#PRESIDENTIELLE2017 Premier portrait de notre série sur ces jeunes en âge de voter pour la première fois à une élection présidentielle. Pour qui ? Pourquoi ? Éléments de réponse avec Ahmed El Ouafi qui, attend cette toute première voix depuis très longtemps. Engagement, valeurs, militantisme, actualité politique, le jeune Aulnaysien, profondément de gauche, se dévoile le temps d’une rencontre.

Cravate à petits poix, chemise blanche et costard un peu trop large. Sa dégaine ne passe pas inaperçue. C’est dans un café près de la gare d’Aulnay-sous-Bois qu’Ahmed El Ouafi nous donne rendez-vous en ce dimanche ensoleillé. A peine arrivé, le jeune homme se distingue par sa longue silhouette, son allure et son aisance. Tout au long de l’échange, le jeune militant fait preuve d’une grande maturité qui le fait paraître plus vieux. Heureusement, il finit par se détendre petit à petit en levant le voile sur sa personnalité.

Jeune lycéen en terminale ES au lycée Jean-Zay d’Aulnay, Ahmed El Ouafi, originaire du quartier de Balagny, s’est engagé pour Benoît Hamon. Il n’en fait un secret pour personne, amis et proches le soutiennent, parmi eux le papa, ancien chef d’entreprise et actuellement directeur d’exploitation d’une boîte de BTP et la maman, assistante de direction. Issu d’une famille politisée, le jeune homme, qui a eu ses 18 ans le 11 février dernier, se reconnaît dans les valeurs incarnées par la gauche.

« Naissance citoyenne »

Au collège déjà, Ahmed prenait son rôle de délégué très au sérieux. « J’ai toujours été passionné par la politique mais le vrai déclic s’est joué lors mon stage de découverte en classe de troisième que j’ai effectué auprès de Daniel Goldberg [député PS de Seine-Saint-Denis] ». Le jeune homme y est allé au culot, « comme souvent » : « je l’ai abordé au Théâtre de la Ville ». Et ça s’est fait, tout simplement. Durant ce stage, il observe le travail d’un élu auprès de personnes « passionnées » et « sincères » comme il les décrit. Fort de cette expérience, le jeune homme se lance en tant qu’apprenti militant lors les municipales de 2014 à Aulnay-sous-Bois. Il finit par prendre sa carte au Parti socialiste. Il a 15 ans à l’époque.

Aujourd’hui c’est une nouvelle étape qu’Ahmed est sur le point de franchir, celle du premier vote. Le jeune homme se dit « très impatient » de pouvoir voter car cela représente pour lui « une naissance citoyenne ». La suite logique de son engagement. Il comprend cependant que de nombreux jeunes de sa génération ne soient pas aussi emballés que lui par la politique. Le résultat dit-il d’« un débat politique monotone et vide de sens ».

Ambition : « futur maire d’Aulnay-sous-Bois »

Ce vote, Ahmed sait déjà à qui l’accorder au premier tour : Benoît Hamon. Soutien inconditionnel du vainqueur de la primaire, il confesse toutefois que son premier choix s’était d’abord porté sur Arnaud Montebourg lors de la fameuse « Belle Alliance populaire », qu’il estimait plus apte à « rassembler au sein du parti ». C’est au second tour que Benoît Hamon lui est apparu comme une évidence face à Manuel Valls, qu’il juge « intolérant ». Il se dit séduit par les « valeurs » du candidat socialiste comme celle de la protection du citoyen, de l’investissement dans l’éducation et dans le domaine public. L’ancien ministre de l’Éducation nationale incarne, explique-t-il, le retour à l’essence même de la gauche et du socialisme. « La gauche, la vraie », insiste celui qui ambitionne d’intégrer Sciences Po pour étudier le droit et devenir avocat pour défendre les plus vulnérables.

Malgré tout, le lycéen peut se montrer critique envers son parti et son candidat. Il déplore par exemple que les questions sécuritaires n’y soient pas traitées avec plus de vigueur. Son engagement, ses idées, son militantisme découlent de ses expériences personnelles et de son vécu. La discrimination, la pauvreté, le manque de perspectives d’avenir chez les jeunes de quartier, l’abandon, autant de facteurs qui l’ont poussé vers cet engagement politique à gauche.

Alors qu’il nourrit l’espoir de se présenter un jour à la mairie d’Aulnay-sous-Bois et de faire bouger les choses grâce à la politique, Ahmed utilise ce qu’il lui semble « le meilleur et le plus beau des moyens pour se faire entendre » : le vote.

Fatma TORKHANI

Crédit photo : Mohammed BENSABER

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