Matin, midi et soir. A la télé, à la radio, dans les quotidiens, les candidats répètent encore et encore que la jeunesse est la priorité de la campagne présidentielle. Untel voudrait rétablir le système scolaire français dans les 10 meilleurs mondiaux, un autre voudrait faire travailler plus nos professeurs du secondaire alors que l’actuel favori cherche encore les financements pour en augmenter le nombre. A chaque débat, à chaque intervention, à chaque envolée sur l’école républicaine une question revient inlassablement à mon esprit : que connaissent-ils de cette école ?

Car l’heure n’est plus aux hussards de la République du siècle dernier. Bourdieu l’a cruellement révélé : l’école ne permet pas l’ascension sociale, elle donne une fausse impression d’égalité. Que connaissent-ils des classes de 6e où un quart des élèves ne sait toujours pas lire et écrire correctement ? Nos professeurs du collège étaient parfois absents, souvent fatigués, mais certains étaient motivés et nous ont tous tiré vers le haut.

Au lycée, les conseillères d’orientation font de leur mieux pour aiguiller chacun sur le chemin qui lui convient. Mais pour elles, ce chemin passe difficilement le périphérique. Combien de fois ai-je entendu : « oh mais vous savez l’université de Créteil est tout aussi bonne que la Sorbonne ». Très vite le poids de la fatalité s’abat sur celui qui tente de se dessiner une stratégie scolaire.

Une fois arrivé à la Sorbonne, vous comprenez partiellement ce que la conseillère d’orientation voulait dire. Car l’université publique la plus ancienne de France n’est pas épargnée par les difficultés. Oubliez Quartier latin et amphithéâtre Richelieu, bienvenue aux annexes de Tolbiac et Clignancourt. Ici, les étudiants travaillent leurs examens, valident régulièrement mais pourtant ressentent un profond malaise face à l’avenir. « Le problème c’est qu’avec une licence de la Sorbonne tu n’es même pas sûr de rentrer en Master, et puis même tu ne sais pas ce qu’il vaut. » L’université se garde bien de communiquer régulièrement sur les débouchés offerts par ses diplômes.

Les candidats vantent nuit et jour les bienfaits de l’élitisme républicain, dont ils ont tous plus ou moins bénéficié. Mais ces grandes écoles ne sont pas ouvertes à tous, pour la simple et bonne raison que leur réputation et leur stratégie de recrutement écartent une bonne partie des Français. La première fait en sorte que la plupart des candidats se disqualifient d’eux-mêmes face à la difficulté. Et la seconde fait en sorte que les sélectionnés viennent encore et toujours des mêmes filières.

Les universités subissent quotidiennement l’ombre de leurs grandes sœurs. Et lorsque je me présente à l’entretien d’orientation que j’ai mis trois semaines à obtenir, j’ai l’impression de revivre encore et encore la même scène, et de ne jamais pouvoir m’extirper de cette fatalité qui me colle à la peau : « Oh mais vous savez les masters de la Sorbonne sont aussi bons que ceux de Sciences Po ou d’HEC ». Ben voyons.

Inès Hamici

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