Porte de la Chapelle, quelques banderoles et pancartes flottent devant la sortie du métro de la ligne 12 à Paris parmi lesquels « Non aux expulsions », « nous voulons vivre en France »,  « Tous solidarité. Tous humains ». Ce samedi 21 octobre, en ce début d’après-midi, près de 300 personnes, selon notre décompte, dont des migrants, mais aussi des membres d’associations et de collectifs, ont répondu présents. Parmi eux, le Collectif pour l’avenir des foyers (COPAF), « 20Solidaire avec les migrants », Coordination Sans-Papiers 75 dans le 19e », « Quartier solidaire », « La Voix des sans-papiers », Sortez-couvert.e.s ».

C’est sous un soleil retrouvé que les manifestants battent le pavé. Leurs revendications : un traitement digne et humain des autorités envers les migrants, la fin des expulsions et des papiers.  Sous autorisation de la préfecture de Paris, le cortège prend le départ direction la capitale. Il doit sillonner les rues des quartiers Barbés, Château-Rouge, Marcadet pour arriver à la mairie du 18e arrondissement. Une dizaine de policiers, des CRS, sont présents.

« Nous dormons dans les rues de Paris depuis des mois. Les policiers viennent parfois prendre nos tentes. Cela ne peut pas continuer comme ça »

Sur le boulevard Barbés, les slogans se répètent « Liberté pour tous« , « So-so-solidarité » ou encore « Papiers pour tous« , lancés à plein poumons par les migrants et leurs soutiens. « Nous dormons dans les rues de Paris depuis des mois. Les policiers viennent parfois prendre nos tentes. Cela ne peut pas continuer comme ça », insiste ce jeune Ivoirien qui préfère garder l’anonymat. « Nous ne mangeons qu’une seule fois dans la journée grâce au bénévoles d’Emmaüs qui nous donnent de la nourriture. Nous voulons que le gouvernement applique ce qu’a dit Emmanuel Macron, à savoir ne plus voir aucun migrant dormir dans les rues et les traiter avec humanité. Nous voulons nos papiers ! »

Parmi les migrants manifestants, nous rencontrons Ibrahima Solly Diallo, tout juste arrivé en France il y a à peine deux semaines. Il a 18 ans et vient de la Guinée-Conakry. « Je ne connais personne. A mon arrivée, j’ai eu des maux de dents. Lorsque je suis allé à l’hôpital, on m’a dit ‘la santé n’est pas gratuite‘, nous raconte-il l’air désespéré. « Puis on m’a dit : soit vous ramenez votre carte vitale soit vous payez, alors que j’avais rien sur moi ».

Sur leur parcours, les manifestants croisent des commerçants dont cet homme propriétaire d’une boucherie, et sympathisant de leur cause. « C’est normal de manifester pour qu’Emmanuel Macron fasse quelque chose. Les gens passent leur nuit dans les rues, ce n’est pas normal ça ». Puis, soudain, au milieu de la foule, une fanfare de musique joue sa part de solidarité avec les migrants.

« Nous sommes venus manifester parce que la façon dont la France traite les migrants est inhumaine »

Adèle, jeune étudiante en droit, est venue elle dire « sa colère » face à la situation des migrants. « Il ne faut pas rester les bras croisés. Macron et sa politique désastreuse sur l’immigration, c’est une honte pour la France. Nous sommes un pays de droits et de démocratie. Nous avons les moyens pour accueillir ses migrants et les traiter d’une manière digne. Ils veulent vivre en France. Il faut leur donner leur papiers pour qu’ils aient accès à tout comme tous les autres Français-e-s, explique cette étudiant qui souhaite se spécialiser dans le droit des étrangers.

« Nous sommes venus manifester parce que la façon dont la France traite les migrants est inhumaine« . Benoît est architecte et engagé dans une association, « Quartier Solidaire », située dans le 18e arrondissement de Paris. Lui et ses amis se mobilisent au quotidien pour apporter leur soutien aux migrants. « Nous le faisons avec nos moyens limités. Par exemple, nous organisons des distributions alimentaires. Nous agissons aussi pour tenter de faire arrêter les rapatriements forcés des migrants dans leurs pays d’origine ou au-delà des autres frontières ».

« Nous ne voulons pas de la police »

Arrivés rue Oderner, les migrants improvisent un sit-in en criant « Justice ! Je reste, je ne partirai pas« , sous les applaudissements de leurs soutiens. Les policiers restent à l’écart mais viennent s’entretenir avec les organisateurs leur demandant de continuer la marche. Le cortège reprend alors sa route mais la colère des migrants les poussent à hurler « Nous ne voulons pas de la police ».

Un peu plus loin dans le cortège, nous rencontrons Ahmed, informaticien de profession. Ce Soudanais de 29 ans, arrivé en France en février 2017, attend des nouvelles de sa demande d’asile. Fatigué des délais il dit « ne plus vouloir entendre parler de l’OFPRA ». « Ce système est fait pour nous décourager. Nous voulons nos papiers pour avoir accès à un travail, pour pouvoir nous former, nous signer… On ne peut pas toujours tendre la main et attendre que des bénévoles viennent nous aider ».

Au bout de trois heures, le cortège arrive devant la mairie. Un cercle se forme. Samir, membre du collectif « Aide aux migrants » prend la parole pour remercier tous les participants de la manifestation. « Voilà ce qui fait la force de la France. C’est sa mixité. Son élan de solidarité. Donc il faut regarder la vérité en face. Ces migrants ne sont pas passés dans l’eau par plaisir pour arriver là. Ils ont chacun une histoire. Nous demandons que le gouvernement prenne en compte la vie de ces personnes ».

Kab NIANG

Articles liés

  • Trois ans après sa mort, ni justice ni paix pour Adama et les siens

    Adama Traoré est décédé entre les mains de gendarmes de Beaumont-sur-Oise, le 19 juillet 2016, le jour de ses 24 ans. Trois ans après, les proches d'Adama mènent toujours le combat pour avoir la vérité sur sa mort et faire avancer la lutte contre les violences policières. Ce samedi, une marche jugée historique est organisée dans sa ville du Val-d'Oise. Le BB y sera, pour relayer un combat qu'il couvre depuis le premier jour.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 19/07/2019
  • A Paris, des militants des quartiers défilent contre des violences policières qu’ils ne connaissent que trop bien

    #BestOfBB, semaine « violences policières ». Le 2 février, l'acte 12 de la mobilisation des gilets jaunes avait une sonorité particulière. Les manifestants avaient placé cette douzième mobilisation sous le signe des violences policières. L'occasion de dénoncer une dérive que les quartiers populaires connaissent de longue date, eux dont certains représentants comme Assa Traoré étaient présents samedi. Reportage.

    Par Paloma Vallecillo
    Le 16/07/2019
  • A Grenoble, des larmes, de la rage et des doutes après la mort d’Adam et Fatih

    #BestOfBB, semaine « violences policières. » Deux jeunes Grenoblois, Adam et Fatih, sont morts samedi 2 mars à scooter, poursuivis par une voiture de la Brigade anti-criminalité. Dans leur quartier, le Mistral, on pleure leur perte, on crie sa révolte et on s'interroge à haute voix sur les failles de la version officielle fournie par les policiers. Une marche blanche organisée en leur honneur a réuni près de 2000 personnes, mercredi. Reportage.

    Par Arno Pedram
    Le 15/07/2019