A l’occasion de la primaire à droite, les électeurs sont invités à se rendre à leur bureau de vote. Reportage dans les quartiers de Reims avec les électeurs et les organisateurs de cette première primaire à droite. 

Temps pluvieux, et jour de vote au goût amer pour certains et de mobilisation politique importante pour d’autres. Sur la route, dans le quartier de la Croix-Rouge, je rejoins la voiture de Hakim Medaouar, un habitant de Reims de longue date. Le jeune homme a 23 ans. Il a décroché de l’école à 17 ans après s’être bagarré avec un camarade et surtout après avoir reçu les menaces de son directeur, qui l’a gentiment appelé  » imbécile« .  Depuis, il sillonne les annonces et travaille en tant qu’animateur au foyer pour tous de Saint-Brice Courcelles. « Depuis que j’ai 8 ans, j’ai toujours vécu à la Croix-Rouge. J’habitais à Louvois pendant une partie de mon enfance. Et maintenant, je vis dans le foyer pour jeunes travailleurs à Louvois. » Investi dans ses quartiers, il en connaît chaque recoin. »Tu vois les tours là, avant, c’était habité et maintenant y’a tous les trafiquants possibles, juste devant l’école. Des grands trafiquants, ouais, mais ils étaient là pour nous. On est solidaire même s’ils font ce qu’ils font. C’est chaud mais y’a quand même les maisons de quartiers. » La politique, c’est pas trop son trip. Il n’a pas suivi les débats de la primaire. « Depuis les attentats de janvier 2015, je ne regarde plus les infos. Je verrai bien qui restera et je voterai pour le moins pire. On se fait toujours un peu entuber… » Mais il sait qu’il est important de se tenir informer . « C’est quand on sait qu’il se passe certaines choses qu’on a les meilleurs armes pour réagir. Je lis quand même parfois le journal« .

« Voter pour limiter la casse »

On s’arrête devant deux écoles, fermées. Mais où vont voter les habitants du quartier ? On se rend dans le complexe sportif Renetys, entre le quartier Wilson et la Croix-Rouge. On aperçoit un jeune couple et leur bébé qui cherche lui aussi un bureau de vote. Les deux parents se sont déplacés un dimanche, en famille, alors qu’ils sont plutôt de gauche. On les rencontre à l’école maternelle Martin Peller dans le quartier de Courlancy, à quelques mètres du complexe. Anne, responsable administrative et son mari Rachid, professeur des écoles votent « pour limiter la casse, pour essayer d’avoir un candidat qui propose un discours potable. Après avoir payé 2 euros, on devait signer la charte et notre signature implique que nous sommes d’accord avec les valeurs de la droite. Or, ce n’est pas le cas. C’est un geste symbolique qu’ on a fait ».

Très peu d’affluence dans les bureaux de vote

Peu d’affluence dans ce bureau de vote de Reims. A 15h, 278 électeurs sur les 4 000 inscrits se sont présentés au bureau. Les élus sont debout, prêt à interagir avec les électeurs. Deux délégués sont présents : le délégué de Bruno Le Maire et celui de Sarkozy, M. Jacques Ammoura, habitant du quartier Pont de Vitry . »Quand il y a des électeurs qui ne vous interpellent pas dans la rue, c’est qu’ils ont quelque chose à cacher. Les électeurs du FN sont bien trop silencieux. » Il s’est dit ça lorsqu’il était en campagne électorale et qu’il déposait les affiches.

Direction un deuxième bureau de vote dans le quartier Croix-Rouge, à l’école maternelle Sculpteurs Jacques, là où tous les bureaux sont regroupés, une école très éloignée du cœur du quartier. Cela n’aide pas. 9 000 personnes y sont inscrites mais, à 16h, seuls 420 électeurs y ont déposé leurs bulletins de vote. J’intercepte un couple, Laurent, informaticien et Florence, standardiste, plutôt de droite. « Ça m’étonnerait que Marine le Pen passe« , affirme avec espoir Florence qui a déjà la tête à 2017. Son mari est beaucoup moins optimiste. Au bureau, les élus et les militants sont là depuis 8h et commencent à ressentir la fatigue.

Pour Mickael, militant LR et UNI, être là c’est important car cela fait partie de l’engagement. « J’ai surtout été présent lors des campagnes ». En face de lui, Elisabeth Vasseur est adjointe au maire de la ville de Reims, habituée à tenir un bureau. « Ça ne me viendrait jamais à l’esprit d’aller voter à la primaire à gauche. Mais tout le monde a le droit de voter où il veut et pour qui il veut. Nous sommes en démocratie, ce n’est pas pour rien. » Élue, elle ne s’est pas positionnée. Son collègue et ami vient à sa table pour mettre l’enveloppe dans l’urne et elle ne se retient pas de lui dire. « Tu as aussi le droit de venir dépouiller ».

Yousra GOUJA

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