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Rendez-vous a été fixé à 14 heures sur un parking, à la sortie de la gare RER de Garges-Sarcelles, dans le Val-d’Oise. Nous sommes samedi. Les militants de « Boycott Israël », une bonne trentaine, la plupart arabo-musulmans, des juifs aussi, issus pour beaucoup des rangs d’Euro-Palestine, arrivent les uns après les autres, en voiture ou en transports publics. Petit frisson de clandestinité. Chez certains, les t-shirts verts portant les inscriptions « Palestine vivra » sur le devant et « Boycott Israël » au dos sont encore dissimulés sous les vestes. D’autres les enfileront à la hâte, une fois dans le magasin, à l’instant « t ». Quelques-uns seulement connaissent le lieu final de l’opération. Certitude : il s’agit d’un hypermarché, probablement de la chaîne Carrefour.

L’expédition du jour, la quarantième en France, paraît-il, depuis la fin de la guerre à Gaza, en janvier dernier, voit la participation, pour la première fois, d’Omar Slaouti, du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA, ex-LCR), tête de liste en Ile-de-France aux élections européennes, et d’Alima Boumediene, sénatrice des Verts. Une télévision iranienne « en langue anglaise » est de la partie.

Omar Slaouti n’entend pas laisser à Dieudonné, candidat aux européennes également, le monopole de l’« antisionisme » : « Cela fait longtemps que nous sommes actifs sur ce terrain », dit-il comme pour faire prévaloir, en ce domaine, la paternité du NPA vis-à-vis de ceux qu’il qualifie d’« antisémites » – allusion à Dieudonné et ses amis.

La caravane des voitures se met en mouvement. La destination est cette fois-ci connue : le Carrefour de Montigny-lès-Cormeilles, dans le Val-d’Oise. Le trajet dure 20 minutes. Arrivés sur place, les véhicules garés, les « Boycott Israël » convergent vers les étales des fruits et légumes, fournis en produits « made in Israël ». C’est le moment de se découvrir : les t-shirts verts – « l’une des couleurs du drapeau palestinien, n’y voyez aucune référence à l’islam », précise Boualem Snaoui, du collectif – apparaissent fièrement.

Les militants antisionistes remplissent leurs caddies de mandarines, d’oranges, de pamplemousses… « Voyez, affirme l’un d’eux, Carrefour tente de tromper la clientèle sur l’origine de la marchandise. » Un vigile de l’hypermarché assistant au spectacle semble approuver l’opération en cours : « C’est une manifestation pacifiste », dit-il, retenant un sourire. Slimane, un client avec sa fille : « Moi-même je boycotte les produits israéliens. C’est bien, ce qu’ils font, par rapport à l’injustice qui est faite à l’Etat palestinien et vis-à-vis du soutien inconditionnel des Occidentaux à Israël. »

Un jeune employé aux fruits et légumes dit être d’accord avec le principe de cette action, « mais c’est la main-d’œuvre palestinienne qui va morfler, ajoute-t-il, car c’est elle qui travaille dans les exploitations israéliennes ». Les partisans de « Boycott Israël » invoquent le droit international, selon lequel, arguent-ils, les « pays colonisateurs n’ont pas le droit d’exporter des marchandises produites dans les colonies ».

Le monôme progresse dans les allées du magasin. Une femme du groupe antisioniste parle de lessives aux clients qu’elle rencontre. Elle se veut pédagogue : « Dash, Lacroix, Ariel – rien que le nom, ça me donne la nausée –, ça vient d’Israël. » A une dame portant le voile, accompagnée de quatre enfants, elle dit : « Quand il y a 7-2-9 sur le code barre du produit, n’achetez pas, ça vient d’Israël. » Et d’écrire au stylo-bille les chiffres sur la paume de la main d’une des filles de la dame, pour qu’elle s’en souvienne. La mère ne parle pas bien français, mais elle est réceptive aux arguments qu’elle vient d’entendre : « Moi, turque. Israël, ça va pas. »

Un jeune couple avec ses deux filles, des clients. Le mari : « Je suis contre ce qui se passe en Israël, mais je pense que leur boycott des produits israéliens est inutile. Je suis moi-même d’origine juive, par ma mère. Mais je ne suis pas juif. » Un « animateur » de l’hypermarché Carrefour est sceptique : « Un pays pour les Palestiniens et un pays pour les Israéliens, voilà ce qu’il faut. Mais comme ça ne marche pas depuis 3000 ans, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? »

Quelques policiers en uniforme encadrent maintenant les contestataires, qui s’approchent des caisses. La manifestation touche à sa fin. Les caddies remplis de marchandises « made in Israël » sont abandonnés dans les travées du magasin. Les employés de l’hypermarché se chargeront de tout remettre en place. « Boycott Israël, Carrefour complice ! » crient les « t-shirts verts ». « Ha, ça, ce n’était pas prévu, ça devait rester silencieux », explique Rachid, l’un d’eux. Rachid compare l’appel au boycottage des produits israéliens aux démarches du même type entreprises du temps de l’apartheid en Afrique du Sud, et se défend d’être antisémite. « A l’époque de Mandela prisonnier, dit-il, ce n’était pas du racisme anti-Blancs. Aujourd’hui, ça n’a rien à voir avec un quelconque sentiment anti-juif. Ce sont les médias qui montent les juifs contre les Arabes. »

Le 7 juin, jour des élections européennes, Rachid affirme qu’il votera pour un parti se réclamant de l’« antisionisme », car « c’est cela qui importe » : entre l’original Dieudonné, déjà présent au scrutin européen en 2004 sur une liste « Euro-Palestine », et la copie NPA, officiellement soutenue, pourtant, par le collectif « Boycott Israël », son choix semble fait.

A la sortie du magasin, les leaders de la manifestation du jour montent sur un promontoire en béton pour prendre, une dernière fois, la parole. Un policier en civil, brassard au bras, observe et prend des notes sur un grand calepin : « On est là pour assurer l’ordre public. C’est une manifestation pacifiste, il n’y a aucun trouble », dit-ilLa direction du groupe Carrefour, dont un grand nombre d’hypermarchés sont implantés en banlieue où réside une proportion importante de personnes de confession msuslmane, affiche une prudente neutralité : surtout, pas d’emmerdes !

Antoine Menusier

Ci-dessous, à l’écran : au milieu, Omar Slaouti candidat du  NPA aux élections européennes et, à droite, la sénatrice de Paris Alima Boumediene, des Verts.


Opération boycott des produits israéliens
 

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Vidéo réalisée par Chou Sin

En voiture avec Serge Grossvak, militant communiste, membre de l’Union juive française pour la paix


Un juif qui boycotte les produits israéliens
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Vidéo réalisée par Chou Sin

Antoine Menusier

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