Les européennes, si j’avais su, je m’y serais intéressé plus tôt, pour pousser mon cri, pour dire, dans le désert avec les millions de boucs qui vivent à côté de moi, non, ce n’est pas possible, vous avez intégré La Pologne, la Lituanie, vous avez pacifié la Lorraine et nous autres, à la campagne au Grand Pressigny, on a que trois chaînes pour comprendre le délire et seulement un vieux sur dix qui a vu un ordinateur depuis le début de la semaine et on est dimanche, on est là, devant des têtes bien faites pour s’intéresser à nous, de là-bas, non de Dieu, crénom d’une démocratie !

Et qu’est-ce qu’on a pour nous expliquer l’Europe sur les trois chaînes qu’on arrive à capter par-dessus la colline, à part Chabot l’avant-veille, pour nous rassurer tout à fait, nous autres? Eh bien, l’épicerie ! Ici, l’épicerie n’est jamais cambriolée par les Arabes et pourtant Dieu sait qu’elle flippe, l’épicière. C’était l’époque, vous vous souvenez, où il fallait raviver les forces populaires de la sécurité nationale, attention le monde est en train de quitter la route comme si c’était le tracteur du père Morel. Souvenez-vous, la fouille des lycéennes avant l’entrée en classe, si c’est pas immoral, ça, laisser faire ça par des scanners d’aéroport avec tous les jeunes hommes morts de faim qu’il y a en Seine-Saint-Denis.

J’osais pas m’en mêler, moi, de la politique à l’épicerie, je voulais pas avoir l’air de rassurer tout le monde, j’étais venu pour acheter du beurre et une galette, moi qui suis un Bondynois notoire au village, moi que le médecin déteste, moi que le maire veut fumer avec l’eucalyptus de sa pharmacie et que les adjoints à la culture saluent avec froideur quand je les croise dans la rue du Donjon. Ils savent bien que j’ai un Arabe et un Noir à chaque doigt, que je ne suis pas là pour les protéger.
J’ai honte. 
Mais madame l’épicière, vous exagérez, en ville, ça a toujours été chaud ! 
Mais non, non, elle a fait ses études en ville, elle sait de quoi elle cause, c’était pas comme ça avant, dit-elle. J’ai pas osé aller plus loin dans un débat calme où tous les coups ne sont pas permis, comme aurait adoré Chabot. Elle a vu un truc, l’épicière, c’est sûr, une horde de barbares sauter par-dessus les murailles d’un collège quelque part entre TF1 et FR3 la veille des élections.

On n’a pas plus de précision sur l’endroit exact où le flingue aurait été caché le 7 juin. J’informe la rédaction dès que j’ai du nouveau.

Dilgo

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