« Rachida faut la traiter… Faut pas la laisser comme une grenade dégoupillée » lâche un édile inquiet qui a préféré taire son nom. En effet, Rachida Dati est prête à tout faire exploser. Et sa principale cible est François Fillon. Depuis quelques jours le Premier ministre encaisse les salves assassines de l’ex-garde des Sceaux. « Si Francois Fillon a abandonné la Sarthe pour Paris, c’est qu’il craint d’y être battu. Il méprise la démocratie et les électeurs,  accuse la maire du VIIe arrondissement de Paris, il a le pouvoir, il a les moyens. Il reçoit les élus les uns après les autres pour leur proposer des postes et des tas d’autres choses… » L’ancienne ministre de la Justice qui brigue l’hôtel de ville de la capitale en 2014 est bien décidée à se  présenter aux législatives de 2012 à Paris, quoi qu’il arrive. Rien ni personne ne peut se mettre en travers de son ambition, surtout pas le Premier ministre qui l’a congédiée en 2008.

« Une tigresse qui bouscule les codes »
Son adversaire principal, ni la gauche, ni le PS, mais bien la droite, l’UMP. Derrière cette ambition politique, la soif de revanche. Rachida Dati n’oubliera jamais les humiliations qu’elle a subies et qui  n’ont fait que nourrir sa rage vengeresse contre ces hommes de l’Elysée. Alors, l’ex-garde des Sceaux flingue à tout va. Comme le souligne Yves Derai, co-auteur de Belle-Amie, une biographie non autorisé de Rachida Dati, il y a quelque chose de très « Sarkozien » dans sa vengeance. « Le président de  la République a été son mentor en politique. Comme lui, elle bouscule les codes. Elle est très directe, très dure. C’est une tigresse qui n’a pas peur de choquer dans un milieu habituellement très policé. »

Rachida Dati a déjà prévenu que sa foudre qui s’abat sur François Fillon n’est que le début. Elle  a déjà frappé Brice Hortefeux : lorsque le ministre de l’Intérieur est condamné après des propos adressés à un jeune militant UMP d’origine maghrébine, l’ex-garde des Sceaux s’exclame sur le plateaux de l’émission Parlons net : « on verra la version définitive, mais si vous êtes condamné pour injure raciale, ça a un sens. » L’ancienne ministre de la justice, « bébé Sarkozy », osera-t-elle demain défier son mentor ? « Elle a un réel pouvoir de nuisance. On peut supposer qu’elle sait beaucoup de choses. On imagine qu’elle a des billes. Si elle se met à déballer, ça peut faire très mal… » suggère Yves Derai. Dès cet été, l’eurodéputée et maire du VIIe arrondissement affirmait, « je n’imagine pas Nicolas Sarkozy me laisser tomber. Il a trop de sens politique pour cela. » Le président de la République a peut-être tout intérêt à entendre le message.

Car ceux qui connaissent Rachida Dati savent combien sa détermination est entière. Parce que nourrit par le dépit et la rancœur. Son ascension a été  spectaculaire, plus dure fut sa chute. Rachida Dati est bannie du gouvernement, contrainte de quitter son poste de garde des Sceaux pour s’exiler au Parlement européen alors que quelques mois auparavant, elle était encore une icône médiatique et populaire. Soutien actif et porte-parole de Nicolas Sarkozy durant la campagne de 2007, Rachida Dati est propulsée au ministère de la Justice dès l’élection de son mentor, passant de l’ombre à la lumière, en seulement une année. Ses défilés de mode haute-couture dans la presse people fascinent tout autant que son parcours atypique de jeune femme issue de l’immigration, qui à force de persévérance, aura réussi à se faire accepter par les plus grands. Rachida Dati est un symbole de la méritocratie et de la diversité. Les médias adorent.

« Yes she can »
Mais chaque médaille a son revers, chaque montée, sa descente. Son bilan au ministère de la Justice est contesté. Son style bling-bling dérange. Et ses gaffes à répétition font le bonheur des humoristes. Exposée, surexposée, Rachida Dati est  raillée, huée, vilipendée. La princesse beurette en robe Dior devient presque une erreur de casting. Ceux-là même qui l’avaient béatifiée déboulonnent sa statue. La préférée du monarque tombe en disgrâce. C’est le naufrage du  Datitanic…  Et si publiquement, son départ pour Strasbourg est présenté  comme une promotion, Rachida Dati ne sera même pas tête de liste aux élections européennes. En coulisse, Nicolas Sarkozy la lâche, « de toute façon, Rachida aurait été incapable de faire campagne comme numéro 1: elle ne connaît rien à l’Europe. »

La fin du feuilleton Dati ? On la voit déjà promise à des entreprises privées, loin des ors de la République. Mais attention à ceux qui l’ont enterrée trop vite. Rachida Dati a la volonté inextinguible de celle qui vient de tout en bas et qui veut monter toujours plus haut. Jean-Pierre Raffarin, qui la connaît bien, voit en elle la « Yes we can » à la française. Issue d’une famille modeste et nombreuse, Rachida Dati a dû batailler pour trouver sa place entre ses onze frères et sœurs. Elle s’est construite en s’émancipant de tous les déterminismes : social, culturel et même sexuel. Désormais, elle n’a plus peur de rien.

Dans Belle-Amie, l’ex-garde des Sceaux est présentée comme une tueuse, une intrigante avide de reconnaissance et de pouvoir.  Pour Yves Derai, Rachida Dati possède au moins une qualité nécessaire pour faire de la politique, « elle a une carapace à toute épreuve. Elle sait d’où elle vient et ne veut pas y retourner. C’est une brindille qui ne casse pas. » Sous le feu des critiques, elle avance. Dès juillet 2009, dans les colonnes de Marianne, la nouvelle députée européenne méditait son retour : « Cela fait longtemps, très longtemps, depuis le début en fait, que certains de me supportaient pas. Ils ont toujours voulu tuer Rachida, ils ont désespérément cherché des substituts arabes ou noirs à Rachida. Je ne me fais aucune illusion : ces gens là, je les connais, il feront tout pour que je ne revienne jamais. Mais ils auront des surprises… »

Alexandre Devecchio

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