Il a fallu que François Cluzet aborde, sur France 2, le sujet de la détention de Salah Hamouri dans les prisons israéliennes pour que les Français apprennent l’existence de ce Franco-Palestinien, considéré par les Palestiniens comme un symbole de résistance. Ce jeune homme de 24 ans est incarcéré depuis quatre années. « Il a été arrêté à un check-point à Ramallah, raconte sa mère, Denise Hamouri. Le 17 avril 2008, il a été condamné par un tribunal militaire à 7 ans de prison pour complot contre un religieux et pour avoir été membre des jeunesses du Front de libération de la Palestine. »

Toujours selon sa mère, la demande de remise de peine n’a pas aboutie car Salah n’aurait pas regretté ce qu’il a fait. S’il n’a jamais, jusqu’ici, rencontré les parents de Salah Hamouri, Nicolas Sarkozy a malgré tout fait une vaine tentative de demande de clémence en août 2009. Requête à laquelle le gouvernement israélien a répondu en ces termes : « Il n’est pas question de le libérer, c’est un terroriste et la France n’a pas à intervenir en sa faveur. »

Denise Hamouri ne s’est pas entretenue avec le président de la République, mais elle avait rencontré l’ancien conseiller de Bernard Kouchner avant qu’il devienne ambassadeur de France à Tel-Aviv. Celui-ci affirmait à l’époque qu’il ne pouvait rien faire étant donné que le jeune Franco-Palestinien avait reconnu les faits. En effet, Salah a avoué être coupable des faits qui lui étaient reprochés, après des interrogatoires accompagnés, disent ses proches, de tortures, et cela, six mois durant. « Un jour, poursuit sa mère, ils ont amené son père qui est cardiaque, l’ont mis face à son fils et lui ont dit qu’ils n’hésiteraient pas à électrocuter Salah s’il le fallait. » Salah a dit à son père que « les soldats peuvent être violents, mais la violence est plus exercée sur nos esprits que sur nos corps ».

Pour Michel Bijeau, sénateur de Seine-et-Marne, et Marc Dolez, député du Nord, le Franco-Palestinien est un « représentant de la cause palestinienne, en plus d’être le représentant des prisonniers politiques ». Venus lui rendre visite, les deux parlementaires communistes saluent sa « force de caractère ». « Lorsque j’ai parlé avec lui, j’étais très impressionné, je m’attendais à voir un jeune homme affaibli, et j’avais l’impression d’avoir un dirigeant politique devant moi », rapporte Marc Dolez.

Lors de leur visite, les deux parlementaires disent avoir trouvé un jeune homme très impliqué : « Je vais parler au nom de tous ceux que je représente sont les premiers mots qu’il leur a tenus. » Marc Dolez confie avoir été frappé par la sérénité de Salah Hamouri : « Il avait une parfaite connaissance du sujet, de réelles revendications tout en ayant conscience du rôle qui était le sien. »

Du fond de sa cellule, le prisonnier franco-palestinien milite contre « le scandale des prisonniers mineurs ». En effet, selon les conventions de Genève relatives aux prisonniers de guerres, il est interdit d’emprisonner des mineurs. « On trouve dans les cellules près de 350 mineurs dont certains sont âgés de 12 ans, à qui aucune scolarité n’est offerte mis à part des cours d’arabe, nous a expliqué Salah Hamouri », ajoute Marc Dolez.

S’il semble stoïque face aux épreuves, il laisse apparaître un petit peu d’émotion à l’évocation du soutien en France, selon les deux élus français. « Il nous a dit que c’était ce qui l’aidait à garder le moral, affirme Michel Bijeau. Salah reçoit toutes les lettres de soutien qu’on lui envoie, mais qu’il ne peut malheureusement pas répondre à tout le monde car il n’a le droit d’envoyer que deux lettres et trois cartes postales par mois. »

A la suite de leur rencontre avec le jeune homme dans sa prison, les deux élus entendent mettre en place, avec l’aide d’Annie David, sénatrice de l’Isère, une chaîne de visite à Salah Hamouri. Ils souhaitent que chaque mois, deux ou trois membres du parlement français se rendent en Israël pour exprimer leur soutien au jeune homme. Sa mère, reconnaissante pour ces actions, espère cependant qu’il sera libéré avant 2011. Pourquoi pas à l’occasion de la libération – scénario à l’étude – de prisonniers palestiniens contre celle du soldat franco-israélien Guilat Shalit détenu par le Hamas ?

Manel Yahia

Les précédents reportages de la série « Ma semaine à Jérusalem » :
aeroport-de-tel-aviv-le-bizutage-du-prenom-arabe
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Manel Yahia

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