Article initialement publié le 29 avril 2020

« Cela fait plus d’un mois que nos imprimantes fonctionnent sans relâche et nous avons déjà produit plus de 8000 visières », s’enthousiasme Vincent Guilluy, 46 ans, créateur de la « fabrik ». Las de rester chez lui les bras ballants, ce cadre commercial en informatique décide dès le début du confinement de publier un post sur Facebook. Son objectif : rameuter un maximum de makeurs.  « Les makeurs, ce sont des individus lambdas comme vous et moi, à la différence près qu’ils possèdent des imprimantes 3D », explique-t-il.

En à peine une semaine, ce dernier parvient à réunir 40 imprimantes. Il les dispose dans un local prêté par la mairie de Chelles, la ville d’où provient la majorité des contributeurs : « On doit énormément à la municipalité pour l’aide qu’elle nous a apportée », précise-t-il. Outre la disposition d’un local pour y stocker les imprimantes, la mairie livre des repas quotidiens pour la quinzaine de bénévoles sur place et met à disposition des voitures pour assurer des livraisons.

« Les imprimantes tournent en permanence, de jour comme de nuit et la maintenance s’effectue par équipe de 3 makeurs, avec une rotation chaque jour », détaille Vincent Guilluy, ajoutant : « Dans le cas de la transmission des visières, nous effectuons des livraisons si nécessaires, mais nous avons surtout un drive où les demandeurs peuvent venir chercher leur commande lorsque les visières sont prêtes à l’emploi ». Une visière demande entre 1h30 et 3h de travail pour les makeurs mais les commandes sont, en majorité, préparées dans la journée.

Carte des livraisons de visières dans chaque ville en temps réel

Et ça fonctionne ! « Dès à présent, sur près de 12000 commandes, nous avons pu distribuer trois quarts des visières. Le tout dans 53 villes réparties dans 5 départements différents », affirme le quadragénaire.

Avec 600 visières livrées, l’hôpital de Montfermeil est le principal client de la Fabrik. Quand un hôpital doit s’appuyer sur une initiative citoyenne pour pallier la faillite de l’Etat… Mais l’établissement de santé n’est pas le seul client de la maison : il y a aussi des commissariats, des associations, des ONG…

« D’ici quelques temps, une fois le déconfinement passé, la fabrik disparaitra. Si nous avons décidé de nommer cette entreprise fabrik éphémère c’est justement parce qu’elle doit tendre à disparaitre une fois la crise passée », en conclut Vincent.

En parallèle, une multitude de groupe de makeurs ont fleuri dans chaque département. « Makers contre le Covid – 93 » en est l’un d’eux. Ces derniers sont disponibles sur Facebook avec une page dédiée aux demandes de visières.

Amine HABERT

Articles liés

  • Clichy-sous-Bois dans la peau : dans les yeux de Kwamé

    Il faisait partie du groupe de jeunes garçons qui a couru en voyant la police le soir de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré. 15 ans après le drame qui l'a marqué lui, les habitant· e· s de la a ville de Clichy-sous-Bois, et celles et ceux des quartiers populaires qui ont réagi par ce que l’on a appelé les “révoltes urbaines”, il prend la parole pour nous raconter comment il s'est reconstruit. Et comment sa ville de Clichy-sous-Bois a évolué. Portrait.

    Par Anissa Rami
    Le 27/10/2020
  • Après l’effroi de Conflans, le désarroi des profs devenus derniers remparts républicains

    Où en sont les profs après la terrible attaque mortelle de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) ? Alors que le ministre de l'éducation nationale a annoncé son intention de "protéger" les enseignant·e·s, certain·e·s restent mitigé·e·s face à la nouvelle prise de conscience collective de la sphère politique et médiatique, sur l'importance du métier.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 20/10/2020
  • À Épinay-sur-Seine, un lycée au milieu des gravats et sans savon en plein Covid-19

    Le lycée Jacques Feyder à Épinay-Sur-Seine, en travaux depuis trois ans, est toujours en chantier. Et avec l’épidémie, les conditions sanitaires se détériorent. C’est ce que dénonce l’ensemble du personnel réuni jeudi 15 octobre 2020 devant les portes de l’établissement. Alors que de nouvelles mesures sanitaires viennent d’être annoncées par le Président E. Macron, les enseignants et l’infirmière de l’établissement réclament de meilleures conditions de travail. Reportage.

    Par Chahira Bakhtaoui
    Le 16/10/2020