La petite pilule qui en faisait voir de toutes les couleurs, a été supplanté dans les soirées par la MDMA, mais le principe (actif) et les risques sont les mêmes. Euphorisante et bon marché, elle est associée à la fête. À côté, la coke est devenue « has been » et le cannabis, carrément ringard. Madonna lui fait même un petit clin d’œil en intitulant son dernier album « MDNA ». 

Samedi soir. Il est vingt-deux heures. La soirée bat déjà son plein dans un grand appartement parisien du 10e arrondissement. Des jeunes d’une vingtaine d’années fêtent les 24 ans de Laura. Des amis, des connaissances, des gens de passage venus de Paris et sa périphérie. La plupart sont étudiants en droit et philo, ils se parlent, se touchent, s’embrassent et s’agitent sur de la musique hip-hop et electro. Au milieu de ce brouhaha, certains deviennent de plus en plus tactiles, d’autres s’étreignent, ça dégueule de compliments et de mots doux, ça crie des « je t’aime ».

Les bières s’enchaînent tranquillement, l’ambiance devient de plus en plus chaleureuse et sensuelle. Affalés sur un sofa, des jeunes trinquent et hurlent de joie. Romain balance à Julie « tu es une personne tellement exceptionnelle » en lui caressant les cheveux, les yeux vitreux et la voix qui déraille. Retour aux années peace and love, un bonheur exalté, une joie presque gênante et tout ça avec la « tata », comme disent les consommateurs.

La MDMA (méthylène dioxy metoamphétamine) c’est la drogue en vogue et elle fait un tabac auprès des jeunes étudiants et actifs. Principe actif de l’ecstasy et classé comme stupéfiant en France, il est synthétisé par les laboratoires Merck au début du XXème siècle et aurait été administré aux troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale pour leur couper la faim et leur redonner le moral sur le front.

Très rapidement au début des années 2000, elle réapparaît, l’ecstasy est victime de son succès, et lui vole la vedette dans les raves parties. En poudre ou sous forme de cristaux dans une feuille à rouler à ingérer avec un verre d’eau, elle est très appréciée auprès des 20-30 ans. En France, plus d’un million de personnes l’auraient déjà expérimenté et 150 000 en seraient des utilisateurs réguliers.

Pour la plupart des utilisateurs, la MD est la clef pour atteindre le nirvana : bien-être extrême, bonheur intense, et exacerbation des sens garantie pour 6 heures au moins. Pour Carole, c’est un peu la drogue parfaite. Jeune étudiante en philo de 23 ans, elle a trouvé un bon compromis avec la « tata » : « les effets sont kiffants, c’est pas cher, en général j’achète 1 gramme pour 60 euros et je sais que c’est pas super nocif ». Souvent appelée « pilule d’amour », la MD est appréciée pour ses vertus euphorisantes mais aussi, car elle provoque un sentiment de tolérance et d’amour universel. Carole ressent cette ‘Ghandi attitude’, elle éprouve un profond besoin de communiquer « physiquement et avec la parole » et d’aimer : « quand je suis sous MD, j’ai l’impression d’être dans un nid de douceur et je ressens un profond respect pour l’autre, j’ai vraiment l’impression de prendre en considération la personnalité de chacun, de passer outre leurs défauts et de les aimer ».

Outre-Manche, Sophie 22 ans, étudiante en école de commerce à Paris, a expérimenté la MD dans les soirées underground. Elle la décrit comme une drogue banalisée dans les soirées londoniennes. Avec la MD, en route pour un bien extrême et une démultiplication des sens : « on se sent trop en osmose avec les lumières et la musique, je vois la musique même ! ».

Mais le bonheur provoqué par la MDMA n’est pas sans sensations désagréables, « en général, j’ai les dents qui claquent, les pupilles dilatées, je transpire à mort, c’est assez monstrueux à voir, je suppose ». Une fois les effets de la MD retombés, place à la descente : angoisse, déprime et grande fatigue sont au rendez-vous. Pendant 2 voire 3 jours après la prise, Sophie « n’a envie de rien », « c’est comme une micro-dépression ». Carole, elle, se sent molle, incapable de se concentrer : « je suis incapable de travailler mes cours ou de faire quoi que ce soit, j’ai très envie de dormir comme si je n’avais pas dormi depuis des jours ». Pour certains la chute est plus rude, l’effet roulette russe les fait sombrer dans un état de dépression permanent, même si c’est rare, cela reste un risque. En tout cas, avec la MD, les années hippies se refont une jeunesse.

Myriam Boukhobza

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