Le Bondy Blog : Depuis ton quartier de Cergy-Saint-Christophe (Val-d’Oise) jusqu’à tes deux titres de champion européen de boxe anglaise professionnelle en 2016 et 2017, quel regard portes-tu sur ton parcours  ?

Zakaria Attou  : Même si aujourd’hui je suis fier de mon parcours parce que je viens d’un quartier difficile, tout n’a pas été forcément simple. Je n’ai grandi qu’avec ma maman. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un père et un grand frère qui soient toujours derrière moi, à m’accompagner dans le champ du sport, je me suis un peu débrouillé tout seul. Cela n’a pas été simple mais j’ai cru en moi. Ce que j’essaie de dire et de montrer, c’est que même si on te dit au quotidien que tu n’y arriveras pas, que tu n’es pas pour fait quelque chose, que l’on parle mal de toi, si tu crois réellement en toi, que tu te donnes les moyens et que tu t’accroches, je pense que tu peux y arriver. Je suis un exemple concret de cela. On ne m’a rien donné et je suis parti tout chercher. Je me suis battu et j’ai réussi à m’en sortir grâce à cela. Sans jamais chercher à ce qu’on vienne me récupérer. C’est ce que je dis à certains jeunes : n’attends pas qu’on vienne, fais.

Je ne cherche pas forcément à créer l’élite : ce qui est important, c’est de transmettre des valeurs aussi importantes que l’abnégation, le dépassement de soi et le respect

Le Bondy Blog : Quel rôle a joué ta famille dans ta carrière  ?

Zakaria Attou  : Ma mère a joué un rôle très important, même si quand j’ai commencé à grandir et que les coups devenaient plus violents, elle n’a plus jamais voulu venir me voir. C’était difficile pour elle de voir son enfant prendre des coups. Au-delà de cela, elle a joué un rôle important, parce qu’elle m’a permis d’avoir un cadre. Elle a toujours cru en moi et elle a toujours été derrière moi. Elle a toujours su trouver les mots dans les moments difficiles, quand tu as envie de renoncer. Aujourd’hui, elle est fière de voir son fils à la télé. C’est important pour elle de voir que j’ai réussi.

Le Bondy Blog  : La naissance de tes deux enfants a-t-elle fait évoluer ton rapport à la boxe  ?

Zakaria Attou  : Cela apporte une stabilité qui est très importante pour un sportif et une prise de conscience de responsabilités différentes. La prise de risque sur le ring est différente également : on est plus vigilant, on y pense. On essaie de la jouer plus intelligent en étant un renard, un chat sur le ring. On veut moins aller à la bagarre. On est clairement plus construit.

Le Bondy Blog : En parallèle de ta carrière sportive, tu es éducateur à Chanteloup-les-Vignes. Quelle importance accordes-tu à ton travail de transmission ?

Zakaria Attou  : C’est très important de transmettre les valeurs que l’on m’a inculquées et surtout de faire en sorte que les jeunes ne reproduisent pas les erreurs que j’ai commises. Je ne cherche pas forcément à créer l’élite : ce qui est important, c’est de transmettre des valeurs aussi importantes que l’abnégation, le dépassement de soi et le respect. Le sport apporte énormément et j’essaie d’apporter aussi par mon expérience. Ici, on se sert beaucoup du sport comme outil de prévention. Je crois qu’il n’y a pas mieux que le sport comme outil d’insertion et de prévention pour des jeunes en déviance.

Je me dis que si je peux servir d’exemple auprès de jeunes qui se disent ‘lui il a réussi, pourquoi nous on y arriverait pas ?’ c’est tant mieux

Le Bondy Blog : A l’instar de Tony Yoka, tu as un contrat d’image avec la ville de Chanteloup-les-Vignes. Comment vis-tu ton rôle de «  porteur d’image  »  ?

Zakaria Attou  : Je le vis bien, même si cela n’a pas toujours été le cas. J’avais un peu de mal avec le fait d’être représentatif de certains. Aujourd’hui, au contraire, je me dis que si je peux servir d’exemple auprès de jeunes qui se disent «  lui il a réussi, pourquoi nous on y arriverait pas  ?  » c’est tant mieux. J’essaie de leur montrer la voie pour ne pas qu’ils commettent les mêmes erreurs que moi. C’est une fierté.

Le Bondy Blog : Sur tes neuf premiers combats, tu as autant de victoires que de défaites, et un match nul. Une fois passés les débuts, tu as quasiment tout gagné, avec 24 victoires pour 2 défaites et 2 nuls. Qu’est-ce qui s’est passé entre les deux?

Zakaria Attou  : Au début, cela a été difficile pour moi, parce que je suis passé pro sans promoteur. J’ai parfois accepté certains combats chez l’adversaire, ce qui m’a desservi. Très clairement, pour moi, sur mes six défaites, celle contre Frank Haroche [défaite par TKO, arrêt par décision de l’arbitre, le 22 novembre 2014, ndlr] est la seule qui soit justifiée. Les cinq autres fois, je ne pense pas avoir mérité de perdre. Après, il y a surtout eu le fait que je me sois structuré, avec un vrai staff sportif autour de moi, un agent et un promoteur. Du coup, grâce à cette structuration et à mes nouveaux entraînements, je suis devenu un réel professionnel. J’étais clairement au-dessus.

Entendre la Marseillaise retentir et se dire qu’aujourd’hui je suis le champion de mon pays !

Le Bondy Blog  : Le 29 septembre dernier, l’European Boxing Union (EBU), fédération européenne de boxe, a décidé de te destituer de ton titre de champion d’Europe. Tu étais censé remettre ce titre en jeu face à l’Espagnol Sergio Garcia, mais quelques jours avant le combat, tu t’es ouvert le crâne et on t’a posé cinq points de suture. Au moment où tu apprends cette destitution, qu’est-ce que tu te dis  ?

Zakaria Attou  : Je suis clairement dégoûté parce qu’il y a eu tellement de sacrifices consentis, de travail entrepris pour en arriver là. Si je perds en boxant, à la rigueur je me dis que je n’ai pas fait le nécessaire. Mais là, perdre sur tapis vert, c’est compliqué. Je me dis que c’est moi le champion et on me retire ma ceinture. C’est injuste. Je ne l’ai pas fait exprès, de me blesser avant le combat. Je me suis préparé très dur, tout l’été à boxer, et à la fin, on me dit «  t’es blessé, on te destitue. » Mais aujourd’hui je le digère et ça me donne une envie supplémentaire, une rage de récupérer ce qui m’appartenait.

Le Bondy Blog :  Quel est le plus beau moment de ta carrière  ?

Zakaria Attou  : Mon premier titre de champion de France  ! C’était un moment particulier pour moi. Entendre la Marseillaise retentir et se dire qu’aujourd’hui je suis le champion de mon pays ! J’ai aussi ressenti une grosse émotion quand j’ai été champion d’Europe, mais moins que pour le titre de champion de France [obtenu en 2014, ndlr] . Je l’attendais tellement. J’ai perdu quatre ans dans des combats sans réel enjeu avant d’avoir cette opportunité d’obtenir un titre national. Le jour où on m’a laissé cette chance, je l’ai saisie. D’ailleurs, j’ai gagné sur KO au troisième round, ce qui montre bien à quel point c’était important pour moi. 

Tant que le corps suit et que j’ai toute ma lucidité, je continue

Le Bondy Blog :  À bientôt 37 ans, où comptes-tu t’arrêter  ?

Zakaria Attou  : On me pose souvent cette question. Pour être honnête, malgré ma longue carrière, je n’ai pas pris beaucoup de gros coups. J’ai une boxe aérienne, plutôt intelligente. Donc pour l’instant, je l’ai toujours dit, tant que le corps suit et que j’ai toute ma lucidité, je continue. Bien évidemment, j’ai une certaine limite ! J’espère faire un championnat du monde parce que je n’en suis pas loin et après, j’arrêterai. A 36 ans, je me sens encore frais, mais je n’ai pas envie de faire les combats de trop, je ne veux surtout pas me retrouver à bégayer et ne plus avoir toute ma tête. Je suis assez lucide là-dessus, je pense que je le verrai très vite : si à l’entraînement, je vois que je suis moins explosif, que c’est plus compliqué pour la récupération, alors je me poserai les bonnes questions.

Le Bondy Blog :  A côté de cela, tu participes également à l’émission «  Label Boxe  » sur beIN Sports en tant que consultant. Tu penses quoi de l’état de la médiatisation de la boxe  ?

Zakaria Attou  : J’ai connu les périodes les plus creuses de la boxe. De 2007 à 2013-2014, ce n’était pas simple. Aujourd’hui, grâce aux résultats de Tony Yoka  et d’Estelle Mossely, qui sont des bons représentants, aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, il y a eu une effervescence. Ils ont réussi à remettre de la lumière sur le sport. Il y a des promoteurs qui sont arrivés et des télés ont mis de l’argent. Il y a une plus grande exposition aujourd’hui. C’est bien, ça revient.

Propos recueillis par Alexandre MARTINS LOPES

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