Le mauvais temps n’a pas découragé les manifestant.e.s. Ce jeudi soir, des centaines de personnes et leur t-shirt noir « justice pour Rayana » se sont retrouvées sur le boulevard Barbès. Rayana, 21 ans, a été tuée d’une balle dans la tête par la police, le 5 juin 2022. Au milieu des parapluies, des gouttes de pluie et des larmes qui coulent sur les joues, il y a de la colère.
De la colère face aux violences policières et à l’impunité. Le 5 mai 2025, un non-lieu a été prononcé en faveur du policier auteur du tir mortel. Les manifestants mettent notamment en cause l’article L435-1 de 2017 du Code de la sécurité intérieure relatif entre autres aux refus d’obtempérer. Cette disposition élargit les conditions de la légitime défense pour les forces de l’ordre et est vu comme un permis de tuer. Depuis cette loi, cinq fois plus de personnes ont été tuées par des policiers (lire notre article).
Mais ce rassemblement est aussi un moment de recueillement et de prises de paroles successives des proches de Rayana, collectifs et politiques, dont Assa Traoré, Fatou Dieng ou encore des élu.e.s LFI. Toutes et tous se souviennent de l’événement tragique qui a eu lieu il y a trois ans.
Sentiment d’incompréhension et d’abandon de la justice
Samedi 4 juin 2022 au matin dans le 18ème arrondissement de Paris, Rayana et quatre autres personnes rentrent de soirée. Lorsque des policiers à vélo toquent à la vitre de la voiture parce que le conducteur n’a pas sa ceinture, il démarre. Il expliquera rouler sans permis. La voiture s’arrête quelques mètres plus loin avant de tenter de redémarrer. Les policiers tirent 9 balles, dont une sur Rayana, passagère à l’avant qui reçoit une balle à la tête. Elle sera déclarée morte le lendemain. Les policiers qui étaient ressortis libres de leur garde à vue de 48 heures après la mort de Rayana ont continué d’exercer, et le 5 mai 2025, les juges ont estimé que les tirs des policiers étaient « nécessaires et strictement proportionnés », car le conducteur représentait un danger selon eux.
Jamais je n’aurais pensé que ça puisse être possible qu’une personne innocente soit tuée par un agent de l’État
Magda 19 ans participe au rassemblement. Lorsqu’elle a appris ce qu’il s’était passé, elle a été choquée. « Encore une personne qui s’est fait tuer par la police, tout le monde devrait être là aujourd’hui ! », dit-elle émue en pensant au jeune âge de Rayana. Aaliyah 9 ans, elle se souvient de sa « tata » gentille qui la gardait, jouait avec elle et la réconfortait.
« Justice pour Rayana, justice pour Rayana », scande la foule. Pour toutes les personnes présentes, le non-lieu prononcé est incompréhensible. « Déjà, on a eu du mal à accepter le décès, là forcément, on ne va pas accepter cette décision. On a le sentiment d’une injustice et on attend que justice soit faite, tout simplement », s’exclame Nacera, grande cousine de Rayana qui éprouve de la déception suite à la décision de justice.
Autant d’émotions que partage Bilal, le cousin de Rayana. « Jamais je n’aurais pensé que ça puisse être possible qu’une personne innocente soit tuée par un agent de l’État, et qu’on arrive à dire que c’est ok, que c’est dans les règles », explique-t-il, sidéré. Pour lui qui attend un procès et que les auteurs de la mort de Rayana soient devant les tribunaux, la sidération laisse vite place à la colère et à de nombreuses interrogations. Notamment sur une reconstitution des événements qui aurait été demandée à de nombreuses reprises par la famille sans être obtenue.
Une tragédie qui en rappelle d’autres
Le refus d’obtempérer fatal dans lequel a été impliquée contre son gré Rayana fait tristement écho à celui d’Ines, Amine ou encore Nahel un an plus tard en 2023 qui provoquera des révoltes urbaines dans tout le pays. D’ailleurs entre mars 2022 et juin 2023, le média Le Monde va recenser une quinzaine de personnes tuées par la police en lien avec des refus d’obtempérer.
C’est vraiment pas normal que des jeunes meurent de cette manière-là
Johanna venue soutenir la famille de son amie décédée qu’elle connaissait depuis l’enfance est remontée. « C’est vraiment pas normal que des jeunes meurent de cette manière-là », exprime-t-elle. La mort brutale de Rayana « l’a cassée » et elle n’attend qu’une chose, « que justice soit faite et que les policiers ne s’en sortent pas comme ça ! »
Myriam qui l’accompagne, renchérit en précisant que justice doit être faite pour les jeunes et les enfants qui vont grandir. « On veut que la justice française fasse son travail parce que ce n’est pas normal qu’à chaque fois les policiers s’en sortent. » Mais surtout, que cela est nécessaire pour alléger le cœur des familles endeuillées.
La famille de Rayana a fait appel du non-lieu, en attendant les suites judiciaires, d’autres mobilisations vont avoir lieu. Et une cagnotte est ouverte pour l’aider à gérer les frais légaux.
Christiane Oyewo