Dans son rapport sur l’engagement républicain remis à l’Elysée mercredi, Claude Bartolone préconise de rendre le vote obligatoire en France. Cette proposition est surement liée au faible taux de participation dans le fief du président de l’Assemblée nationale : la Seine-Saint-Denis, département de France métropolitaine dans lequel l’abstention est la plus élevée, avoisinant les 70%. Mais rajouter des sanctions à la désillusion politique des citoyens, est-ce vraiment ce qui va « irriguer la démocratie » ?
Cette logique tend à culpabiliser ces « grands méchants abstentionnistes antirépublicains », à cause de qui les extrêmes prospéreraient en France. Or, la montée du Front national coïncide avec le sentiment de « trahison électorale » de la majorité actuelle, mais également avec les affaires judiciaires gangrenant la droite, qui propose de changer de nom, afin de faire table rase du passé. Alors, les remontrances, ne doit-on pas également les proférer à l’encontre des hommes politiques ?
Si une majeure partie des Français décide de ne plus se rendre aux urnes, pourquoi ne pas percevoir cela comme l’expression d’une idée politique ? Comme le ras-le-bol des promesses non-tenues, de cette « sphère politique coupée du monde réel », des conditions de vies qui se dégradent, du manque de reconnaissance à l’égard du vote blanc etc. D’ailleurs, durant les soirées électorales, l’abstention est presque autant analysée que les suffrages exprimés.
« Est-ce cela la démocratie ? »
Bouder les urnes est un phénomène particulièrement présent au sein des classes populaires, fraction de la population qui nécessiterait pourtant d’avantage d’aides de la part des pouvoirs publics. Or, aujourd’hui, comment inciter un chercheur d’emploi, un ouvrier ou une employée à aller voter, quand ces derniers constatent que le chômage ne cesse d’augmenter, que les pauvres s’enfoncent dans la précarité, et que d’autres, à l’image de Laurent Wauquiez, tapent à bras raccourcis sur les chômeurs, ces « assistés », alors que dans le même temps, la perte de profit pour la France due à l’évasion fiscale est estimée entre 60 et 80 milliards d’euros par an.
Une camarade brésilienne, étudiante en Science Politique, évoquait récemment les grandes manifestations populaires qui se déroulent actuellement au Brésil, suite à l’affaire « Petrobras ». Petrobras est une entreprise brésilienne nationalisée, spécialisée dans le pétrole, dont on accuse certains de ses cadres, proches du pouvoir politique, d’avoir détournés plus de 4 milliards de dollars. Expliquant que le Brésil est un pays dans lequel le vote est obligatoire, cette dernière s’est exclamée : « A cause de la peur des sanctions, les Brésiliens ont voté pour des personnes avec lesquels ils ne sont pas d’accord… Est-ce cela la démocratie ? ».
Sur le web, la levée de bouclier des internautes français ne s’est pas fait attendre longtemps : « vote obligatoire, d’accord. Mais seulement quand les politiciens tiendront leurs promesses ». Et si c’était ça la solution ? Obligation d’aller aux urnes contre mandat impératif. Cela empêcherait nos élus de pouvoir trahir leurs engagements durant plusieurs années, et ce pacte serait contraignant pour les deux parties.
Tom Lanneau
Vote obligatoire contre mandat impératif
Articles liés
-
Présidentielle : l’Alliance des numéros 10 veut réveiller les quartiers populaires
À Saint-Denis, élus insoumis, militants associatifs et acteurs des quartiers populaires ont lancé l’Alliance des numéros 10 à quelques mois de la présidentielle. Dans le viseur : l’abstention, particulièrement forte dans les quartiers populaires, et la progression de l’extrême droite. De la Seine-Saint-Denis aux villes populaires du Nord, ses membres cherchent les voix qui pourraient peser sur le scrutin.
-
À Aubervilliers, qui écoute Raphaël Glucksmann ?
Samedi 13 juin, Raphaël Glucksmann a réuni ses soutiens pour un meeting politique. L’événement intervient quelques semaines après la révélation d’une note interne controversée sur la stratégie électorale et les publics à cibler, notamment dans les quartiers populaires.
-
« On est chez nous ! » : à Saint-Denis, Mélenchon se positionne comme le seul rempart face au RN
Au pied de la basilique de Saint-Denis, le premier meeting de campagne du leader insoumis a rassemblé quelques 26 000 personnes, selon les organisateurs. Une démonstration de force écrasante pour ses concurrents à gauche.