« Et puis quoi encore ? On aura bientôt des surveillants policiers ? La police, c’est en dehors de l’établissement scolaire ! », ne peut s’empêcher de lancer un parent d’élève, sortant de l’établissement d’un pas pressé. « Ils devraient d’abord consulter l’avis des parents ! » lance une autre mère de famille à son amie, en s’éloignant vers une station de bus de l’autre côté de la rue.

Ce jeudi 8 novembre, il est 19h et la frustration se ressent. Deux réunions d’information des parents viennent de prendre fin au lycée Utrillo de Stains. Leur but : expliquer aux parents la mobilisation des enseignants, en grève depuis l’entrée en fonction lundi 5 novembre d’un ancien gendarme au poste de proviseur adjoint en charge de la sécurité. Ce recrutement c’est la réponse du rectorat aux problèmes de violences qui ciblent les abords l’établissement.

Des parents d’élèves en manque d’information

L’établissement a connu plusieurs mobilisations ces derniers mois pour plus de moyens humains et matériels, après une vague de violences et des rixes qui ont éclaté devant le lycée. Aujourd’hui, la nomination d’un ancien gendarme au poste de proviseur adjoint fait craindre à plusieurs enseignants la stigmatisation des élèves

Pour les personnels mobilisés, cette nomination est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Je n’ai pas été informée avant. Il est arrivé d’un coup, regrette une membre de l’équipe éducative travaillant dans le laboratoire du lycée et souhaite rester anonyme. Et combien ça coûte au rectorat, tout ça ? On a demandé des postes de surveillants, d’infirmières, de professeurs et même d’une assistante sociale. On n’a rien eu et ils continuent de supprimer des postes de professeurs ! », s’exclame-t-elle, en référence à la suppression de 1 800 postes du second degré, enseignants et services administratifs, annoncée pour la rentrée 2019 par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. 

« Les parents ne comprenaient pas trop nos revendications au départ, raconte Solène, enseignante en sciences économiques et sociales à Utrillo. Nous avons eu des parents des positions différentes mais la grande majorité était choquée et décriait la stigmatisation des élèves du lycée ».

Nos enfants ne travaillent pas dans de bonnes conditions. Ce qui me gêne le plus, c’est de ne pas privilégier l’embauche de nouveaux professeurs

C’est justement pour leur expliquer la situation et répondre à leurs interrogations que les parents ont été invités par les enseignants grévistes. Il faut dire que le choix d’un ancien gendarme au poste de proviseur adjoint fait débat parmi les parents d’élèves présents. Pour plusieurs d’entre eux, c’est le désarroi, face à une information qu’ils trouvent trop floue. Une jeune parent d’élève, sortant du lycée à la nuit tombée, se dit « mitigée » et n’arrive pas encore à peser le pour et le contre. « Les renseignements ne sont pas très clairs, entre ce qui est présenté par les professeurs et le rectorat ».

Ici, on a des lycéens en situation irrégulière et on ne connaît pas le lien que ce proviseur adjoint gendarme entretient avec la préfecture

Pour plusieurs autres, priorité doit être d’assurer de bonnes conditions d’enseignement à leurs enfants. Peggy, dont le fils est en classe de Terminale, s’inquiète du manque de moyens criant auquel fait face le lycée Maurice Utrillo : « Nos enfants ne travaillent pas dans de bonnes conditions, déplore-t-elle. Ce qui me gêne le plus, c’est de ne pas privilégier l’embauche de nouveaux professeurs » Elle s’avoue toutefois méfiante quant à la nomination d’un ancien gendarme à ce poste. « Ce qui m’inquiète c’est l’accès de ce proviseur adjoint gendarme aux informations d’élèves sans-papiers » confie Peggy. Même crainte chez la membre de l’équipe éducative. « Ici, on a des lycéens en situation irrégulière et on ne connaît pas le lien que ce proviseur adjoint gendarme entretient avec la préfecture ».

 Pour un autre parent d’élève, très actif au sein de l’établissement, et qui a souhaité gardé l’anonymat, c’est la stigmatisation du nouveau proviseur adjoint qui est excessive : « Ça aurait pu être n’importe qui, mais c’est tombé sur lui, déclare-t-il. Dès son arrivée le 5 novembre, les professeurs ont organisé des réunions. On l’a stigmatisé et sa tête est passée à la télévision ! Comme si c’était un criminel. Il faut le laisser faire ses preuves, » estime-t-il, comprenant toutefois « l’agacement des professeurs et des autres parents car les moyens ne sont pas toujours là. »

Ce vendredi, la grève des enseignants aura duré une semaine. Et ce n’est pas fini, assurent-ils. « On nous pousse à faire la grève car on ne nous écoute pas, » déplore Benoît, professeur de sciences et vie de la terre, qui explique avoir à de nombreuses reprises été au rectorat de Créteil, sans résultat. « Le recteur devrait venir faire un tour ici car il ne connait pas la réalité du terrain, » lance-t-il. 

La mobilisation continuera ce vendredi 9 et lundi 12 novembre, indiquent les enseignants. Un rassemblement de soutien est également prévu mercredi 14 novembre devant la Basilique de Saint-Denis.

Anas DAIF

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