Mercredi 30 janvier, le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) organisait son 3e dîner annuel depuis sa création. Comme aux Etats-Unis, les Noirs tentent de s’organiser pour influer sur la vie du pays. Les invités de tous bords affluent et draguent Patrick Lozès, le président du CRAN : l’approche des élections municipales aiguise les appétits et le « black power » hésite encore entre les différentes « demandes de mariage ». C’est pourquoi, la question que tout le monde se pose, est : devine qui vient dîner ce soir ? Mais ce soir-là, il fallait venir sans « cran » de sécurité, car les pics étaient de sortie.

Je suis accueilli par l’animatrice de radio Amina M’Bow de Fréquence Paris pluriel. Nous montons les escaliers qui mènent au salon d’honneur du Cercle républicain, situé au 5, avenue de l’Opéra. Elle m’indique les noms des personnalités présentes tandis que je m’installe : Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarites, et Jean-Christophe Cambadelis, député PS de Paris, sont là. Valérie Pécresse, minsitre de l’enseignement supérieur et de la recherche, s’est faite représentée par quelqu’un de son cabinet.

A noter qu’un membre de l’ambassade américaine se trouve aussi parmi nous. Ne manque qu’Obama en vedette américaine ! La minsitre de la santé Roseline Bachelot, la maire socialiste de Lille Martine Aubry n’ont quant à elles pas pu venir ; mais des personnalités bienveillantes s’empressent de lire leurs lettres d’excuses sur l’estrade. C’est l’heure des discours, qui s’enchaînent pendant que les invités boivent et commencent à manger.

Dix tables sont réparties dans la salle. Elles portent des noms évocateurs de la Guadeloupe et de la Martinique : Grande-Terre, Marie-Galante, etc. La plus longue, Basse-Terre, est située juste en face de l’estrade. Marrant, comme la diaspora noire se croit toujours obligée de reprendre les travers des fonctionnements métropolitains ! Remplacez Paris par Basse-terre (le chef-lieu de la Guadeloupe) et l’Elysée par l’estrade, et vous aurez une petite idée de ce que je veux dire.

Ainsi, les invités d’honneur sont rassemblés sur la table Basse-Terre, autour de Patrick Lozès ; à sa droite, une place vide est visible. Avec la forme de la table et l’agencement des invités, on pourrait croire qu’il s’agit d’une photographie parodique en noir et blanc de La Cène, la célèbre fresque de Léonard de Vinci représentant le repas des 12 apôtres la veille de la crucifixion. Patrick Lozès, entouré de différents condisciples, discute avec eux lorsqu’une voix annonce l’arrivée de Marie-Madeleine, c’est-à-dire Rama Yade.

Il est 21h50, à l’entrée de la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, les représentants des médias (Tropic FM, Africa numéro 1, Fréquence Paris Pluriel, Canal + étranger etc.) et les personnalités politiques présentes s’agitent. On a beau être le roi, cela n’empêche pas la galanterie, et puis, la reine n’est-elle pas la pièce la plus importante du jeu d’échec ? La partie commence donc. Patrick Lozès se lève pour accueillir Rama Yade et tandis qu’elle s’installe, il entame son discours en évoquant la commémoration de la mort de Martin Luther King.

Le discours accroche, la salle est émue. Puis il attaque, il mitraille : « Le discours de Dakar » (prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet dernier, sifflets dans la salle), les « tests ADN » (le brouhaha enfle), les « quotas d’expulsions » (à présent les gens huent le président de la République). La révolte se répand sur toutes les petites îles/tables du fond et gagne du chemin en se rapprochant jusqu’à celle de la « Désirade ».

J’avais toujours cru que le langage ordurier était réservé à la banlieue. Ici, à quelques mètres de l’Opéra, au cœur du Paris de la culture, se rejoue la géographie d’une révolte qui pourrait devenir une révolution. J’entends de beaux noms d’oiseaux contre le chef de l’Etat aux tables voisines. Rama Yade est visiblement à « cran », mais elle garde son calme, esquisse même un sourire tandis que Nicolas Sarkozy est l’objet d’une bronca.

C’est à son tour de parler. Elle évoque d’abord son enfance africaine, sa venue en France, la culture, puis son invitation en temps que ministre au présent dîner. « Lorsque j’ai été invitée, j’ai beaucoup hésité, dit-elle. Car, je ne suis pas au gouvernement pour représenter les Noirs mais pour représenter les Français. Lorsque je parle à l’étranger et que des chefs d’Etat se tournent vers moi, je comprends, alors, que je représente la France. »

L’émotion, feinte ou réelle, atteint son objectif : dans la salle on sent comme une onde qui provoque le reflux de la révolte. Le grondement se transforme en applaudissements… jusqu’à ce qu’elle dise le mot qui fâche ! « Le nom de Sarkozy, il jette un froid ce mot-là ! » Silence. Elle ajoute : « Pourtant, ce nom, je vais le défendre. La gauche a beaucoup parlé, mais elle a peu fait. Le meilleur avocat de la diversité est l’actuel président. »

Suivent quelques longues minutes de discussions. A la fin du discours, quelques-uns sifflent ou grondent (la table « Tintamarre » porte très bien son nom), alors qu’une bonne moitié de la salle se lève et applaudit. Le dîner à OK Corral est fini. Dans la partie de poker qui vient de se jouer, Rama Yade repart avec la mise.

Axel Ardes

« Pourquoi tous les Noirs devraient-ils voter dans le même sens ? »


Rama Yade envoyé par Bondy_Blog

Axel Ardes et Chou Sin

Précision sur les circonstances d’enregistrement de cette vidéo

Vous avez découvert un extrait sonore à la fin de la présente vidéo. Il a trait aux raisons pour lesquelles Rama Yade dit avoir rejoint le camp Sarkozy et intégré le gouvernement. Par sa présentation et son contenu, il peut surprendre. Voici comment il a été en registré et pourquoi nous l’avons conservé. A la fin du dîner, Rama Yade sort du salon dans une certaine cohue. Je joue des coudes et me présente : c’est à ce moment que j’enregistre la vidéo. Puis Rama Yade descend les escaliers accompagnée de Patrick Lozès et de nombreuses personnes. Je descends les escaliers avec elle et je sors mon Edirol (enregistreur) pour prendre d’autres avis de participants.

Mais dans le hall d’entrée une dizaine de personnes, dont Rama Yade, reprennent la conversation. Je me place à côté d’elle, à sa droite, je la touche même et doit me décaler sur l’escalier pour ne pas la gêner. Je tends mon Edirol de façon bien visible devant elle, légèrement à sa droite, tandis que la dizaine de personnes qui l’accompagne continue à converser avec elle de politique et de sa présence au gouvernement. Elle leur explique sa démarche. Je suis le seul « journaliste » présent lors de cet échange.

A plusieurs reprises, une personne qu’on peut entendre sur la bande, signale à Rama Yade que j’enregistre. Je n’ai alors aucun doute sur le fait qu’elle m’ait vu et se rappelle de moi puisque je l’ai interrogée auparavant en lui donnant mon statut. A un moment, elle se tourne vers moi et me dit « arrétez ça » en me montrant mon Edirol. Je le stoppe donc. Etait-ce du « off », comme on dit? La partie conservée ne correspond qu’à ce qui a été enregistré explicitement au vu de la dizaine de personnes présentes et sans qu’elle m’ait demandée de le supprimer à la fin de la conversation.

 A. A.

Axel Ardes

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