C’était un vrai beau vendredi parisien. Début de week-end, les promeneurs étaient de sortie, les lève-tard passaient au brunch et les enfants patinaient, trottinette sous le pied. La place de la République était bondée de monde. Une République en vie, un sursaut d’humanité. Des centaines de personnes, hommes et femmes, se sont réunies pour réclamer les droits des femmes. Encore une fois, au cours de cette journée, il allait falloir le scander : ce 8 mars n’est pas la fête des mères, ni celle des grands-mères, ni même la journée de la Femme, mais bel et bien la Journée internationale des femmes, et ce depuis 1910.

Plus d’un siècle plus tard, la lutte contre les inégalités hommes-femmes est toujours nécessaire. Pour pointer symboliquement les violences sexistes et sexuelles, les stéréotypes de genre, les écarts de salaires… Les inégalités professionnelles sont toujours à combattre, elles concernent toute la société, tous les milieux et tous les âges. Hommes et femmes de toutes les générations ont répondu présent, ici place de République à 15h40. Une heure symbolique, loin d’être choisie au hasard. C’est celle à laquelle, comme tous les autres jours, les femmes arrêtent d’être payées sur la base d’une journée de travail standard (9h00-12h30, 13h30-17h00).

Dans une ambiance heureuse et dansante, les manifestants scandent « Solidarité pour toutes les femmes ». Ils sont regroupés autour du piédestal où chacun tient son slogan bien en main, peint en rouge, vert, noir et blanc. Sur leurs pancartes on peut lire « Liberté Égalité Sororité », « Femme en Crève », « On ne se taira plus jamais »,  « Seule cause de viol : le violeur », « Femme du monde luttons ensemble » ou encore « Laissons-nous jouir de nos droits ». La foule féministe est internationale. Espagnoles, Brésiliennes, Italiennes, Kurdes sont là, et la liste des associations et mouvements mobilisés est longue comme le bras : Groupe Femmes Gilets jaunes, collectifs nationaux pour les Droits des Femmes, CQFD Lesbiennes Féministes, Osez le féminisme, Planning Familial, Tou.te.s contre les violences obstétricales et gynécologiques, Touche Pas à Mon Intermittent.e, UNL, CGT, UNEF… Des hommes et des femmes de toutes les générations, mais avec une moyenne d’âge assez jeune, fêtent ensemble cette journée au coeur de Paris.

En tant que femme, il est toujours difficile de s’affirmer

Selon la CGT, à compétences et responsabilités égales, les femmes sont toujours payées 26% de moins que les hommes. De plus, elles sont 30% à travailler à temps partiel, et souvent concentrées dans des métiers dévalorisés socialement et financièrement. Parce qu’elles n’ont pas de déroulé de carrière. Parce qu’elles touchent moins de primes, d’heures supplémentaires.

Clara, 19 ans, est là, bien consciente de ces réalités. Originaire de Montpellier, elle est montée à Paris pour faire des études de cinéma, en classe préparatoire. « Confrontée à des gens de mon âge homophobes et misogynes, je me suis dit que je ne pouvais pas rester comme ça sans rien faire à regarder ces gens avec leurs convictions, explique-t-elle. Je me suis renseignée sur les réseaux sociaux et je me suis dit qu’à travers cette journée, c’était le moment pour moi de faire acte de présence et de m’engager. » Elle se définit comme féministe, mais ayant souvent un regard lointain, comme une grande partie des jeunes filles de son âge. Avec le sourire au coin des lèvres, elle trouve que « cette solidarité féminine, ça peut aider à dire. Il faut avoir de l’ambition, il faut s’affirmer comme femme, aimer être femme, et vouloir être femme dans tous les domaines. Il faut permettre aux femmes de progresser en tant qu’individus. Parce qu’en tant que femme, il est toujours difficile de s’affirmer et prendre tous les droits auxquels on a droit. »

Un peu plus loin dans la foule, Audrey n’était pas forcément conquise par l’idée d’une journée de mobilisation des femmes. « Je trouvais cela débile de rendre hommage à la femme une seule journée durant toute l’année, affirme l’éducatrice spécialisée de 33 ans, venue des Yvelines pour l’occasion. Mais très vite, j’ai compris que ce qui est en jeu lors de la journée du 8 mars, ce sont les droits des femmes. Et donc aller les revendiquer c’est très important, notamment avec le discours anti-IVG qui prend de l’ampleur partout en France et un peu ailleurs. Cette manifestation dit qu’on existe et qu’on doit revendiquer nos droits. » S’exprimer, cela lui parait indispensable : « Vu le climat social dans lequel notre pays est, il y a des causes qui devraient être fédératrices. »

Un contexte de lutte sociale pour les droits des femmes

Autant dire que la jeune femme voit d’un bon œil la libération de la parole des femmes victimes de violence ou de harcèlement. «  Enfin ! Mais enfin, nous y sommes !, clame-t-elle. Nous  avons une bouche et nous devons nous exprimer. On ne doit plus avoir peur de parler de nos calvaires, de nos agressions. Maintenant, les réseaux sociaux sont des moyens de se libérer. Aujourd’hui, beaucoup de femmes subissent des violences sexistes, que ce soit des violences physiques ou psychologiques qui peuvent amener à des suicides. »

En France, cette journée de lutte pour les droits des femmes revêt un caractère particulier cette année. Entre appels à la grève, dénonciation du sexisme et des violences sexuelles et lutte des femmes dans le mouvement des Gilets jaunes, cette journée s’inscrit dans un contexte de mobilisation contre la violence et les inégalités sociales.

Rosaly, 53 ans, est infirmière en psychiatrie dans le 13e arrondissement de Paris, au sein de l’association Santé Mentale. Elle est venue avec une voisine. Une présence que les deux femmes trouvent naturelle. « Je ne suis pas une militante, mais je trouve nécessaire pendant cette journée de venir m’exprimer, justifie-t-elle. Il est injuste dans le milieu professionnel que les hommes gagnent plus que nous, les femmes. Dans le domaine où je travaille, je peux dire que je travaille les mêmes horaires que les hommes et parfois même plus parce qu’ils se disent fatigués (rires). » Rosaly poursuit avec un sujet encore plus grave, celui des violences faites aux femmes. « C’est affreux de voir les corps des femmes violentées par leur compagnon ou ex-compagnon. C’est des faits, regardons ce qui se passe en Corse cette semaine. Une femme de 35 ans tuée par son compagnon. Autre chose que je trouve inadmissible, c’est que des femmes disent qu’elles ne peuvent pas s’habiller comme elles le souhaitent de peur d’être harcelées ou de subir des violences sexistes. »

Cette journée prend fin devant la Bourse du travail, avec l’idée de se battre pour les droits des femmes et leur participation au processus politique et économique, de célébrer des actes de courage et de détermination, de lutter contre la violence.

Kab NIANG

Crédit photo : Ana GRANGEIA NEVES

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