Quelques affichettes en taille A4, collées sur les panneaux électoraux, ont prévenu les sympathisants et les curieux : un « stand up » socialiste aura lieu prochainement à Levallois-Perret. Le teasing est alléchant, j’ai hâte de voir des humoristes basher gentiment Patrick et Isabelle « j’ai-un-témoin » Balkany, je réserve ma soirée !

Pourtant, pas si facile de retrouver le lieu du rendez-vous : « stand up Levallois PS ». « Stand up Levallois ps mardi 29 mai »… aucune recherche web ne s’avère fructueuse, autour de moi, personne n’a entendu parler de l’événement. Pour un peu, on se croirait en Azerbaïdjan « L’opposition ? Non, non… ça ne me dit rien… »

Il faut dire qu’en terme de stratégie de terrain (comme en référencement web, donc) l’UMP locale bat le PS à plate couture : il suffit d’assister aux diffusions du marché, le dimanche matin, devant le Carrefour City, pour s’en rendre compte. Les quelques militants PS sont proprement encerclés, assiégés par les militants UMP, ne leur permettant aucun contact avec les passants qu’ils inondent de tracts « Je vote pour lui » personnalisés. Entrepreneurs, familles, retraités, chacun le sien. Une technique digne d’un champ de bataille et extrêmement efficace…

Je dois donc faire deux centres électoraux pour enfin retrouver l’affichette indiquant l’horaire et le lieu de l’événement : entre la Poste et la Mairie, à partir de 18 heures. A six heures moins dix, je suis sur place. Il n’y a personne. A l’image de François Hollande, les socialistes du 92 ont visiblement un problème avec la ponctualité. Lors de la dernière réunion, je m’étais retrouvée en tête à tête avec ma fille (et les organisateurs) pendant un bon quart d’heure avant l’arrivée des premiers militants.

A 18 heures 30, des panneaux et une table ont été installés. Anne-Eugénie Faure est sur place et des renforts sont venus de Clichy-la-Garenne pour héler les passants : « Venez signer le comité de soutien à Gilles Catoire ! » Je m’approche, on m’offre généreusement un sac en toile rouge dans lequel nage un programme électoral. On me demande de rendre celui que j’ai dans la main en échange (débauche de moyens, mais pas trop quand même).

Alors qu’à quelques mètres de là, au Palais des Sports Marcel Cerdan (là où se déroulent les finales de Championnat du monde de boxe WBA, entre autres), commence un grand dîner de soutien à Patrick Balkany en présence de Jean-François Copé, président de l’UMP, les leaders nationaux du PS boudent toujours Levallois. Aucun ministre en vue, aucun élu de renommée nationale pour prêter main forte au duo de candidats qui n’a pourtant pas ménagé sa peine pour promouvoir le nouveau Président. La circonscription, considérée comme perdue d’avance, ne semble pas assez bien pour les ex-futurs-ministrables.

C’est Gilles Catoire, le maire PS de Clichy-la-Garenne, et Anne-Eugénie Faure, sa suppléante, conseillère municipale d’opposition à Levallois omniprésente sur tous les fronts, qui assurent le show. Enfin, le show… le terme « stand up » est peut-être un tout petit peu usurpé. Ceux qui s’attendaient à un spectacle à la Comedy Club à base de « Je sais pas si vous avez remarqué… » seront fort déçus. Au programme, une vraie diffusion à l’ancienne, comme pendant mon enfance, avec tractage entre la Poste rue du Président Wilson et la Mairie de Levallois. Et, au plus fort de la soirée, au moment de la photo officielle, une vingtaine de militants en t-shirts rouges.

Un peu avant 19 heures 30, je repars, en prenant soin de reposer le sac en tissu rouge (je ne voudrais pas causer un trou dans le budget de la campagne). Ma fille de 5 ans, qui était déjà venue avec moi à une réunion publique du PS dans une salle des fêtes, pendant la campagne présidentielle, me demande : « Pourquoi il n’y a jamais personne, aux fêtes de François Hollande ? » Je lui réponds qu’ici, les gens préfèrent en majorité dîner à la fête de Patrick Balkany. Elle me demande s’il est trop tard pour y aller…

Marlène Schiappa

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