A l’approche du second tour, mon intérêt va croissant pour ces élections d’ordinaire si ennuyeuses. Les histoires de dissidences, la percée du FN qui va passer la porte de l’Assemblée nationale m’ont redonné goût à la politique. Le soutien inattendu de Valérie Trierweiler à l’adversaire de Ségolène Royal y a largement contribué. La plus captivante (et médiatique) histoire de dissidence.

Mais ce qui est encore plus palpitant, c’est le Front national et l’animation politique qu’ils ont créée autour d’eux. Notamment dans la quatrième circonscription de l’Essonne, où la candidate UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet vogue dans des eaux de plus en plus sombres. Marine Le Pen l’a effectivement mise dans sa fameuse « liste noire ». A Longjumeau, militants et sympathisants frontistes ne portent pas l’ancienne ministre dans leur cœur. Comme Marc, la quarantaine. Il a voté Marine « mais (n’est) pas encarté pour autant ». A ses yeux, Nathalie Kosciusko-Morizet  « a été l’une des plus odieuses personnes envers Marine durant la campagne présidentielle. Même s’il n’y aurait pas eu de liste noire, j’aurais tout fait pour qu’elle ne soit pas élue ». Lorsque on lui demande s’il connaît des militants du Front National, il répond : « J’en connais mais il refuseront sûrement de vous répondre, j’en suis presque sûr. Mais cherchez et vous pouvez peut-être tomber sur quelqu’un qui à voté comme moi ».

Effectivement plus tard, nous tombons sur une maman qui va chercher son enfant à l’école. D’emblée, en nous voyant, elle précise ne pas être pas raciste et affirme que son vote « était pour exprimer un ras-le-bol face à beaucoup de chose qui dégénèrent dans ce pays. Une colère silencieuse que seule Marine Le Pen a su capter ». Elle aussi votera sans broncher contre NKM, « elle le mérite après tout, et comme ça, on se débarrassera  des anciens sarkozystes ». Pas loin, une militante socialiste s’immisce dans la conversation, et lance, « pour une fois que Marine Le Pen nous est utile ! Je pense que beaucoup vont suivre ses instructions ».

Dans cette circonscription, entre autres, le Parti socialiste se sert subtilement du FN. Durant la présidentielle, le discours était « l’UMP et le FN c’est pareil, il n’y a aucune différence », afin de bien diaboliser l’UMP et plomber leur image. Aujourd’hui, autre son de cloche, « l’UMP doit faire un « front républicain » contre le FN afin qu’il ne passe pas ». Par « Front républicain » comprendre désistement d’un candidat pour en favoriser un autre dans le cas d’une triangulaire. Et l’autre candidat, c’est le socialiste Jérôme Guedj.

Il s’agit d’une stratégie politique extrêmement intelligente… mais grossièrement méprisante. Car dire d’un parti (UMP) qu’il n’est pas fréquentable, et affirmer le contraire quand cela arrange, définir  qui est « républicain », où qui ne l’est pas (FN), constituent un manque de respect envers les électeurs français.

Et pourquoi faire un « front républicain » contre le Front national ? Ce parti ne serait donc pas « républicain » ? Si tel est le cas, pourquoi ne pas l’interdire ? Devenu quasi-thème électoraliste, le Front national devient un outil politique à retardement… tactiquement en avance sur les autres.

Prosith Kong

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