« Eh jeune homme viens voir mes jeans, il y a de toutes les tailles et de tous les modèles » « d’accord à condition que tu lises ce tract, on est du Front de Gauche avec le candidat Jean-Luc Mélenchon ». Ce dimanche, les militants du Front de Gauche Sciences Po s’étaient donné rendez-vous aux portes de Paris, au marché de Clignancourt.  L’objectif était clair : « Après la prise de la Bastille il faut continuer, ne rien lâcher et montrer qu’on est présent dans les quartiers populaires».

Les débuts sont pourtant difficile : 9h du matin, un homme fortement alcoolisé suit le groupe de militants : « Mais toi t’en as combien de femmes ? Parce que moi j’en ai six. Et toi ? ».  Plus loin les vendeurs à la sauvette propose ceinture Dolce Gabanna et sacs Chanel. Etrangement, les militants anti-capitalistes ne sont pas attirés par ce déballage de grandes marques. Une fois dans les allées du marché le tractage reprend de plus belle. Mais très vite, le lieu semble peu approprié : « I don’t speak French, I’m American. What ? the communist party ? ». Pablo, jeune étudiant de 19 ans propose alors de changer de stratégie « Ok, on se focalise sur les vendeurs, les badauds sont presque tous des touristes ».

« Ah mais Mélenchon c’est notre ami ici, vous êtes en terrain conquis ». Malik a 40 ans, il vit en France depuis 10 ans mais n’a qu’une carte de séjour. Il travaille au marché non pas par fatalité mais par choix : « en Algérie j’ai passé un diplôme d’ingénieur mais ici je préfère faire les marchés tu rencontres plus de monde, c’est plus vivant». Bien qu’il ne puisse pas voter, Malik participe activement à la campagne du Front de Gauche : « avec des copains on est allé aux réunions. J’ai même collé des affiches une fois ». D’après lui, les gens ont  été marqués par la démonstration de force du 18 mars. « L’enjeu maintenant c’est d’amener les gens jusqu’à l’urne».

Coté Saint-Ouen, l’ambiance est tout de suite moins ordonnée, plus brouillonne.  La stéréo des vendeurs de chaussures, de jeans et de vestes en cuir jouent en boucle les derniers hits du moment. Les jeunes qui tiennent les stands acceptent volontiers les tracts des militants « Nous Mélenchon on l’aime bien en général, il met les pieds dans le plat. J’ai adoré comment il rembarre Marine Le Pen à chaque fois. Mais c’est vrai que son programme… ». Pablo déroule alors les propositions phares du candidat : SMIC à 1700 euros, salaire maximal, VIème République.  Mais soudain, un vendeur du stand voisin vient l’interrompre : « Je veux pas te vexer mon frère mais là tu perds ton temps, tu parles à deux maliens et un algérien.  Il y en a aucun qui peut voter et l’autre ne s’est même pas inscrit pour le faire ! ». Et Pablo de regretter « c’est sûr et pourtant ce sont les premiers concernés par son  programme ».

Mais les militants ne sont pas toujours aussi bien reçus. Devant son stand de chaussures un vendeur réagit fortement à la vue de la photo du candidat Mélenchon : « ah non, pas lui, s’il vous plait, c’est le plus grand de tous les menteurs. Vous n’écoutez pas les infos, on est en crise, il y a plus d’argent et lui il veut dépenser, dépenser, dépenser. Et puis si Hollande passe c’en est fini de l’économie du pays ». Le jeune communiste rétorque :  « Mais de l’argent il y en a dans le pays, il faut juste le redistribuer. Et puis vous voulez voter quoi ? Sarkozy ? ». « Non, pas Sarkozy, c’est lui qui nous y a mis dans cette merde. Tout mais pas à gauche ». Plus loin, un badaud typé maghrébin fustige le militant qui lui tend le même tract : « Oh non, Mélenchon c’est l’ami des immigrés. Vous ne trouvez pas vous qu’on en a trop de Noirs d’Arabes et de Chinois ? En 2012 il y a qu’une solution Marine Le Pen ». Devant le silence médusé des jeunes étudiants, il s’exclame d’un coup : «bah je rigole, il n’est pas né l’algérien qui votera pour Le Pen... »

Rémi Hattinguais

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