Au cours de cette campagne, certaines mauvaises langues ont pu souligner que le président sortant ne voulait pas aller en Banlieue. Ce dernier leur a fait ravaler leur critique lors de deux déplacements éclairs la semaine dernière. En visitant une mosquée et des terrains sportifs le candidat espérait rencontrer ces habitants des quartiers populaires qui, comme nous le savons tous, sont forcément à la mosquée lorsqu’ils ne jouent pas au foot. Mais devant la sanction du premier tour, le candidat a décidé de changer de stratégie. Il s’est donc rendu ce jeudi au Raincy, un de ces « huits paradis suisses [dans le 93], derniers ilots dans un océan de Tiers-monde » évoqués récemment par un militant FN de Seine-Saint-Denis.

Avec 42,03% des voix au premier tour, Nicolas Sarkozy est en terre conquise au Raincy. Ce jeudi il est venu s’adresser à cette banlieue silencieuse, cette France profonde « qui ne va pas manifester sa colère dans les rues, qui ne s’expriment pas lorsqu’elle est choquée, mais qu’on retrouvera dimanche prochain dans les urnes ». Michel est de ceux-là. Dimanche dernier il a voté FN et n’a pas honte de le dire. Et pourtant il se qualifie à plusieurs reprises de « Sarkozy à fond ». Dans son entourage, il connait plus de cinq personnes ayant fait le choix du bulletin Marine Le Pen au premier tour : « On est là pour lui dire de faire attention, on en a marre ». Les langues se délient et le Normand détaille ses valeurs : « Je crois au travail. Je suis arrivé à Paris avec mon poulet et mes 50 francs. Aujourd’hui on en a marre de ces immigrés qui ne travaillent pas et cumulent les arrêts de travail ». Avant tout il attend du candidat sortant de rétablir l’ordre : « Mon frère est commerçant à Poitiers il s’est fait cambriolé faut faire quelque chose ».

A l’entrée du gymnase les militants s’agglutinent devant les grilles entrouvertes. Dans la fraicheur du matin ça pousse, ça crie, ça rigole et soudain une femme s’emporte contre un agent de sécurité : « Attention vous me faites mal, il y a des personnes âgées. Ce n’est pas possible laissez-nous entrer ». Une fois à l’intérieure Thérèse s’exclame « il manquerait plus que ça qu’on reste dehors. […] aujourd’hui on est là parce qu’on y croit ». Et lorsque je l’interroge sur ce qu’elle pense de la dérive droitière de son candidat elle lui donne un véritable blanc-seing : « je suis tout à fait d’accord. Quand on croit à quelque chose on ne s’arrête pas à mi-chemin ».

Dehors, une petite troupe s’est constituée pour attendre le candidat. Jimmy est haïtien et ne pourra pas voter dimanche. En revenant du travail il a vu l’attroupement et s’est approché. « Sarkozy, personne y croit. Ca fait cinq ans qu’il est là on a rien vu de nouveau. Des candidats comme Hollande ou Mélenchon n’essayent pas de nous stigmatiser. Rien que pour ça, ils ont notre sympathie ».

A l’intérieur le candidat sait à qui il s’adresse et chasse sur les marécages du FN. La grande annonce du jour n’est en fait que la reprise d’une proposition faite par Marine Le Pen en Novembre 2011 : l’introduction d’une « présomption à la légitime défense » pour les officiers de police qui « ne font que leur boulot pendant qu’en face, les voyous font le leur ». Une fois lancé plus rien n’arrête l’ancien ministre de l’intérieur. Comme devant un plateau de friandises, le public se régale, passant d’un thème à un autre. Racines chrétiennes de la France, assistanat contre vrai travail, amour de la patrie, refus des menus hallal à la cantine, refus des horaires différends entre femmes et hommes dans les piscines, importance du travail, de la famille, et du reste…

Les médias en prennent au passage pour leur grade. Le candidat s’en prend vertement aux «bobos du boulevard Saint-Germain», lui qui a grandi à Neuilly sur Seine et étudié (brièvement certes) à l’IEP de Paris, Boulevard Saint-Germain. Nicolas se la joue seul contre tous en relevant une à une les attaques dont il a fait les frais. En réponse à la une de L’humanité le comparant au maréchal Pétain, il s’exclame : « Etre traité de fasciste par un communiste, c’est un honneur ». 70 ans après, l’homme au couteau entre les dents a toujours autant de succès… Comme la « fête du vrai travail » qu’il entend remettre au gout du jour le 1er mai pour contrer le cortège des « permanents syndicaux » qui, d’après lui, ne représente pas les travailleurs de notre pays.

Au fond de la salle, un groupe de touristes « from Hong Kong » prend des photos. Alors que tout Paris s’offrait à eux, qu’ils auraient pu photographier des monuments historiques ayant marqué l’histoire de notre pays, des places ayant connu les plus grandes révolutions du peuple français, ils ont tenu à voir de leurs propres yeux le président Sarkozy. « It could be the last time he speaks in public and he is very funny ». Ah bon, vous trouvez.

Remi Hattinguais

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