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Des éclats de voix et des rires emplissent les locaux de l’association Belleville citoyenne (Paris, 20ᵉ), ce mardi 2 juin. Dans la petite salle, une trentaine de personnes sont réunies et malgré l’atmosphère joyeuse, c’est bien la survie de cette association dont il est question aujourd’hui. Depuis 15 ans, l’association implantée dans ce quartier populaire de l’est parisien œuvre à l’insertion, à l’accès à la culture des jeunes et à l’accompagnement administratif des habitant·es.

Forte de 400 adhérent·es, la structure est menacée de disparition en raison des retards de versements de financements publics. Ce rassemblement se tient à la veille d’une audience pour liquidation judiciaire. « Cette mobilisation est essentielle pour nous. Nous avons 15 ans d’existence, fermer nos portes du jour au lendemain provoquerait une incompréhension de la part des bénéficiaires de l’association », alerte Séphora Tan Ali, la coordinatrice générale de Belleville Citoyenne.

Une association ancrée dans les quartiers populaires

Leurs actions ciblées autour de la jeunesse encouragent les pratiques artistiques amateures et l’inclusion numérique. Cela se manifeste grâce au théâtre, au cinéma ou à la musique. Belleville Citoyenne permet également aux habitants d’être accompagnés dans leurs démarches administratives et leur accès aux droits, ou de suivre des jeunes dans leur recherche d’emploi.

On est dans un quartier politique de la ville, donc il y a un réel besoin

Mohammed, chargé de mobilisation, observe une synergie entre les différents acteurs du quartier : « On est dans un écosystème ultra-foisonnant. Il y a plein de structures, d’associations, des clubs de sport avec lesquels on peut travailler. » Cependant, le directeur de la maison du Bas de Belleville déplore le rôle des pouvoirs publics. « Les institutions nous montent les uns contre les autres. Il ne faut pas qu’on tombe dans le piège ». Et de rappeler que ces associations « font le boulot que l’État ne veut plus faire ! »

Annie Gafforelli, maire adjointe du 20ᵉ arrondissement, chargée de la vie associative, relève l’ancrage de la structure sur le territoire. « Si Belleville citoyenne venait à disparaître, ce serait une déflagration. On est dans un quartier politique de la ville, donc il y a un réel besoin. » 

Symptôme de l’état du monde associatif

Sephora Tan Ali tient à souligner que la fermeture de l’association ne résulte pas d’une mauvaise gestion interne. « C’est un problème de fonctionnement des associations qui n’ont pas de subventions de fonctionnement mais uniquement des fonds liés à des projets. »

Face à l’assistance, Jocelyn, le co-directeur de Belleville Citoyenne, remercie les citoyens et les élus de la mairie du 20ᵉ pour leur soutien. « On a recueilli 900 signatures pour la pétition  », indique-t-il. « Nous demandons à pouvoir continuer notre activité jusqu’au mois de septembre, le temps de recevoir les subventions. »

Beaucoup d’associations tombent les unes après les autres par manque de structuration financière

Simon, le co-fondateur de l’association, éclaire sur les arcanes de l’octroi des financements et les difficultés pour les associations qui ne disposent pas d’une trésorerie conséquente pour absorber les retards de versement. « Il y a une sorte d’impôt caché. Pour les petites associations autonomes, ça devient compliqué. C’est un mécanisme global, structurel. Beaucoup d’associations tombent les unes après les autres par manque de structuration financière. »  Un système qui favorise les grosses associations, quand bien même leurs actions ne sont pas à même d’atteindre les populations les plus précaires.

Au cours des échanges, des questions émergent : l’avenir des salariés et des intermittents, l’entraide entre les différentes associations du quartier, le maintien de l’activité au détriment des salariés en CDI, et les autres sources de financement. « Si ça doit continuer, ce ne sera pas de la même manière », précise une membre de l’association.

Un quart des associations de solidarité menacées de disparition

Pour Sephora Tan Ali, mettre en lumière la situation de Belleville Citoyenne doit aussi servir à alerter sur la crise que traverse le monde associatif. L’inflation, la baisse continue des subventions publiques ou encore l’augmentation des besoins sur le terrain sont autant de facteurs qui fragilisent le secteur associatif.

Selon un rapport du Mouvement associatif, près de 30 % des structures ont déjà diminué leurs activités, un tiers des associations employeuses ont moins de trois mois de réserves. Sur l’année 2025, la hausse des redressements et des liquidations d’associations se compte par centaines en France. Une enquête de la Fédération des acteurs de la solidarité révèle qu’un quart des associations de solidarité sont menacées de disparition. « Si une association comme nous tremble, qu’est-ce que ça doit être en dessous ? Toutes les assos ferment », s’alarme Sephora Tan Ali.

Hervé Hinopay 

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