Mais que fait la police ? C’est la question que se pose sans relâche le jeune Daouda. Cet acteur de 19 ans, originaire des quartiers nord de Marseille, de la Busserine plus précisement, n’en revient toujours pas. Le 22 mai dernier, après la soirée organisée en son honneur au théâtre La Cité, lui et deux mineurs qu’il accompagnait, se font arrêter, menotter et conduire au poste de police. Il témoigne aujourd’hui de cette soirée de cauchemar pendant laquelle, lui et ses camarades se font copieusement insulter.

« L’écriture, c’est une sortie pour moi. » Rap, poésie, slam, Daouda touche à tout et trouve son exutoire dans le théâtre. Il est doué, très doué même, à tel point que le directeur du théâtre La Cité, Michel André, décide d’organiser le 22 mai dernier une soirée autour de Daouda. Celui-ci a carte-blanche et décide d’inviter ses amis sur scène ainsi que des jeunes dont ils s’occupe dans les quartiers. Il souhaitait « mettre toute cette poésie sur scène ».

En rentrant de la soirée, vers 22h45, alors qu’il s’apprête à prendre le bus 530 pour rentrer chez lui et racompagner ses jeunes, il croise un groupe qui s’enfuit en courant. Ces jeunes venaient apparement d’agresser un étudiant. Daouda n’hésite pas, « on a conseillé à l’étudiant d’appeler la police, mais j’ai senti qu’il y allait y avoir des tensions parce qu’on était sur les lieux des faits et les flics, ils ne cherchent pas à comprendre ».

La suite donne raison à Daouda. Cinq minutes après le départ du bus, celui-ci se fait arrêter par une dizaine de voitures de police. La police monte à bord « pour vérifier les têtes », selon Daouda. Les policiers sélectionnent des jeunes, « manque de pot, ils ont désigné un de mes jeunes », précise-t-il, « on était dix, il y en a cinq qui sont sortis, plus deux mecs qu’on ne connaissait pas ». Avant d’ajouter : « Ils [les policiers] croyaient vraiment qu’on étaient du lourd. » Un témoin apparement dissimulé dans une des voitures de police désigne un des jeunes de Daouda, Mohamed, il a 13 ans. « Ils lui mettent une balayette, un croche-patte, pour le mettre à terre et le menotter », me raconte Daouda. Il élève alors la voix, explique que c’est une erreur, qu’ils viennent du théâtre, « mais ils [les policiers] ne voulaient rien entendre », rumine-t-il, « en plus, ils ont déchiré nos textes et notre ticket de transport de groupe ».

Au final, Daouda ainsi que deux mineurs de 13 et 15 ans sont emmenés au commissariat de Bassens, dans le XIVème arrondissement de la cité phocéenne. Le voyage s’apparente à un véritable enfer pour les jeunes. Aussitôt dans la voiture, « les flics commencent à ouvrir les vitres en disant : ça pue, bande de noirs, vos parents ils ont pas de douche ?, on devrait vous passer au karcher, même l’air, il sent plus bon que vous…» Des propos insoutenables pour les jeunes qui ont du mal à garder le silence, mais le policier à l’arrière menace, « si vous parlez, je vous en mets une », avant d’ajouter, « vous avez pas de déodorant ? ». Daouda goûte peu la moquerie, « son déodorant à lui c’était sa bombe lacrymo », me confie-t-il.

Arrivé au commissariat, les policiers se rendent compte qu’ils n’ont rien pour retenir les jeunes, et après plusieurs intimidations, ils décident de les relâcher et d’appeler leur parents, il est 1h du matin. Les parents des mineurs, non-véhiculés, ne peuvent pas venir les chercher. Une jeune policière lache « vos parents, ils s’en battent les couilles de vous ». Dernière humiliation, les policiers appellent des contrôleurs de la RTM (régie des transports de Marseille) qui viennent dresser des PV aux deux jeunes qui n’avaient pas de tickets or, selon Daouda, ce sont les policiers qui ont déchiré le ticket de groupe.

Une fois rentré chez lui, Daouda décide de porter plainte, avec le soutien de ses profs et de directeurs de centre sociaux, il entre en contact avec une avocate. Celle-ci douche les espoirs de Daouda, « on peut rien faire car on a pas de preuve, c’est ma parole contre la leur ». Aujourd’hui, Daouda ne veut rien lâcher, « pour que les jeunes ne se sentent pas en colère. J’aimerais leur dire de ne pas aggraver les choses, ne pas devenir ce que eux [les policiers] veulent qu’on soit. Eux, ils veulent qu’on soit des sauvages. Je pense que c’est une technique pour prendre le dessus sur les jeunes des quartiers, ils vivent ça comme un rapport de force. Derrière tout ça, ils remettent en question le parcours de nos parents. » Sûr de lui, Daouda poursuit, « je cherche à être confronté à eux, avoir des explications et surtout, des excuses. Ils sont tombés sur des jeunes qui empruntaient le bon chemin, avec l’écriture et la culture. »

Les choses avancent depuis ce fameux 22 mai puisque Daouda est en contact avec une déléguée de la Ligue des droits de l’Homme, ensemble ils sont en passe de faire sauter le PV, avec la bienveillance de la RTM. La police et le commissariat de Bassens, contactés par nos soins, n’ont pas été en mesure d’infirmer ou de confirmer les accusations de Daouda. Nous continuons à enquêter et vous tiendrons informés de l’état des choses dès que possible. Quant à Daouda, il veut servir d’exemple, « je n’ai pas peur, je n’ai rien fait, moi, dans l’histoire. Je suis un porte-parole pour ceux qui n’ont pas pu le faire. Je me porte volontaire, c’est tellement rare maintenant les jeunes qui se portent volontaires. »

Michael Couvret (Marseille Bondy Blog)

Michael Couvret

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