Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don



Sur la ligne 4 du métro, dans le 18e arrondissement de Paris, bat un peu du cœur de l’Afrique. Même si on n’y retrouve ni la chaleur ni les architectures de Dakar ou de Bamako (on ne peut pas tout avoir !), Château-Rouge est un excellent plan pour faire son marché… à l’africaine. Les pommes et les cerises côtoient les piments et les gombos*. Les rues sont pleines de sachets en tous genres, des safous** font de la pirogue dans les caniveaux, les trottoirs laissent place aux vendeuses de « maisso », autrement dit maïs chaud.

Dans les rues, des Noirs, oui mais pas que. Des Blancs et des Beurs, ainsi que des Asiatiques, commerçants hors pairs. Les Asiatiques sont ceux qui possèdent le plus de boutiques ! Ils y vendent tout le nécessaire pour préparer un bon mafé ou pour se faire une jolie coupe de cheveux. Certains d’entre eux parlent même lingala*** ou d’autres dialectes africains. Mais quand j’ai essayé d’en savoir un peu plus sur leurs activités à Château-Rouge, ça a été difficile. Autant le dire, on m’a ignorée. Une jeune femme m’a quand même dit ceci: « Avec tous les problèmes qu’il y a ici, je pense que personne ne voudra parler! »

Quels problèmes? « Une rumeur dit que la mairie voudrait fermer Château-Rouge, donc on ne sait pas trop ce qu’il va se passer. » Les autorités auraient-elles l’intention de boucler le quartier ? Je m’approche d’autres commerçants pour essayer d’obtenir plus d’informations. Rien ! Personne n’est au courant. Une vendeuse ne veut pas croire à la rumeur : « Château-Rouge étant en travaux, il est impossible que ça ferme ! » Affaire à suivre…

Château-Rouge n’est pas qu’un immense marché, c’est aussi un quartier d’habitation qui a ses aficionados. Aurélie, 24 ans : « Je déménage aujourd’hui mais ça faisait trois ans que j’habitais ici. J’y suis arrivée par hasard, alors que je cherchais un logement. Et puis ça m’a plu. L’ambiance, du monde tout le temps dans les rues et le fait de pouvoir trouver tout ce qu’on veut, oui, ça m’a bien plu. »

Ambiance incomparable, certes, mais n’enjolivons pas le tableau ! Château-Rouge reste un quartier connu pour ses prostituées et son trafic de drogue ! La police veille sur tout en permanence. Autre facette de Château-Rouge : la contrefaçon. Des vendeurs tentent d’écouler ceintures ou montres de « grandes marques », d’autres, hommes et femmes, vendent des habits, de « grandes marques » aussi, le plus souvent exposés sur le capot d’une voiture. Mais dès qu’une sirène de police retentit, toutes ces personnes prennent la poudre d’escampette. La « keufs » partis, elles réapparaissent et reprennent leur petit marché.

Château-Rouge, quartier sans pareil, inscrit aux patrimoine parisien de l’humanité.

Ndembo Boueya

*Légume africain. Il est vert et son cœur est gluant! Il est utilisé pour faire des bouillons.

**Légume africain que l’on grille à la poêle ou que l’on fait bouillir, auquel on rajoute du sel.

***Une des langues parlées au Zaïre.

Ndembo Boueya –

Articles liés

  • Étudiants ultramarins : une rentrée à des milliers de kilomètres de chez eux

    Étudier dans l’Hexagone implique, pour de nombreux jeunes ultramarins, de partir à des milliers de kilomètres de chez eux. En 2023, 39 700 étudiants ayant obtenu leur baccalauréat dans une académie ultramarine poursuivaient leurs études dans l’Hexagone. Entre offre de formation limitée, éloignement familial et découverte d’un nouveau quotidien, cette mobilité impose une double adaptation.

    Par Iris Pastel
    Le 25/09/2026
  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026