-- Cliquez pour voir l'image en entier

Durant la campagne des municipales de 2008 à Villiers-le-Bel, le maire sortant, Didier Vaillant (PS), avait promis qu’il allait enfin s’attaquer aux problèmes auxquels font face les jeunes de sa commune. A l’époque, j’avais rencontré un élu plein de doutes quant à sa réélection, opposé qu’il était à la très médiatique Sylvie Noachovitch, laquelle n’avait pas hésité à défendre les jeunes émeutiers, pensant sûrement que cela lui donnerait la victoire. Les Beauvillésois ont finalement réélu le maire, sans pour autant lui accorder un blanc-seing, comme on dit.

Un an après la mort de Larhamy et Moushin dans une collision avec une voiture de police (l’enquête est en cours…) et neuf mois après l’élection municipale, j’ai voulu savoir si les choses avaient changé à Villiers-le-Bel. Direction le « Point Information Jeunesse », nouvelle structure rattachée à la mairie, censée apporter une aide aux jeunes des quartiers. Surprise : à l’accueil, l’animatrice du lieu animatrice refuse de me parler après que je lui ai dit être un « journaliste » du Bondy Blog. « Je ne souhaite pas communiquer avec les journalistes, il faut une autorisation du cabinet du maire depuis les événements de 2007. D’ailleurs, donnez-moi votre identité, je vais la transmettre à mes services. »

J’insiste auprès d’elle, arguant de ma qualité de « journaliste citoyen » et de résident de Villiers-le-Bel depuis 36 ans. « Je suis désolé, rétorque-t-elle, je ne peux rien vous dire. » Je quitte donc le « Point Information Jeunesse », qui porte mal son nom. Je me rends alors à la nouvelle bibliothèque de la ville, ouverte le 20 septembre 2008, qui remplace celle qui avait été incendiée en 2007 pendant les émeutes. Même accueil : refus de parler.

Transgressant le black out instauré par la mairie, je m’attarde dans la bibliothèque afin de discuter avec des jeunes qui fréquentent l’endroit. J’essaye d’avoir leur sentiment sur ce qui se passe, ou ne se passe pas, à Villiers-le-Bel. Aboubacar, étudiant à l’université, m’explique avec un sourire ironique : « Vous savez, il ne faut rien attendre des pouvoirs publics, il faut se prendre en main. Moi, je suis étudiant à la fac et je fais tous pour réussir, je n’ai besoin de personne. Lorsque la bibliothèque a brulé, j’allais à Beaubourg. J’ai envie de m’en sortir et je ne m’occupe pas de ce qui se passe dans la commune. »

Sa voisine intervient : « Franchement, les événements ont donné une mauvais image de la ville. Depuis les émeutes, il ya toujours des voitures de CRS qui tournent tous les soirs, et hier j’ai même vu un hélicoptère qui tournait dans le ciel. Il voulait peut-être fêter les un an de la mort des deux jeunes à leur manière. Un nouveau commissariat, une nouvelle bibliothèque, une nouvelle structure pour accueillir les associations de la commune, tous cela je pense que ce sont de bonnes initiatives, mais avant tout, il faut une prise de conscience personnelle, aide de toi et le ciel t’aidera… »

Chaker Nouri

Photo du haut : Aboubacar et sa voisine de table dans la Bibliothèque Aimé Césaire de Villiers-le-Bel.

Chaker Nouri

Articles liés

  • La première maison d’écologie populaire de France est à Bagnolet

    #BestOfBB Le mouvement citoyen pour le climat Alternatiba et l'organisation Front de Mères inaugurent un lieu inédit à Bagnolet : Verdragon, la première maison d'écologie populaire de France. Situés dans le quartier populaire de la Noue, les locaux abriteront un projet d’écologie populaire, avec l’ambition d’un fort ancrage politique et citoyen accessible aux enfants et aux familles. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 30/07/2021
  • L’urgence d’apprendre à nager en Seine-Saint-Denis

    Dans le cadre de l'opération "savoir-nager", quatre bassins éphémères vont se relayer tout l'été dans différentes communes de Seine-Saint-Denis pour enseigner la natation dans le département le plus carencé en infrastructure, où un élève sur deux ne sait pas nager en entrant au collège. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 28/07/2021
  • La solidarité sur tous les champs à Villetaneuse

    #BestofBB À Villetaneuse, les générations se mêlent autour des potagers solidaires et du cinéma. L'association l'Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de fruits et légumes, des ateliers jardinages, des séances de cinéma pour faire éclore le lien social dans cette période de pandémie. Reportage.

    Par Eva Fontenelle
    Le 27/07/2021