C’est dans un petit café à Montreuil que Razzy Hammadi, candidat PS aux élections législatives dans la circonscription de Montreuil-Bagnolet, nous donne rendez-vous.  L’entretien commence avec élégance. Il nous propose un petit thé à la menthe. Il s’en va commander au comptoir et revient sous le bras avec  Le Parisien. Rapidement, il fait sa petite revue de presse et commente brièvement ce qu’il lit. Il s’arrête et sort une cigarette de son paquet. Il l’allume et la fume.  Il est prêt. L’interview peut commencer.

C’est dans le quartier du Jonquet, à Toulon, que sa rencontre avec l’action politique commence. Se présenter aux élections législatives a  toujours été une ambition pour lui : « C’est une ambition personnelle, collective et c’est une ambition qui fait sens. Elle est l’aboutissement d’un parcours cohérent qui est celui d’un responsable associatif qui a construit tout son combat à travers ce qui a marqué notre génération ces quinze dernières années : la lutte contre l’extrême-droite en 1995, la mobilisation contre la guerre en Irak, le référendum européen ». Il fait aussi partie de la derrière génération qui a connu des ministres qui ne tenaient pas de discours banalisant certaines thèses de l’extrême-droite : « Les gens qui ont voté pour la première fois ont le sentiment qu’un ministre tient le discours d’un Guéant d’un Copé ou d’un Xavier Bertrand. Je suis la génération qui n’a pas connu la banalisation. Et on est aussi un point de repère. Et ce point de repère doit être présent à l’Assemblée nationale ».

Cela fait trois ans que Razzy Hammadi est installé à Montreuil. Il connaît tout le monde. Enfin, presque tout le monde. L’entretien est souvent interrompu par des passants qui lui demandent comment il se porte. Ou d’autres, comme ce mendiant, qui lui demande de lui rappeler son nom et en profite pour lui quémander une pièce. Razzy Hammadi de lui répondre : «  Arrête, on se connaît ». « Bah j’ai oublié » répond ce dernier.

On dit souvent de Razzy Hammadi qu’il est le « petit-protégé » de Benoît Hamon. Son petit chouchou presque. Ce qu’il réfute catégoriquement : « Je n’ai pas de mentor au PS. Et Benoit Hamon n’est pas mon mentor. Mais j’ai des amis au PS. »

Quelques fois, il a pu ressentir au sein du Parti socialiste un sentiment de caste. Mais aussi un petit complexe d’infériorité intellectuelle. Il ne venait pas d’un milieu où ses parents avaient une bibliothèque : « Eux ils avaient tout lu. La deuxième gauche, Génération Tome I et II, Le manifeste. Et donc il y avait deux solutions : ou je travaillais comme un fou, ce que j’ai fait ou je gardais ce retard. Et j’ai lu comme jamais je n’ai lu dans ma vie ».

Nous passons aux questions qui fâchent. Son « parachutage ». Les militants considèrent que c’est inacceptable de leur retirer le droit de choisir celui qui les représentera à l’Assemblée nationale. C’est le bureau national du Parti socialiste qui a désigné Razzy Hammadi. Ce qui a fait grincer des dents. Selon lui, « le Bureau national du Parti socialiste était amené à se mêler de ce qui se passe ici notamment avec une circonscription compliquée, une  gauche émiettée et aucun candidat qui ne faisait l’unanimité à Montreuil. Sur ma candidature, il n’y a aucune dissidence. L’ensemble des socialistes à Montreuil sont rassemblés derrière moi. Bon, il y a peut-être deux ou trois militants qui considèrent qu’ils ne m’ont pas choisi, mais bon voilà ! »

Il s’agit d’un sujet sensible que Razzy Hammadi n’aime pas aborder. Lorsque nous insistons sur le fait qu’il y a un problème sur sa candidature, il répond que « c’est un phénomène qui existe dans 73 circonscriptions. Et puis, concernant mon cas il s’agit d’un contexte très particulier mais on s’est extirpé de ça. Après, je n’ai pas vocation à répondre aux attaques. Nous on a envie de donner une majorité à François Hollande. On veut faire quelque chose de différent, je n’ai pas envie de répondre à ces attaques débiles. Personne à Montreuil n’y croit ».

Pour nous convaincre et nous prouver sa légitimité, il nous propose de faire une petite ballade de vingt minutes dans les rues de Montreuil. C’est vrai que personne n’aborde la question de son parachutage. Ils lui parlent surtout des sujets qui les préoccupent.

Pendant que nous discutons, il continue à distribuer ses tracts et à discuter avec les passants de tout et de rien. Il s’arrête devant un salon de coiffure masculin où il n’y a manifestement que des Magrébins qui vont se couper les cheveux. Avant de tirer la porte vitrée du salon, il se fait beau et recoiffe ses cheveux devant le miroir de la porte qui laisse apparaître son ombre. En sortant, et sur le ton de la plaisanterie, nous lui demandons si c’est un coiffeur de blédards. Il nous répond « Celui-là, à moitié. Lui encore, il a dépassé le forfait de dix euros ».

Mimissa Barberis

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