Vingt ans que le Maroc ne s’était pas qualifié en Coupe du monde ! Un événement ! Pour le célébrer, et comme beaucoup de supporters marocains ou d’origine marocaine, j’ai voulu me procurer le maillot pour vibrer avec l’équipe pour ce mondial Russie 2018. Le vrai, l’officiel, celui d’Adidas. Premier réflexe : le site internet de l’équipementier. Après une fouille approfondie dans tous les recoins et dans tous les onglets, une évidence : le maillot est inexistant. Rien. Wallou. Pas de maillot officiel disponible en ligne alors que la compétition est enfin là et que ceux des autres sélections sont en vente depuis bien longtemps. Deux semaines donc que je clique tous les jours en espérant qu’il apparaisse. En vain !

Un maillot mal-aimé

D’autant que le tee-shirt des Lions de l’Atlas n’en est pas à son premier retard. Révélé le 27 avril 2018, des semaines après ceux des autres nations habillées par Adidas, il a aussitôt été critiqué par les supporters et les médias spécialisés marocains. En cause ? Son ultra simplicité, sa ringardise diront d’autres. La marque s’est contentée de retravailler des templates – Tabela 2018 et Registra 18 – en y ajoutant le logo de la fédération nationale marocaine, le flocage des chiffres et des noms des joueurs. Aucun design orignal comme pour l’Allemagne, le Japon ou encore la Colombie. Une mise à l’écart du Maroc qui énerve Hassan Chelhi, 27 ans, chef de projet à Paris. « Il est clairement moche. Notre maillot, c’est un modèle de base, c’est le maillot de l’entraînement de l’Iran, c’est aussi le maillot de plein d’autres clubs comme Lyon ».

للأسف القميص الذي صممه أديداس للمنتخب الوطني المغربي لايرقى الى المستوى مقارنة بزي المنتخبات التي قدمت قمصانها حتى الان . نتمنى أن يعاد التصميم

Publiée par Arryadia sur vendredi 27 avril 2018

Vous ne trouverez pas le maillot officiel en France. Il n’est pas commercialisé en Europe, seulement au Maroc. Adidas craignait les contrefaçons donc ils ont réduit le réseau de distribution

Après le site en ligne d’Adidas, direction la boutique de Châtelet pour espérer trouver mon objet. Il était inconcevable, dans ma tête de supportrice, que le maillot ne soit pas vendu – au même titre que les autres – dans les magasins parisiens. Pourtant… Il n’est en rayon ni aux Halles ni sur les Champs-Elysées. Dans cette dernière enseigne, je me suis dirigée vers une vendeuse en demandant une explication. Voici sa réponse : « Vous ne trouverez pas le maillot officiel en France madame. Il n’est pas commercialisé en Europe, seulement au Maroc. Adidas craignait les contrefaçons donc ils ont réduit le réseau de distribution ». Je sors du magasin bouche-bée. Adidas aurait eu peur que le précieux se retrouve détourné sur le marché noir et aurait donc limité sa disponibilité ?

Une stratégie anti-contrefaçons ?

Je ne comprends pas. Selon les estimations avancées par l’historien Pierre Vermeren, en 2015, 2,5 millions de Marocains et personnes d’origine marocaine vivaient en France, s’étalant sur quatre générations. Adidas aurait donc renoncé à ce marché pour des risques de contrefaçons sachant qu’un maillot est généralement vendu entre 70 et 90 euros en France, contre 60 euros au Maroc ? Les supporters marocains de France ont trouvé la parade. « On savait qu’il n’allait pas être distribué ici donc j’ai demandé à un ami de m’en ramener plusieurs du Maroc, on les a écoulés en 4h« , m’explique un des responsables du FootKorner de Mantes-la Jolie chez qui le vêtement a fait une apparition éclair. Younès Sakhraji, 24 ans, qui travaille dans une agence de pub parisienne, a adopté la même stratégie. « C’était avant le match Maroc-Serbie, je m’attendais à voir les nouveaux maillots en magasin mais non. J’ai demandé si on pouvait le commander en magasin et on m’a encore répondu non sans aucune explications. Je suis au Maroc pour la fin du Ramadan donc j’en ai profité pour l’acheter ».

On se rend compte de notre erreur, on fera mieux la prochaine fois

Des explications Adidas m’en a données. J’ai contacté la marque par téléphone et par mail avant qu’un responsable ne me réponde en privé sur Twitter. « Cela est dû à un retard dans la finalisation du design de ce maillot avec la fédération. Comme nous dépendons d’un délai d’au moins plusieurs mois pour la mise en production, cela nous a empêché de déployer le maillot à temps sur le marché occidental ». Le design du maillot, soit le flocage de trois bricoles sur un tee-shirt déjà existant, expliquerait son inexistence en France. Le délai depuis la présentation du maillot en avril n’était pas suffisant ? Esquive de mon interlocuteur. Et pourquoi ne pas avoir simplement privilégié en plus du Maroc les pays à forte présence de communautés marocaines. « On se rend compte de notre erreur, on fera mieux la prochaine fois… ».  Aucune référence à un risque de contre-façon dans nos échanges. « Cette opportunité manquée nous allons la prendre en compte pour la gestion des futurs tournois », conclut-il. Pas sûr que les supporters se contentent de cette réponse.

Forte demande sur les sites de contrefaçons

Forcément, en France, seuls sont disponibles les faux maillots : aussi bien dans les rues de Barbès, de Saint-Ouen et d’autres échoppes populaires que sur les sites internet dédiés. Depuis une semaine, Catchup Maillot, par exemple, propose des répliques en rouge et en blanc.« On a donné le modèle à notre fournisseur en Thaïlande et il nous a fait un maillot qu’on vend 29,99 euros », m’explique le responsable par téléphone avant d’ajouter : « Il y a une très forte demande. Avant sa mise en ligne, on vendait deux ou trois maillots par jour alors que là on en vend entre dix et quinze ». Un business lucratif pour ces enseignes, un vrai manque à gagner pour Adidas et une amertume pour les supporters marocains de FRance.

Nesrine SLAOUI

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