JOURNÉE DES DROITS DES MEUFS. Il y a un an jour pour jour, Bianca Brasdorp ouvrait son hôtel bien particulier aux Pays-Bas. Cette entrepreneuse amstellodamoise n’accueille que des femmes dans son « HostElle ». Portrait.

Bianca Brasdorp serre une enveloppe contre elle. Un rire fend son visage : « HostElle est nominé pour le prix du meilleur Hôtel concept des Hospitality and Style Awards des Pays-Bas, compétition organisée par les professionnels du secteur hôtelier et qui récompense les meilleurs endroits ! Résultat attendu le 25 mars prochain ! » Une victoire pour l’entrepreneuse énergique de 41 ans qui a créé le premier hôtel pour femmes à Amsterdam. Oui, pour les êtres humains de sexe féminin uniquement… Bianca aurait-elle une dent contre la gent masculine ? « Pas du tout ! » répond en riant cette épouse et mère d’une fillette de 9 ans. « Certes, parfois, des femmes viennent chez nous pour des motifs religieux et pour ne pas être mélangées avec des hommes mais c’est une infime minorité. La plupart sont des touristes qui cherchent un hôtel-budget et qui flashent sur l’originalité et l’aspect convivial de HostElle en surfant sur internet ». Car pour le prix d’une auberge de jeunesse, les ladies de passage peuvent s’offrir un hôtel aux airs de pension de famille branchée avec soirées pyjamas dans le salon aux côtés d’autres voyageuses de tout âge, venues du monde entier. Et toutes les chambres et les pièces ont une ambiance originale et inventive, ornées par les œuvres d’artistes locaux.

Si HostElle, inauguré le 8 mars 2012, est très fidèle à l’esprit amstellodamois dans sa déco avec de la chine, du bric et du broc qui se télescope avec les dernières tendances design, cette auberge est surtout à l’image de celle qui l’a imaginée. Chaleureuse, ambitieuse et créative. « Après des années comme responsable en communication et marketing dans des grosses boîtes comme American Express, je m’ennuyais ferme et j’avais envie de voler de mes propres ailes. J’ai fait un brainstorming, une étude de marché puis imaginé ce concept hôtel car ça n’existait pas à Amsterdam. Au départ, j’ai galéré pour trouver des banques pour financer mon projet, mais ces contraintes de temps et de budget m’ont obligée à être imaginative. C’était aussi très excitant de tout devoir penser, de A jusqu’à Z, du logo, au website jusqu’au moindre détail de la décoration… ».

P1070069Aujourd’hui Bianca est à la tête d’une petite entreprise de 5 personnes (réceptionnistes, personnel de nettoyage) et HostElle a gagné ses galons. Situé tout près du stade de l’Ajax d’Amsterdam, à mi chemin entre le centre historique et l’aéroport Schiphol, Mrs Brasdorp a su attirer la clientèle là où habituellement les touristes ne s’aventurent pas, dans le quartier populaire d’Amsterdam Bijlmer Arena Station. « Avant, ce quartier avait mauvaise réputation mais il a bénéficié de nombreuses rénovations… Je me suis installée ici à cause du prix du foncier évidemment mais surtout parce j’y ai grandi et j’y ai mes attaches. Ma nièce tient un restaurant à côté. Et puis pour mes hôtes, c’est très bien desservi par les transports, il y a un centre commercial. Ce quartier a ses atouts ». De quoi réaliser son rêve d’entrepreneuriat tout en restant fidèle à « sa banlieue », même si au contraire de certains quartiers comparables en France, elle ne souvient pas d’y avoir vu ou entendu des émeutes urbaines. «Nous sommes un petit pays… Les choses doivent peut-être être plus faciles à gérer. Pourtant nous avons déjà connu des situations à risques comme l’assassinat du cinéaste Van Gogh par un extrémiste religieux. En écoutant la nouvelle, j’ai pensé, « ça va dégénérer en émeutes » mais non, il ne s’est rien passé. Comme lors de l’assassinat de Pim Fortuyn par un activiste politique, extrémiste lui aussi… Des débats, des discussions animées, oui, il y en a eu beaucoup mais pas d’émeutes… »

Née au Surinam, ancienne colonie néerlandaise indépendante depuis 1975, située sur la mappemonde aux frontières de la Guyane et du Brésil, Bianca est arrivée dans ces faubourgs d’Amsterdam à l’âge de 4 ans. Maman ouvrière d’usine et papa médecin traditionnel, elle a poussé dans une fratrie de 9 enfants. Première de sa famille à décrocher un diplôme universitaire, elle se qualifie comme une « commercial babe », avec la passion du marketing chevillée au corps, quant ses frères et sœurs ont préféré des carrières dans le social. Pur produit amstellodamois, elle a gardé un lien avec son Surinam natal grâce à la maison de vacances qu’elle y possède et où elle déconnecte. « Mais c’est difficile de s’y faire des nouveaux amis à cause du « gap », du décalage de style de vie ». Aux Pays-Bas, même si elle est se sent bien, le constat est nuancé. « J’ai toujours vécu dans un quartier à forte population noire alors je ne me suis jamais sentie discriminée. Dans un petit village, sans doute les choses auraient été différentes. Malgré cela pour de nombreux néerlandais, je ne serai jamais perçue comme une « Dutch » à part entière et on me demandera toujours d’où je viens. J’ai grandi ici, fait mes études, créé mon foyer, mon entreprise et mon accent ne peut pas mentir… Je suis 100% amstello-danoise ! »

Et son HostElle parle aussi pour elle. Les célèbres poteries de Delft blanches et bleues décorent les sanitaires, des guides de sa ville chérie remplissent la bibliothèque en libre-service, elle qui connaît la capitale culturelle par cœur pour toujours mieux renseigner ses clientes. Son point de vue sur le mariage gay est aussi typiquement néerlandais. Bianca a du mal à comprendre l’importance de la mobilisation en France contre le Mariage pour tous, elle qui a assisté aux noces de ses amis Wolter et Peter, il y a 12 ans déjà. « Mais de quoi ont-ils peur ? Que les gays puissent se marier, cela n’enlève rien aux hétéros ! Et les orphelinats du monde entier sont remplis d’enfants malheureux. Que des couples du même sexe souhaitent adopter pour chérir un enfant et lui offrir un foyer, je trouve ça génial… ». Le téléphone sonne, les affaires et les réservations reprennent. De quoi bien occuper ses journées de business woman, d’autant qu’elle planche sur un nouvel hôtel concept. « Mais je ne peux encore rien dire, c’est un projet en pleine gestation !». Avec une nouvelle récompense en perspective pour Bianca Brasdorp ?

Sandrine Dionys

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