Ismael* est lycéen en Terminale ES dans le 16e arrondissement parisien. Il préfère taire le nom de son établissement et nous a demandé de changer le sien également. Cela lui ressemble plutôt bien puisque c’est un garçon discret. Il nous dit tout de même que son lycée n’est pas le meilleur de Paris, qu’au contraire il a plutôt « mauvaise réputation » (ndlr : mauvaise réputation dans le 16e arrondissement).

Quand on lui demande comment se passent les cours, il se montre modeste. Un petit « ça va, je me débrouille. » Avec 15 de moyenne en classe de première et 14 cette année, on peut considérer qu’il se débrouille même très bien. Il se dit très intéressé par ses cours, par l’école. Ce qui n’a pas toujours été le cas : « Au collège, c’était tout l’inverse, j’étais nul, clame-t-il. Enfin non, ce n’était pas catastrophique, je tournais autour de la moyenne, mais je m’ennuyais vraiment. Je ne trouvais aucun intérêt à ce que je faisais. Du coup je faisais le minimum, mes devoirs et stop. Je ne perturbais pas la classe pour autant, j’étais dans ma bulle. »

Il est le cadet d’une fratrie de trois enfants. Ses parents ? Il ne sait pas exactement ce qu’ils font. « Je sais que ma mère fait de la sociologie dans une boîte d’études, explique-t-il vaguement. Par contre, mon père, il a eu 1001 métiers. Mais disons qu’il est engagé politiquement. » Son enfance, il l’a vécue autour d’une passion, la lecture. « Il y a une sacralisation du livre à la maison, depuis tout petit on m’apprend que c’est un objet important et dont le contenu est précieux. »

Des camarades qui s’orientent plutôt vers le privé

Loin des critiques et du flou vécu par certains, Ismaël a traversé le tourbillon Parcoursup avec sérénité. Dès la rentrée scolaire ou presque, le jeune homme se rendait aux salons de l’étudiant, sur les sites des écoles ou se renseignait sur la plateforme. « On a plutôt bien été encadrés par nos profs qui étaient disponibles pour discuter de notre orientation, salue-t-il, ou pour nous donner des brochures que j’ai lues dans le détail. »

S’il ne se montre pas trop stressé face à Parcoursup, c’est aussi parce que l’environnement dans lequel il étudie n’est pas tellement stressant : « Dans ma classe, Parcoursup n’est finalement pas tellement un problème ou une priorité vu que la plupart de mes camarades se dirigent vers des écoles ou des prépa privées. »

Ismael préfère continuer dans le public, et pas seulement pour des raisons financières : « Il y a quelque chose qui me dérange dans l’aspect payant d’une formation. Et puis quand je suis allée au salon de l’étudiant j’ai été étonné de voir comment certaines écoles privés racolaient. Pour vendre leur école, ils te montrent des vidéos d’étudiants qui font la fête, genre “regardez, c’est cool, vous allez vous éclater chez nous” mais ce n’est pas ce qu’on est censés chercher dans une école. »

La fac, c’est assez mal vu… Sauf si tu vas à Assas

Le jeune homme aimerait donc s’orienter vers une prépa publique économique. Il va aussi mettre des voeux en université, « au cas où ». Le système universitaire ne l’intéresse pas pour l’instant : « Je pense que ça ne me conviendrait pas. J’ai testé, je suis allée à des journées portes ouvertes, j’ai assisté à un cours à Tolbiac. Mais, je sais que si on ne me met pas la pression, je ne travaillerai pas suffisamment. » Si Ismael a testé, s’est vraiment renseigné, il raconte que ce n’est pas forcément le cas de ses camarades de classe : « La fac, c’est assez mal vu finalement. Sauf si tu vas à Assas, et encore. Il y a une image de régression. »

Pour savoir ce qui allait l’intéresser ou pas, il raconte en avoir aussi beaucoup discuté avec son frère aîné : « Il a fait une fac et une prépa, donc il pouvait répondre à mes questions et je savais qu’il me disait les choses telles qu’elles sont, donc c’est cool. Pour la prépa, il m’a aussi passé les numéros de certains potes qui sont passés par celle que je veux faire, pour que je puisse en parler avec eux aussi. Heureusement que j’ai eu cette possibilité d’en parler avec des anciens, ça m’a rassuré et conforté dans mon choix. »

Bien qu’autour de lui, l’orientation ne semble pas provoquer d’angoisse, il explique comprendre que d’autres lycéens soient dans cet état d’esprit. « J’ai lu des articles sur la question et en gros il est dit que si on se retrouve dans cette situation c’est dû à un pic de natalité dans les années 2000, du coup il n’y a plus assez de places dans les écoles, les universités. Mais je ne comprends pas pourquoi personne ne se soit alerté avant. On a 20 ans, ils se sont dit quoi ? Qu’on allait tous arrêter l’école à 16 ans ? »

Pour le moment, Ismael ne stresse donc pas tellement. « Je ne stresse pas encore parce que c’est mon tempérament et parce que je me dis qu’il n’y a pas de raison. J’ai quand même des bonnes notes, un bon dossier et je ne demande pas la lune non plus. Après je dis ça mais peut-être qu’en juillet je vais pleurer du sang. En tous cas je comprends les autres, je pense que c’est normal de stresser. C’est fou, c’est devenu étonnant de ne pas stresser face à son orientation, alors qu’en fait ça devrait être normal. » Ça devrait, effectivement.

Sarah ICHOU

*Le prénom a été modifié

 

 

 

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