Un peu sceptiques mais enthousiastes aussi, les bénévoles de la « Chorba pour tous » ont accueilli Fadela Amara sous leur chapiteau du 90 rue Curial, dans le 19e arrondissement de Paris. C’était hier soir, vingt-deuxième jour de Ramadan, à l’heure de la rupture du jeûne, dans une atmosphère de grande hospitalité. A la question « Faites-vous le Ramadan », la secrétaire d’Etat à la ville nous répond par un sourire (oui, non, peut-être, ça ne vous regarde pas…).

Après avoir salué tous les bénévoles, elle s’installe à la table qui lui a été réservée côté « familles » (les tables sont organisées ainsi : les hommes seuls à droite, les familles à gauche). Toutes les tables sont préalablement préparées avec pour chaque personne un plateau garni de dattes, gâteaux, yaourt, fruits, boisson et chorba. Il y a dans le chapiteau près de 500 places. C’est grâce au travail des nombreux bénévoles que deux services peuvent être effectués chaque soir. Fadela Amara ? A leurs yeux, elle ne compte pas plus qu’un autre ou qu’une autre présent sous le chapiteau. « On se préoccupe bien plus des personnes qui en ont besoin », confie l’un d’eux, bien dans la tradition de charité du Ramadan. Il n’empêche, Fadela, on va quand même écouter ce qu’elle a à dire…

Les habitués du lieu se demandent ce qui provoque cette cohue autour d‘elle. Un enfant intrigué par cette femme vers qui tous les yeux se tournent, me regarde et me demande : « C’est qui là-bas, c’est la ministre de la chorba ? » Amusée, je lui réponds : « Non, c’est la secrétaire d’État chargée de la politique de la ville. » L’intitulé ne l’emballe pas plus que ça, sa chorba lui semblant tout à coup bien plus intéressante.

A la table de Fadela Amara, les requêtes et doléances fusent : immeuble insalubre, échec scolaire, précarité… Chacun croit peut-être que la « ministre » aura une solution à proposer sur-le-champ. Mais elle n’est pas une fée avec sa baguette magique. Si elle est là ce soir, c’est surtout pour rendre hommage à l’association « La Chorba pour tous », présidée par Lakhdar Smadhi, décédé en avril dernier. Comment assurer la pérennité de son combat pour les démunis ? On évoque, entre autres, l’attribution d’une subvention de l’Etat et la mise à disposition d’un local. Depuis deux ans, c’est Western Union qui sponsorise l’association, en finançant notamment le chapiteau et en fournissant du matériel. Le reste, ce sont des dons.

L’association existe depuis près de seize ans, pendant lesquels un grand nombre de personnes ont pu partager un repas chaud. « Je suis là pour la convivialité et l’accueil qu’on propose », dit une femme accompagnée d’amies. Un service à emporter est également prévu pour ceux qui le souhaitent, contenant chorba, lait, pain et conserves.

Le chapiteau est monté uniquement pendant la période de Ramadan. Toute personne, cela va sans dire, est la bienvenue, sans distinction entre les religions. L’association « Chorba pour tous » est active toute l’année, au 168 rue de Crimée, dans le 19ème toujours, où elle propose également des repas, mais la place fait cruellement défaut. Un point abordé à la table de la secrétaire d’Etat.

C’est sur un fond de youyous que Fadela s’en va du chapiteau, saluant une nouvelle fois l’action des bénévoles. Elle a le sourire aux lèvres, la chorba lui a certainement beaucoup plu. Le service terminé, vers 21h30, les bénévoles pourront enfin souper, et rompre le jeûne pour la majeure partie d’entre eux, toujours dans cette même ambiance chaleureuse.

Widad Kefti

Plus d’information sont disponibles sur http://www.chorbapourtous.org/

Widad Kefti

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