« Bienvenu dans cette nouvelle saison de Parcoursup, la revanche des étudiants ! Dans cette saison pleine de rebondissements, entre amour et trahison, voeux acceptés et finalement non, les étudiants feront tout pour être au moins 1000ème dans leur rang. »

« J’ai vraiment aimé le voyage. Le départ en janvier était confortable, cocooning à souhait. (…) mais alors depuis deux jours c’est n’importe quoi, j’ai appris que je devais quitter l’hôtel car “je ne suis pas accepté”, on m’a mis en attente dans tous les hôtels de la ville, et on m’a refusé dans un. Je suis déçu. Je demande le remboursement. »

Voici le type de commentaires que nous pouvons retrouver dans la rubrique « avis » de l’application (officielle) Parcoursup, la plateforme d’orientation post-bac.

Les premiers résultats d’admission étaient prévus ce 15 mai dernier. Comme à chaque fois qu’on demande à des milliers de personnes de se connecter sur le même serveur, à la même heure (19h en l’occurrence), on s’attend à des ralentissements de connexion, des pages blanches, un besoin de se connecter à plusieurs reprises… des soucis techniques classiques en somme.

« Déjà à la base, c’est stressant parce qu’on parle de notre orientation, de notre avenir, pas de l’équipe qu’on va choisir à Fifa », résume Zak, lycéen de terminale à Bondy. « Mais les bugs ça rend encore plus fou parce que tu es seul face à ton ordi ou ton téléphone. Quand le suspens dure plus longtemps que prévu, tu as juste envie de jeter ton téléphone par la fenêtre », complète-t-il.

Finalement, ce mercredi 15 mai, il n’a pas été nécessaire de se mettre dans de tels états. Au contraire, beaucoup d’élèves se sont montrés agréablement surpris au vue des réponses plutôt positives qui pleuvaient. « L’année dernière, sur les réseaux sociaux, dans les médias, autour de moi, j’avais entendu dire que Parcoursup c’était une galère, qu’on restait en liste d’attente jusqu’au bout etc. J’étais donc plutôt content mercredi », raconte Cheikh, également lycéen à Bondy. Il passe un bac STMG à Jean-Renoir mais habite Noisy-le-Sec. L’année prochaine, il rêve d’intégrer un BTS en commerce international. Il est particulièrement intéressé par celui de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine. Ce n’est pas la porte à côté mais c’est son souhait qui semble prendre forme mercredi soir : « Je me connecte et je me rends compte que je suis accepté dans cette formation. Tu ne peux pas imaginer à quel point j’étais dosé, c’était la formation que je voulais le plus et la seule qui m’acceptait. »

Houston, we have a problem

Pour acter l’admission, il faut que le candidat valide le choix proposé. C’est ce que Cheikh a tenté de faire : « Franchement, j’ai même pas réfléchi, j’ai voulu valider immédiatement. Enfin si, j’avais réfléchi avant au moment de choisir mon orientation. Là j’étais trop content, tout ce que je voulais c’était en finir. » Et finalement, c’est là que le jeune homme réalise qu’il y a un souci : il lui est impossible de valider. Au début, il pense que c’est dû au nombre de connexions simultanées. Sauf qu’il n’y parvient pas dans les jours qui suivent. Dès le lendemain, en discutant avec des camarades de classe, il comprendra qu’il y a un problème.

Parcoursup a communiqué, vendredi, sur la situation.

Yanis, lui, vient du Blanc-Mesnil. Il a 17 ans et cette année, il passe un bac gestion-administration au lycée Jean-Moulin, dans sa ville. L’année prochaine, il espère faire de la gestion de PME en BTS, au lycée Voillaume d’Aulnay-sous-bois.

Comme beaucoup de lycéens, dans sa classe il y a un groupe Whatsapp qui leur permet de discuter après les cours, d’être au point sur les dates de contrôles, les absences des profs etc. Dès la connaissance des résultats Parcoursup, toute sa classe se rue sur le groupe pour crier sa joie. Sauf que celle-ci ne durera pas longtemps : « En fait, on était nombreux à avoir demandé ce même BTS et on s’est rendu compte qu’on y était quasiment tous acceptés, au moins une dizaine dans ma classe. Sauf qu’on sait qu’il n’y a qu’une classe dans cette filière, donc que seuls 35 élèves max peuvent être acceptés. On réalise donc immédiatement qu’il y a un problème, qu’on ne pourra pas tous y aller. » Bonne déduction puisqu’ils se retrouvent finalement tous en liste d’attente, eux aussi.

Sabry est devenu un habitué. Il a 20 ans, a eu son bac en juin 2017. Il aura assisté à l’enterrement d’APB, à la naissance de Parcoursup et à cet énième bug cette année. La première année, il fait une licence en éco-gestion à Paris 8. Comme beaucoup, il se trompe, se rend compte que la filière l’intéresse mais la liberté permise par l’université ne lui convient pas. L’année suivante, il passe donc par Parcoursup et trouve une formation en alternance. Sauf qu’il faut qu’il trouve une entreprise pour faire entre juin et août : « Qui trouve un patron à ce moment-là ? Tout le monde est en vacances ! » Lui, il n’en prendra pas cette année-là. Il ne trouve pas, une formation de substitution lui est attribuée : un DUT GEA, à Saint-Denis toujours. Ça ne lui correspond pas. Cette année, il a demandé des BTS. Le même que Cheikh en commerce international. Comme Cheikh, il a eu un faux espoir et se retrouve en liste d’attente. Cheikh est 300e, Sabry est 200e : « Je me sens arnaqué, je suis passé du statut ‘accepté’ à 200e, ascenseur émotionnel de folie. »

La motivation a pris un gros coup, on ne va pas se mentir

Nous avons pu discuter avec des mamans. Celle de Zak se dit « dépassée » par toute cette procédure : « On fait en sorte de comprendre les processus, les logiciels, on va à des réunions, on s’informe, on essaye de suivre nos enfants mais on est impuissants face à tout ça. On peut faire le job de notre côté, les encourager à travailler, à réviser mais si on les décourage comme ça de l’autre côté… »

L’année de Terminale est une année stressante, entre l’orientation post-bac et le bac en lui-même. Nous sommes aujourd’hui à moins d’un mois des premières épreuves écrites du bac. Le stress est palpable, la motivation l’est moins visiblement : « Quand tu sais que tu es pris dans le BTS que tu voulais absolument, forcément ça motive à avoir son bac, confirme Yanis. Là, après  tout ça, la motivation a pris un gros coup, on ne va pas se mentir, on a l’impression de travailler dans le vent. »

Parcoursup se dit disponible par téléphone pour répondre aux questions des étudiants. Sabry a effectivement réussi à les joindre. « C’est cool mais ça ne règle pas le problème, moi je veux savoir si je vais avoir une école l’année prochaine. » A l’heure qu’il est, les élèves en liste d’attente… attendent et actualisent plusieurs centaines de fois par jour la page d’accueil de Parcoursup. Il ne nous reste plus qu’à leur souhaiter bon courage et beaucoup de patience dans ce parcours du combattant.

Sarah ICHOU

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