Le
27 octobre 2006, jour de deuil à
Clichy-sous-bois, en mémoire à Zyed et Bouna, les deux adolescents morts
électrocutés dans la centrale EDF l’année dernière. Jour d’espoir aussi, pour
le millier de personnes venues participer à la marche silencieuse qui a démarré
à 9h45 place de la mairie, sous l’égide notamment du maire de Clichy-sous-bois,
Claude Dilain, aux côtés des associations Au delà des mots et AC
le Feu
ainsi que les familles des deux garçons. Il y avait aussi
Muhittin, rescapé de l’épisode du transformateur : « le soir de
l’accident, tous les trois cherchions une cachette au milieu des câbles à haute
tension sans savoir ce que c’était car la police venait d’interpeller des
personnes et commençait à nous courser…. Je me suis expliqué des dizaines de
fois à la télé, mais l’enquête n’avance pas ! Au contraire, j’ai reçu un appel
des autorités turques
[son pays d’origine] qui m’a menacé de me ramener
au pays. J’ai l’impression qu’on nous prend pour des idiots ».

Rafika, membre d’AC le Feu,
étudiante en Langues et serveuse dans un fast-food est déterminée à « ne
pas s’arrêter à la mort de Zyed et Bouna. Nous nous donnons les moyens de
motiver tous les citoyens de banlieue. Nous avons choisi d’espérer pour avancer ».
Beaucoup de collégiens, lycéens, professeurs, des « anciens » qui
habitent à Clichy-sous-bois depuis plus de 15 ans et… autant de journalistes
venus eux de tous les horizons. Comme ceux du New York Times avec qui
j’ai réalisé le reportage et un confrère de France 3, qui nous demande
si cet événement « vaut la peine » d’être suivi par les médias
internationaux !

Parmi les personnalités présentes
au défilé, le passage éclair de la secrétaire nationale du parti communiste,
Marie-george Buffet, les maires UMP de Montfermeil, Xavier Lemoine et du
Raincy, Eric Raoult, aussi vice-président de l’Assemblée Nationale, qui a
souhaité s’« associer à la mémoire des familles ». Bien que
n’ayant « pas été convié » à marcher en tête de file aux côtés
de ses homologues des communes voisines, M. Raoult estime qu’il faut « faire
bouger les choses en se parlant tous ensemble pour essayer de trouver des
solutions ».
Elisabeth Pochon, conseillère municipale PS à la ville de
Villemomble, est conseillère principale d’éducation dans un collège depuis près
de 10 ans. Elle milite, entre autres, contre les discriminations et elle s’est
rendue avec conviction à cette marche : « il faut arrêter d’être en retard ! Le 93 est le département
le plus jeune de France. Qu’on arrête d’oublier ces enfants qui sont une chance
incroyable et un berceau de l’activité économique pour l’avenir du pays ».

Madame Culioli, la
principale du collège Robert Doisneau souligne à propos de ses deux
anciens élèves : « Nous devons faire en sorte que Zyed et Bouna
qui n’ont jamais été violents ne soient pas morts pour rien. Ce jour doit faire
réfléchir les jeunes à ce que doit être la vie. Dans mon établissement, nous
encourageons tous nos élèves à choisir le dialogue plutôt que de taire leurs
problèmes. Et, comme dans les deux autres collèges de Clichy-sous-Bois, nous
assurons un suivi individuel adapté à chaque élève ».

D’autres personnes se contentent
de regarder passer la foule disciplinée comme Nadira Mahi, la

gardienne du
quartier du Chêne Pointu où ont grandi Zyed et Muhittin. Ne pouvant quitter son
service, elle lance d’un air désolé : « Nous devons tout mettre en
œuvre pour éviter un drame pareil à l’avenir ».

Le cortège a longé l’allée
Maurice Audin pour rejoindre l’entrée de la fameuse centrale EDF. Une gerbe de
fleurs y a été déposée, accompagnée d’une émotion particulièrement intense. La
foule qui grandissait sur son passage s’est finalement rendue au parvis du
collège Robert Doisneau, à deux pas de la mairie, où une stèle de pierre
blanche au nom des deux défunts à été inaugurée par le maire, Claude Dilain. Un
trajet sous forme de boucle, avec l’intention de mettre fin au désarroi des
Clichois.

Nadia Boudaoud

* Les 20 et 21 novembre, une
dizaine de policiers des commissariats des communes voisines de Livry-Gargan et
du Rainçy vont être interrogés par le juge d’instruction, Olivier Géron, sur
les circonstances de la fuite de Zyed, Bouna et Muhittin le soir du 27 octobre
2005. Certains d’entre-eux devraient être mis en examen.

Nadia Boudaoud

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