Jordan Bardella et Marine Le Pen ont invité ce lundi des personnalités de l’extrême droite européenne afin de fêter la montée du parti aux élections législatives de l’année dernière. Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, ou encore l’Italien, Matteo Salvini, étaient présents. Quelque 5 000 sympathisants du parti ont assisté à cette rencontre. En face, une contre-manifestation a été organisée par la gauche. Le parti Renaissance n’a quant à lui pas souhaité rejoindre la manifestation et à préférer un petit rassemblement dans la ville voisine d’Amilly.
Dès 10h30, à Montargis, la manifestation rassemblant tous les partis de gauche ainsi que les différents syndicats s’est déroulée dans le centre de la ville. Près de 3 000 personnes étaient présentes pour dénoncer la réunion du Rassemblement National organisée dans le village de Mormant-sur-Vernisson. À la tête du cortège se trouvaient les députés Manon Aubry, Louis Boyart, Ian Brossard ou encore la secrétaire de la CGT Sophie Binet.
Depuis quelques années, le RN obtient de plus en plus d’électeurs à Montargis. En 2022, c’est le député RN, Thomas Ménagé, qui est élu. Située à 1h30 au sud de Paris, Montargis est la ville la plus pauvre du Loiret. Territoire qui cumule problématiques rurales et sociales, Montargis a rapidement été une cible pour le RN. Elle est indissociable de son agglomération qui contient 57 000 habitants.
Des citoyens inquiets par la montée de l’extrême droite
Ambiance festive et musicale mêlée à des slogans antifascistes comme « les idées d’extrême droite ne se discutent pas, elles se combattent » animent la matinée.
Parmi les manifestants, certains viennent de l’autre bout de la région, ou d’autres sont originaires de l’agglomération. C’est le cas de Touguiyi Savane, qui travaille avec la jeunesse depuis 20 ans. « Je suis née et j’ai grandi à Montargis. Je ne comprends pas comment les gens qui me ressemblent ne peuvent pas être là aussi. L’année dernière on a vu la zone devenir d’un bleu qu’on n’aime pas. On ne devrait même pas se battre pour ces choses là. L’idée est de dire à la jeunesse qu’il faut être en place et qu’on doit parler pour nous. »
J’ai été présente pour le dépouillement des votes, il y avait énormément de bulletins RN
Chaima, 21 ans, est venue accompagnée de deux amies. Elle partage cette inquiétude. « J’ai été présente pour le dépouillement des votes, il y avait énormément de bulletins RN. Il y a quand même une grande partie des gens qui ne soutiennent pas nos idées pour la paix, ça fait peur. Ça nous divise tout simplement », déplore-t-elle.
Une lutte nécessaire et remplie d’espoir
L’élu sans étiquette, chargé de la jeunesse et de la sécurité de Châlette-sur-Loing, Jamal Malghi, reste, lui, optimiste. « J’ai grandi, j’ai étudié et j’habite à Châlette. Je ne suis pas fataliste. Il y a des valeurs que j’ai connu petit que je veux défendre. Châlette, c’est le vivre ensemble, c’est ces valeurs-là que je veux défendre, mais aujourd’hui elles sont remises en cause par des politiques comme celles du RN, qui cherchent à diviser les citoyens français. Il faut qu’on puisse répondre à ça », appelle Jamal.
Michelle Chabrol, présidente du comité Montargois du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié des Peuples (MRAP) et adhérente depuis les années 80, rappelle les origines de Montargis. « Le Montargois a une tradition des luttes et des collectifs. C’est une terre d’accueil avec l’usine Hutchinson qui depuis le 19ème siècle fait venir de la main d’œuvre immigrée. »
Il y a des décennies, on ne ressentait pas le racisme à ce point là, c’est terrifiant
Elle constate aussi un climat de tension montant : « Il y a des décennies, on ne ressentait pas le racisme à ce point là, c’est terrifiant de voir ces idées nauséabondes qui se diffusent et de voir ce rassemblement tout près. Je pense que les gens se trompent de vote, ils sont manipulés et pas conscients des dangers que représente leur vote. »
S’organiser contre l’extrême droite
Tous s’accordent pour dire qu’il faut des contres offensives à ces discours de haine, un long travail militant est en cours pour discuter et expliquer aussi bien à la jeunesse qu’aux opposants politiques. Cette journée de contestation s’est poursuivie avec différentes animations comme une mini fête de l’Humanité. Une scène a été mise en place spécialement pour accueillir des chanteurs engagés.
Des stands syndicalistes ont accueilli les passants à côté des stands de livres ou d’artistes. Une place a été réservée pour trois tables rondes: écologie, médias et minorités face à l’extrême droite. Les journalistes Edwy Plenel et Amélie Poinssot ont débattu avec le réalisateur Mehdi Lallaoui pour aborder le rôle des médias dans la montée et la lutte contre l’extrême droite.
Aussi présentes, la directrice du Planning Familal, Sarah Durocher, ou encore, Essé Messan, afro-féministe du comité Les voix Éclairées ont pu discuter des problématiques des femmes blanches et racisées et des personnes LGBTQ+ dans ces territoires ruraux et souvent plus exposées aux discriminations.
Lisa Rocha