d’une seule main d’ailleurs. Le programme d’Emmanuel Macron, présenté souvent comme le candidat des banlieues, n’est pas très exhaustif s’agissant de mesures censées améliorer le quotidien des quartiers et répondre aux différents problèmes qui s’y posent.

Une prime de 15 000 euros sur 3 ans pour l’embauche d’un habitant des quartiers populaires 

« Quelque soit le lieu où elle se situe, une entreprise qui recrutera en CDI un habitant des 200 quartiers politiques de la ville bénéficiera d’une prime de 15 000 euros sur 3 ans ».  C’est une des mesures mises en avant par Emmanuel Macron comme outil de lutte contre le chômage dans les quartiers et d’incitation des employeurs à recruter des salariés vivant dans des zones souvent discriminées à l’adresse. Si Emmanuel Macron, dans sa conférence de presse, a parlé de « jeunes » bénéficiaires, son équipe de campagne nous précise qu’il n’y aura aucune borne d’âge pour en bénéficier : le mesure concernera donc tous les habitants des quartiers politiques de la ville, quelque soit leur âge. Les conseillers d’Emmanuel Macron précisent qu’il n’y aura d’ailleurs aucune autre conditionnalité à l’attribution de cette aide que ce soit pour l’entreprise ou pour le salarié, la seule nécessité étant que ce dernier habite un quartier politique de la ville.

Rien de révolutionnaire dans cette proposition puisqu’une aide de ce type avait déjà été mise en place en 2013, mais celle-ci concernait les jeunes de moins de 30 ans vivant en zones urbaines sensibles (ZUS), depuis au moins six mois : une prime de 5 000 euros versée en deux fois à toute entreprise embauchant en CDI à temps plein. Le bénéficiaire devait en outre faire état d’une durée de douze mois minimum de recherche d’emploi sur les dix-huit derniers mois. Aucune condition de diplôme n’était exigée.

Emmanuel Macron précise par ailleurs qu’il ne « supprimera pas les territoires entrepreneurs« , ces 101 zones franches urbaines dans les quartiers prioritaires et qui permettent aux entreprises qui y sont installées de bénéficier d’exonérations fiscales jusque 2020. L’ancien ministre de l’Economie précise néanmoins vouloir « améliorer » le dispositif qui doit être « évalué » selon lui. Plusieurs rapports ont été publiés, comme celui de l’INSEE en 2012, relativisant l’efficacité et l’impact de ces zones franches en termes d’embauche d’habitants des quartiers et d’implantations économiques et commerciales dans les quartiers.

Contrôles d’identité discriminatoires : « le récépissé ne réglera pas le problème »

En matière de lutte contre les contrôles d’identité au faciès de la police, Emmanuel Macron est catégorique. « Je ne propose pas de récépissé ». Le candidat d’En Marche en est convaincu : « Le problème, c’est une question de confiance entre jeunes et police, le récépissé ne réglera pas ce problème ». Emmanuel Macron prône une plus grande évaluation de ces contrôles. « J’évaluerai le nombre de contrôles qui se font. Je saurai demander des comptes à la hiérarchie policière ». A partir de quels éléments précisément se fera cette évaluation ? Pas de réponse sur ce point de la part de l’ancien ministre.

« Je ne supprimerai pas les BST »

Emmanuel Macron estime que c’est avant tout un problème de formation qui se pose pour les policiers dans les quartiers : « La solution passe par la formation des policiers. Nous devons former différemment nos policiers ». Autre mesure : la mise en place d’une police dite de sécurité quotidienne. « La police de sécurité quotidienne que je propose sera présente en permanence, et travaillera avec les associations de quartiers ». Emmanuel Macron pointe du doigt les « techniques d’intervention de la police dans les quartiers ». Va-t-il supprimer les BST (brigades spécialisées de terrain) tant décriées, l’exemple le plus récent étant le viol de Théo à Aulnay-sous-Bois  ?  « Non, je ne les supprimerai pas, répond-il au Bondy Blog. Je propose de ne pas les utiliser comme des commissariats de quartiers ». On aurait aimé également avoir plus de précision sur ce point.

Limiter à 12 le nombre d’élèves par enseignant dans les 12 000 classes de CP et CE1 en zone d’éducation prioritaire

S’agissant d’éducation, Emmanuel Macron dit vouloir plus d’autonomie des établissements en termes de recrutement et de pédagogie. Il ambitionne de créer entre 4 000 et 5 000 postes durant le quinquennat et réorienter entre 6 000 et 10 000 des postes créés sous François Hollande pour le CP et le CE1, le nerf de la bataille éducative selon lui. S’agissant des effectifs, il promet de limiter  à douze le nombre d’élèves par enseignant dans les 12 000 classes de CP et de CE1 en zone d’éducation prioritaire (REP). Ces enseignants recevront une prime annuelle de 3 000 euros nets. D’ici 2022, promet-il, ceux affectés en zone prioritaire devront avoir au moins 3 ans d’ancienneté.

Nassira EL MOADDEM

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