Plus de 1200 personnes entassées les unes sur les autres, des jeunes garçons et filles entre 13 et 25 ans habillés en noir, tatoués et percés, entre le style rock et gothique. Venus tous applaudir le groupe américain Thirty second to mars à l’Elysée Montmartre, salle mythique du 18e arrondissement de Paris. Des fans arborant sur le tee-shirt un triangle, sigle de ce band dont la figure de proue est le craquant chanteur et comédien Jared Leto. Un glyph symbolique qui me rappelle étrangement celui des Pink Floyd.

Alors que le concert bat son plein, que les enceintes crachent un rock alternatif, que les filles crient leur amour à leur idole et que tous ces jeunes semblent connaître les textes par cœur, des jeunes filles arborent le drapeau algérien, parce que ce soir aussi, 18 novembre, c’est le match de foot entre l’Egypte et l’Algérie. L’une d’elle avance et le jette sur la scène. Un autre arrive et jette un drapeau italien. Le chanteur les ramasse et les repose en disant quelque chose du genre « ce soir, on est en France ? » A ce moment-là, les jeunes fans en transe répondent « oui » en cœur avant d’entonner à tue tête et avec beaucoup d’émotion la Marseillaise.

Voir tous ces jeunes fans, que je pensais plus occupés par leur tenue vestimentaire et leur couleur de cheveux, chanter l’hymne national dans ce temple du rock’n’roll m’a fait un drôle d’effet surtout lorsque j’ai vu ma fille le chanter à son tour.

Après m’être dit qu’à mon époque, on n’aurait jamais fais ça devant U2 ou David Bowie, je me suis demandé ce qui avait poussé ces jeunes à chanter la Marseillaise de façon si naturelle et comme instinctive. Ont-ils voulus montrer, par réaction immédiate à ces jeunes filles, que l’on était en France et qu’ils étaient fiers d’être Français ? Est-ce devenu, à cause de ce débat publique sur l’identité nationale, une nouvelle façon de souhaiter la bienvenue aux artistes étrangers ?

Ou est-ce tout simplement pour montrer à un artiste américain que les Français étaient attachés à leur pays et qu’ils avaient eux aussi le sens du patriotisme. Quoi qu’il en soit, Jared Leto a semblé satisfait de cet intermède.

Moi qui n’ai pas l’habitude de penser à Eric Besson le soir en m’endormant, je me suis dit que finalement, au lieu d’ouvrir ce débat sur l’identité nationale, il aurait mieux fait pour se réconforter sur le patriotisme de cette jeunesse française, d’aller voir des concerts de rock et de rencontrer ces jeunes citoyens qui semblent savoir tout à fait qui ils sont.

Olivia Cattan

Vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=bVq-3y9RfNc

Photo : Jared Leto (crédit : Mood hope)

Olivia Cattan

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