Un écran rouge et gris, serti d’un goût de déjà-vu : sur l’ordinateur familial, Anthony Lakradi épluche les offres de formation post-bac pour la deuxième année consécutive. L’an dernier, cet élève de terminale scientifique manquait son bac de quelques points, après une véritable débâcle de refus sur Parcoursup. Le jeune homme de 18 ans suit pourtant un enseignement scientifique « Elite », une filière exigeante proposée par le lycée Pothier d’Orléans, dans le Loiret.

« J’ai postulé à tous les BTS et toutes les alternances possibles, plus d’une trentaine d’établissements, explique-t-il. J’ai décroché un seul entretien, à Troyes. A l’issue de l’oral, je n’ai jamais eu de réponse. A quelques jours du bac, être confronté à un écran rouge… » Comme beaucoup de prétendants au diplôme, Anthony accumule un petit retard dans ses révisions courant mai. Décontenancé par une liste de rejets, il n’a plus le coeur à bachoter, à trois semaines de l’examen.

Le gouvernement, de son côté, s’est pourtant félicité de la première année de sa plateforme. Selon la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, moins d’un millier d’élèves restaient sur le carreau fin septembre et, pour le reste, chaque élève aurait reçu trois propositions en moyenne. « Pardon, mais faut les voir, les propositions, blâme Anthony. L’année dernière, j’avoue que je ne faisais clairement pas partie des meilleurs élèves. Mais des potes à moi ont décroché de super notes toute l’année. Ils n’ont souvent obtenu qu’un sous-voeu, trop loin de ce qu’ils voulaient, en terme d’enseignement ou de géographie. »

Invité à expliquer le concept de sous-voeu, Anthony laisse échapper un rire crispé : « Alors je vais essayer d’être clair ! On a le droit à 10 voeux principaux, et 10 sous-voeux. Il n’y a plus vraiment de hiérarchie comme dans APB (Admission post-bac, ancienne plateforme d’inscription dans l’enseignement supérieur, ndlr). Il faut surtout varier les cursus, mettre de la fac, du DUT, du BTS. Ouais je m’y connais bien, maintenant (rires). C’est limite moi qui forme mes camarades. »

Même après un an, j’angoisse toujours

La principale critique d’Anthony concernant la plateforme Parcousup réside dans l’importance donnée aux avis des professeurs, au coeur du profil des demandeurs d’affectation. Les appréciations compilées forment la fiche Avenir. « J’ai fait un parcours scientifique et j’ai envie de me réorienter en gestion des entreprises, explique le jeune homme. Forcément, si les profs de matières scientifiques écrivent que je ne suis pas très participatif ou motivé, c’est parce que ce n’est pas que je veux faire. Par contre les recruteurs vont retenir que je ne suis pas motivé. Un mauvais avis sur un bavardage en milieu de trimestre, et la place peut sauter. »

Cette année, la formule a néanmoins évolué : Anthony peut annexer un paragraphe de motivation à sa fiche Avenir pour les différents établissements auquel il postule. Anthony compile sur un document à part les formations qui l’intéressent – un brouillon de ses perspectives d’avenir. « Même après un an, j’angoisse toujours, souffle-t-il, en tapotant son bureau de la pulpe des doigts. Choisir son avenir, c’est déjà très stressant. Mais si en plus on a un sentiment d’aléatoire, ce n’est plus du stress. C’est un état de préoccupation permanente. Préparer son bac sans perspective d’avenir… c’est ça, en vrai, Parcoursup. Hâte que ça se termine ! »

Anthony n’a plus que quelques heures pour muer ses voeux brouillons en demandes d’affectations officielles : la plateforme Parcoursup ferme ce jeudi 14 mars au soir.

Sarah NEDJAR

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