Comment comprendre le discours du PS en vue des municipales ? PS, cela veut aussi dire post-scriptum. La parole qu’on ajoute pour dire ce qu’on a pu oublier de dévoiler précédemment. Derrière le discours officiel du Parti socialiste, l’exemple d’Argenteuil montre comment les militants locaux se sont opposés aux sphères dirigeantes du PS contre le désir d’imposer une diversité non locale.

Dans une note interne du 25 septembre 2007, adressée à « l’attention de la Commission électorale » (que nous nous sommes procurée), Fayçal Douhane, membre du Conseil national, avait constaté que les « candidats [issus de la diversité] existent, mais les fédérations ne les ont jamais proposés en recourant à des processus d’évitement. […] Jusqu’à présent, nous nous sommes [le PS] contentés d’en présenter quelques-uns, singulièrement toujours les mêmes. Or, dit-il, l’implantation locale de candidats de la diversité est essentielle pour l’efficacité d’une bonne campagne électorale ». Dans la même note, il proposait une méthode pour obtenir « 1 000 élus socialistes de la diversité républicaine » qui consistait en un recensement puis une validation des listes ayant atteint une pluralité de représentation. Ce qui aurait donné à la diversité une « légitimité des urnes  loin de l’attitude de l’UMP » auquel il était reproché de fonctionner par nomination, « laquelle reste « le fait du prince » ».

La méthode utilisée par le PS, s’est-elle démarquée des travers communautaristes tant décriés par ce parti ? Si on observe le cas d’Argenteuil, il semble qu’on doive répondre par la négative. Petit rappel : Faouzi Lamdaoui est secrétaire national adjoint au partenariat équitable et à l’égalité des chances. Il a la dalle et veut la mairie d’Argenteuil. Il est donc parachuté dans cette ville de la banlieue parisienne de 100 000 habitants. Que se passe-t-il alors ? Un élu local, Philippe Doucet, reçoit le soutien de la plupart des militants locaux qui votent pour lui et rejettent le parachutage d’un élu sans légitimité locale. Les militants socialistes d’Argenteuil seraient-ils racistes ? Non. Mais résolument « contre les parachutages parisiens de personnes qui n’y comprennent rien », selon un membre de la section locale.

Cet imbroglio s’est soldé par un accord lors de la convention nationale : « On a trouvé une solution, je serai le numéro trois sur la liste », déclarait Faouzi Lamdaoui, semblant jouer l’apaisement. Philippe Doucet, dans le même registre, affirmait lors d’un entretien ultérieur que « la politique, ce n’est pas une colonie de vacances : ce qui rassemble les militants c’est la volonté de conquérir cette ville pour l’amour de la chose publique. Finalement, leurs votes du 26 septembre, me désignant comme tête de liste, ont été validés. Cela montre que malgré les difficultés au sein du Parti socialiste, la logique démocratique a fini par l’emporter. Je discuterai avec Faouzi Lamdaoui, ajoutait-il, pour voir comment apaiser les conflits ». Néanmoins, le mal était fait. Le PS légitime la critique de certains militants comme quoi « au parti socialiste, il vaut mieux faire campagne rue de Solferino ».

Zohra Aït-Maten se trouvait dans la même situation que Philippe Doucet à Lyon. Elle qui affirme avoir été écartée pour des raisons de discrimination, reconnait cependant que « les camarades parisiens, issus de la diversité, sont beaucoup plus proches des instances dirigeantes. Ils ont donc la possibilité de les approcher directement. Mais je crois que globalement sur le territoire national, le compte n’y est pas. » On est assez loin, dans les faits, des objectifs fixés par le Parti socialiste, reconnaît Fayçal Douhane : « A priori il ne devrait y avoir qu’environ 150 élus seulement, issus de la diversité ; ce qui est bien peu ».

Le terme diversité recouvre dans son spectre l’insatisfaction de pluralités qui se sentent exclues du champ national. Le sourd, l’aveugle, le Chinois par exemple en font partie. D’autres comme le vieux, l’obèse, l’ouvrier peuvent avoir parfois la même impression dans notre société. Et que dire des femmes ? Et si on comptait toutes ces minorités ensemble ? La totalité de celles-ci formerait, au final, une majorité silencieuse et inaudible. Il semblerait que face à ce problème de société, l’immobilisme soit un mode de gestion. Laisser monter les insatisfactions pour n’y répondre qu’imparfaitement a apparemment été la décision du PS. Depuis l’instauration de la parité, il peine à reprendre le leadership sur cette question. Le communautarisme, tant décrié par certain dans ce parti, peut aussi résider dans la communauté… des gens de pouvoir qui font tout pour le garder.

Au final, sur la question de la diversité, le PS a participé pour les élections municipales au grand spectacle médiatique, en utilisant des acteurs de la diversité de renom. Et les autres ?, me direz-vous, ceux qui habitent leur ville, qui s’impliquent localement ? Le Parti a dû penser qu’il s’agissait de seconds rôles dont l’avis serait moins intéressant. N’importe ! De toute façon, les figurants sont en général contents d’avoir au moins un rôle.

Axel Ardes

François Hollande : « Ce sont les militants socialistes qui choisissent. »


PS : Post-Scriptum sur la diversité
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Chou Sin

Axel Ardes

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