Il y a quelques semaines, j’ai rencontré Ryan et Adam* accompagnés d’Olivier, le responsable du Refuge. Cette association vient en aide à des jeunes en situation de rupture familiale ou en difficulté d’adaptation sociale du fait de leur homosexualité. Ryan a une vingtaine d’années. D’origine marocaine, il est venu en France au mois de septembre 2010 pour poursuivre ses études. Ce jeune homme qui parle d’une voix posée est un musulman pratiquant et affirme faire les cinq prières quotidiennes.

Depuis l’âge de 13 ans, il garde les choses pour lui, il a beaucoup de craintes vis-à-vis de la société qui de famille et de la société. Ryan cache son homosexualité à ses parents depuis toujours. « Au Maroc, si tu montres le moindre signe, tu es jugé. » Néanmoins, il a la chance de grandir dans un milieu aisé, ce qui lui permet d’être protégé. « Au lycée, on était vu comme une élite. » Ayant conscience que son orientation sexuelle est proscrite dans sa religion, il a tenté de lutter contre ses « vieux démons » en rencontrant des jeunes filles, mais en vain. « Même si je n’ai jamais eu de rapport sexuel avec un homme, je sais que je les aime, les filles, elles ne m’attirent pas. » Il aurait souhaité rencontrer un imam pour avoir des réponses à ses interrogations.

S’il a poussé les portes du Refuge, c’est justement pour rencontrer des gens qui lui « ressemblent », partager des avis sans pour autant passer par des sites de rencontres. Aujourd’hui, il affirme être en accord avec lui-même mais n’est pas encore prêt à faire son coming-out. « Je sais que Dieu est avec moi, si j’étais maudit, je n’aurais pas fait beaucoup de choses dans ma vie, si je suis homosexuel, ça n’est pas par choix. » Ryan s’en sort plutôt bien, contrairement à Adam.

C’est en 2006 qu’Adam, alors âgé de 14 ans, est venu en France rejoindre son frère et sa belle-sœur. Pendant plusieurs années tout se passe bien avec sa famille, l’entente est parfaite, il suit une scolarité normale. Mais tout bascule le 24 janvier 2011, lorsqu’il laisse sa sacoche au domicile de son frère. Photos et lettres intimes, c’est ce que découvre son aîné. Des images et des écrits explicites entre deux hommes qui ne font pas de doute sur la sexualité d’Adam. A son retour, sa belle-sœur lui expose la situation. Sur ses conseils, il quitte le domicile, sans savoir où aller, et dans l’urgence, il n’emporte que cette sacoche.

Ne sachant où aller, il se rend à la gare SNCF près de son lycée et ne trouvant pas d’issue, il se met au bord d’un pont pour mettre fin à ses jours. Mais deux inconnus lui évitent le pire, passent près d’une heure et demie à discuter avec lui. Adam fond en larmes, il finit par passer la nuit sur un banc de la gare. Le lendemain, il se rend au lycée et rencontre l’assistance sociale qui le dirige vers l’association Le Refuge. L’organisme va accompagner Adam pendant plusieurs jours pour lui trouver une solution d’hébergement. L’association dispose en interne de très peu de places et de moyens pour gérer au mieux ce genre de situation.

Résultat, après une nouvelle nuit passée dehors, des allers-retours entre le Refuge et le lycée, les deux nuits passées sur un banc de deux centres d’accueil, les mauvaises odeurs et avoir subi les attouchements d’un SDF, Adam va trouver le repos grâce au 30 euros que lui donne l’assistante social. Il s’offre le luxe d’une chambre dans une auberge de jeunesse en attendant le lendemain. Pendant son errance, il reçoit l’appel de sa famille, qui le menace, l’insulte. « Ils m’ont souhaité de mourir. » Et cela va durer pendant plusieurs jours. L’écho de son homosexualité parvient jusqu’en Tunisie, où ses parents le renient.

Finalement à la fin du mois de janvier, Olivier, le directeur du Refuge de Paris, l’informe qu’une place s’est libérée au sein de la « villa ». Un lieu qui accueille cinq jeunes au maximum. Aujourd’hui, Adam va un peu mieux, il a repris les cours et essayé de se reconstruire. « J’ai toujours ça en tête, je suis traumatisé, j’ai toujours peur, même la nuit, je pense à ça. J ai transmis des lettres a ma belle-sœur pour rentrer en contact avec ma famille mais je suis resté sans nouvelles. Dans ces lettres, je leur explique que je ne peux pas changer, qu’il faut qu’ils l’acceptent, que c’est ma famille, j’ ai besoin d’eux. Mais pour l’instant, je ne suis pas prêt à aller vers eux. »

Anouar Boukra

*Prénoms modifiés.

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