Accompagné de Cécile Duflot (ministre de l’Egalité des territoires et du Logement) et de Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l’exclusion, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, s’est rendu jeudi dernier au Centre d’hébergement de la Fondation Armée du Salut (Paris 19ème). Une visite qui tombe pile avec la fin de la trêve hivernale et qui fait remonter à la surface les problématiques liées aux hébergements d’urgence.

 « En finir avec la politique du thermomètre, c’est-à-dire que, lorsque la température monte, on ferme les centres d’hébergement d’urgence », insistait hier Jean-Marc Ayrault, lors d’une visite au centre d’hébergement de la rue Mouzaia à Paris. La visite n’est pas anodine, elle fait suite au plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale et s’inscrit dans l’actualité, la fin de la trêve hivernale ayant pris fin le 1er avril dernier.

Visite des lieux, discussions avec les administrés et l’occasion d’annoncer de nouvelles mesures : 15 000 solutions d’hébergement à mettre en place, à savoir, des places d’hébergement d’urgence, places d’accueil de demandeurs d’asile, résidences sociales et d’intermédiation locative.

« Un centre d’hébergement d’urgence comme le vôtre, dans le système ancien, aurait été fermé maintenant, mais aussi cet été. Je vous annonce que ce ne sera pas le cas. » Une bonne nouvelle pour le centre qui craignait de fermer très vite ses portes. Discussions avec le public, discours à la presse, et les ministres ne tardent pas à s’en aller.

Enthousiastes mais pas dupes, les personnes présentes attendent que les actes soient joints à la parole.

« L’hébergement d’urgence n’est pas une solution »

«  Du concret ! », ce mot reviendra sans cesse dans les paroles de ces individus présents jeudi dernier. Différents profils dans ce public attentif. Chacun attend des réponses, analyse la situation à sa manière.

Parmi eux, un homme, la cinquantaine (voir plus), y voit une visite « utile si elle est suivie d’effets ». Soucieux de la question des hébergements d’urgence, cet homme poursuit la conversation : « le Premier Ministre a répondu à des questions dont on connait déjà les réponses ». Et la visite ? « Très satisfaisante pour peu que les suggestions faites aux ministres soient prises en compte. » Jean-Marc Ayrault lui a dit qu’il sera attentif au cas par cas et qu’il peut s’adresser à ses services. « J’ai suggéré très fortement au Premier Ministre que ce foyer garde sa mixité, hommes et femmes, et qu’il accède au statut juridique de logement social. Le staff fait un très bon travail, il faut l’aider », ajoute-t-il. La question de l’habitat demeure une grande préoccupation pour cet homme. Toujours au fil de la discussion, il raconte ses mésaventures avec ses demandes de logement : une demande SIAO (Système Intégré d’Accueil et d’Orientation) refusée ? « en présence de mon assistante sociale » ? précise-t-il, car n’ayant pas le profil pour. S’en suit une demande de DAHO (Droit à l’Hébergement Opposable). « Il ne fallait pas faire ça mais une demande de DALO », lui a-t-on dit. « J’ai perdu 6 mois entre ces deux demandes ». Et enfin une demande  DALO (Droit au Logement Opposable), encore une fois refusée car « votre situation personnelle ne correspond pas à la situation de la CAF », qui serait lié à une séparation  avec sa conjointe, lui a-t-on expliqué. Résultat, une perte de temps et beaucoup d’incompréhension : « c’est la crédibilité de l’Etat qui est en jeu ! Comment se fait-il que trois  démarches aussi sérieuses n’aboutissent pas ? »,  questionne-t-il, tout en s’interrogeant sur la compétence des administrations.

Une jeune femme dans les parages me raconte aussi sa situation : « ça fait 5 ans que je demande un logement. » En attendant, elle vit dans ce centre du 19ème arrondissement de la capitale. « L’hébergement d’urgence, c’est la seule solution pour ne pas mourir dans la rue, il n’y a pas que le froid qui fait peur dehors, il y a aussi l’insécurité. » Comme tous les autres, derrière cette visite ministérielle, on ne saute pas de joie, «on attend de voir.» « Je trouve les critères pour une demande de DALO très injustes », tient-elle à préciser.

« Ce gouvernement accorde de l’importance aux affaires sociales, aux problèmes sociaux, j’ai trouvé le Premier ministre accessible » : un autre point de vue, celui de cette femme, travailleuse sociale du centre de la rue Mouzaia. « L’hébergement d’urgence n’est pas une solution, il va forcément y avoir une rupture. Je préfère un logement pérenne plutôt que de passer d’un hébergement à la rue, à ensuite un autre logement… » Au fil  des discussions, on comprend qu’un des principaux enjeux est de travailler dans la durée « l’hébergement de stabilisation  permet de répondre de manière stable », comme l’explique cette employée.

Les attentes sont nombreuses et l’impatience fait rage. Aujourd’hui, une personne sur deux qui appelle le 115 pour un hébergement d’urgence a une réponse négative. Selon la Fédération Nationale des Associations d’accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS), 34 119 demandes ont reçu une réponse négative en décembre 2012 / soit 43 % de plus que l’an passé sur la même période. De plus, les familles demeurent les moins hébergées que les autres publics alors que la majorité des demandes d’hébergement au 115 continue d’être faite par des personnes en famille (42%). Ces demandes auraient augmenté de 72% entre février 2012 et février 2013 ? toujours selon la FNARS. La situation est alarmante et loin d’être prise en main.

Imane Youssfi

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