Raquel Garrido, avocate au barreau de Paris et co-fondatrice du Parti de Gauche publiait en octobre 2015 chez Fayard un livre intitulé « Guide citoyen de la 6e République : pourquoi et comment en finir avec la monarchie républicaine ». Un petit manifeste pour la démocratie.

Le bouquin de Raquel Garrido est un ouvrage politique. Celle qui est l’avocate de Jean-Luc-Mélenchon est une fervente adversaire de la monarchie républicaine. Elle tient d’ailleurs sur son blog une rubrique intitulée « Chroniques de la chute de la Cinquième République ». Le guide part d’un constat sans appel. Le système français en place depuis 1958 est d’essence monarchique. Une fois élu, le président n’est « plus responsable devant personne ». L’auteure évoque un « affaiblissement dramatique du pouvoir législatif », et notamment l’article 49.3 qui réduit « les représentants de la nation au silence intégral », ces mêmes représentants qui n’ont rien de représentatifs des citoyens. Elle dénonce également le « comportement cumulard » comme « maladie boulimique et gériatrique » des députés. Dans un tel contexte, personne n’osera s’étonner du désintérêt des citoyens pour la chose publique. On croirait assister, en lisant le premier chapitre, à la conférence de rédaction du Bondy Blog, qui en arrive aux mêmes conclusions chaque mardi soir.

Pour changer les choses, selon l’avocate, il faut avant tout élaborer une nouvelle constitution. Cela passe par la création d’une assemblée constituante. Si l’idée a été enterrée en France depuis que De Gaulle et Debré ont rédigé la règle suprême, il s’agirait là d’une véritable révolution citoyenne, d’un moment « de refondation du peuple » car « chaque citoyen aura l’occasion de participer directement à l’édiction des normes fondamentales qui dessineront le pays de demain ». Bien sûr, seront rendus inéligibles à cette constituante les parlementaires actuels, qui seront invités à se mettre au vert pour se reposer de leur maladie boulimico-gériatrique suscitée. Elle voit dans la campagne pour l’élection des membres de cette constituante un moment de « renaissance civique ».

Bien sûr, une nouvelle République implique de pouvoir révoquer les élus. Si aujourd’hui, il existe une « absence de pouvoir citoyen entre les élections » provoquant une « irresponsabilité des élus qui se détachent impunément des aspirations populaires », Garrido considère que « la preuve de la démocratie, c’est la révocabilité ». Dans le cas où une pétition recueillerait un nombre suffisant de signataires pour l’éviction d’un élu de la Sixième République, alors un référendum révocatoire serait mis en place. Si le nombre de voix favorables à sa destitution s’avérait plus important que le nombre de bulletins l’ayant élu, alors, il serait destitué de son mandat et de nouvelles élections seraient organisées. Un tel dispositif rendrait certainement nos représentants plus attentifs à la grogne populaire. Sans compter qu’il obligerait les élus à « une stricte éthique de pouvoir », et « mettrait fin à la délinquance en col blanc ». Enfin, la mort de la Cinquième République passe par la fin de la fonction présidentielle.

« La meilleure réponse contre l’abstention est l’élection d’une constituante ». Pour autant, Garrido ne se montre pas défavorable à rendre le vote obligatoire, à la stricte condition qu’une telle obligation soit accompagnée d’un « seuil de représentativité ». En clair, si un candidat est élu avec trop peu de voix, un nouveau vote est organisé. Le droit de vote à partir de 16 ans, elle signe des deux mains. Il n’est pas possible d’un côté de se plaindre de la gérontocratie et de se priver des forces vives de la jeunesse. Du côté des médias, la constituante devra s’interroger, au nom de la liberté sur « l’interdiction pure et simple des sondages électoraux ». Une autre république implique également un autre modèle que le consumérisme débridé. La propriété doit être désacralisée. De même, elle évoque la constitutionnalisation d’une « règle verte ». Pour elle, il est nécessaire de progresser détruire la planète, selon un modèle décroissant.

Au final, ce bouquin propose de s’indigner. À la fois contre les pleins pouvoirs de nos monarques républicains et contre l’ultralibéralisme comme seul horizon. Le seul hic, en fait, c’est que la mise en place de la Sixième République passe selon l’auteure par l’élection en 2017 d’un candidat s’’engageant à poser la question suivante en référendum : « convoquez-vous l’assemblée constituante ? ». Un président qui serait élu pour déchoir le président, en somme. Mélenchon s’y engagera certainement. La Cinquième République ne l’oblige en rien à tenir parole.

Mathieu Blard

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