6 étudiant·e·s sur 10 ont perdu leurs jobs, pendant la période de confinement, quand d’autres ne reçoivent aucune aide financière de leurs familles. Pour celles et ceux dont l’activité a été stoppée, on estime à 274 euros la perte de revenus par mois. Beaucoup d’entre eux se retrouvent ainsi dans l’incapacité de payer leur loyer, pire : d’acheter de quoi se nourrir.

Devant l’hécatombe sociale de ces jeunes, deux mères de famille lyonnaises ont lancé une plateforme en ligne pour leur venir en aide. Le 8 février dernier, Anne Wuattier et Marion Dolisy Galzy ont mis en ligne 1 Cabas pour 1 étudiant. La plateforme est pour l’instant disponible dans la métropole lyonnaise mais est en phase de déploiement sur l’ensemble du territoire.

J’ai vu une jeune fille calculer ses courses au centime près avec son téléphone. Je me dis que j’aurais dû lui proposer de lui payer ses courses.

Toutes les deux mères d’étudiant·e·s, Anne et Marion sont de fait sensibilisées par la situation précaire des étudiant·e·s. « J’ai vu au supermarché une jeune fille calculer ses courses au centime près avec son téléphone. Je me dis que j’aurais dû lui proposer de lui payer ses courses », regrette Marion Dolisy Galzy. « Je me dis qu’il doit y en avoir d’autres dans son cas » ajoute la maman lyonnaise.

Le lendemain de cette réflexion au supermarché, elle en parle avec son amie Anne Wuattier et à l’issue de leurs discussions, les deux décident ensemble de développer la plateforme solidaire.

Sur 1 Cabas pour 1 Étudiant, des parrains et marraines sont mis en relation, via un système de parrainage, avec des étudiant·e·s précaires pour leur venir en aide. Pour bénéficier de cette aide, l’étudiant·e remplit un formulaire pour entrer en contact avec un parrain ou une marraine dans son quartier ou sa commune de la métropole lyonnaise.

La marraine ou le parrain s’engage alors à lui prévoir un cabas pendant ses courses. Pour le cabas il n’y a aucune limite de prix « Les parrains font en fonction de leurs moyens, ça peut être tous les 15 jours comme ça peut être une fois par mois », précise Marion.

À l’aide de cette plateforme on veut compléter le dispositif d’aide pour les étudiant·e·s, on veut diluer l’effort de guerre. 

Se mobiliser face à la précarité étudiante

« À l’aide de cette plateforme on veut compléter le dispositif d’aide pour les étudiant·e·s, on veut diluer l’effort de guerre », explique Marion Dolisy Galzy. Les deux créatrices veulent contribuer à la solidarité de proximité. « Parfois on ne sait pas à qui s’adresser pour venir en aide auprès des étudiant·e·s et avec cet outil on veut replacer cette solidarité de proximité dans l’esprit des personnes » déclare la cocréatrice.

Depuis son lancement le 8 février dernier, la plateforme comptabilise déjà plus 1700 inscrits au sein de la métropole lyonnaise. Des chiffres qui illustrent la solidarité des citoyens mais qui reflètent la situation précaire des étudiant·e·s, qui n’osent pas forcément s’inscrire. Il y a pour l’instant plus de parrains et de marraines que d’étudiant·e·s. Afin d’attirer l’attention d’étudiant·e·s précaires, les créatrices n’hésitent pas à distribuer des flyers lors des collectes alimentaires et à contacter les associations étudiantes lyonnaises.

Des flyers étiquetés pour plus de cabas solidaires.

Avant la crise sanitaire, 1 étudiant·e sur 5 vivait déjà sous le seuil de pauvreté. Une précarité qui s’est aggravée avec la pandémie. Selon une étude menée par Ipsos en juin 2020, 74 % des étudiants ont estimé avoir rencontré des difficultés financières lors du premier confinement et 53 % des étudiants ont eu des difficultés pour se procurer une alimentation saine et équilibrée. « Une marraine m’a dit que cela faisait 6 mois que sa filleule n’avait pas mangé de légumes frais.. » ajoute Marion.

Des dons de produits non alimentaires

1 Cabas pour 1 Étudiant permet aux marraines et parrains de fournir des denrées non alimentaires : des kits d’hygiène, des kit de protection anti Covid-19 (masques, gel hydroalcoolique), des livres, mais aussi des billets de train pour les étudiant·e·s resté·e·s éloigné·e·s de leur famille depuis longtemp. Ces dons concernent aussi les protections périodiques aux étudiantes.

Un geste bienvenu face à la précarité menstruelle. « J’ai une fille, je sais que ces produits peuvent coûter très chères pour certains étudiants », déclare Marion Dolisy Galzy. Selon une enquête menée par la FAGE, Fédération des Associations Générales Étudiantes, 13 % des étudiant·e·s ont déclaré avoir dû choisir entre se nourrir ou s’acheter des protections périodiques et 33 % estiment avoir besoin d’une aide pour se procurer des protections périodiques.

1 Cabas pour 1 Étudiant, une plateforme pour renouer le lien social

Avec le confinement puis le couvre feu, beaucoup d’étudiant·e·s sont resté·e·s isolé·e·s dans leurs logements (chambres universitaires, studio…), qui sont pour la plupart exigus, sans voir leurs ami·e·s ni leurs familles. Dans une grande solitude, les étudiant·e·s précaires se retrouvent livré·e·s à eux-mêmes sans avoir la possibilité d’expliquer leur mal-être à quelqu’un. Selon l’OVE, l’Observatoire nationale de la vie étudiante, un·e étudiant·e sur trois (soit 31%) a présenté des signes de détresse psychologique pendant le premier confinement (contre 20% en 2016).

Ce cabas est un symbole, c’est une bonne excuse pour socialiser et se mettre en lien avec quelqu’un. 

La plateforme 1 Cabas pour 1 Étudiant est aussi une façon pour certain·e·s étudiant·e·s de socialiser avec leurs parrains et marraines. Lors de l’échange du cabas, les parrains et marraines profitent pour échanger avec leurs filleul·e·s. Marion a déjà assisté au loin à des rencontres intéressantes. « Au début il y a un peu de timidité, de pudeur » observe-t-elle.

Mais, passé le premier contact, certain·e·s parrains et marraines n’hésitent pas à recevoir leurs filleul·e·s à leur domicile pour les inviter à manger. «  Ce cabas est un symbole, c’est une bonne excuse pour socialiser et se mettre en lien avec quelqu’un ».

Les deux créatrices ont reçu le soutien de nombreuses collectivités et établissements d’études supérieures, hors métropole lyonnaise, pour le déploiement de la plateforme  à l’échelle nationale.

Emeline Odi

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