« T’as pas vu comment ça pue dehors, comment ça sent la mort », chantait NTM, le groupe phare de Saint-Denis, dans « Laisse pas trainer ton fils ». Ces vers nous remontent aux narines, lorsque, débarquant de la ligne 13 dans la ville de nos compères, nous voila à la station Carrefour Pleyel. Une odeur de cadavre en décomposition et d’égouts. Les voyageurs sont comme indifférents à ce fumet pestilentiel. A la longue on s’y habitue… Amusant de voir les fashionistas tirées à quatre épingles traverser ce brouillard olfactif sans faire la grimace.

Les novices de la ligne 13, parmi beaucoup de touristes, n’ont, eux, d’autre envie que de remonter à la surface et seront sûrement charmés la Basilique de Saint Denis. La demeure pour l’éternité des rois de France. Un lieu chargé d’Histoire, celle de notre vieille France. Une sorte d’îlot dans une mer de quartiers habituellement qualifiés de déshérités. Il y a là, outre la basilique, des commerces branchouilles aux côtés desquels les traditionnelles épiceries et fast-food grecs font toujours recettes. Mais ce furtif décor de carte postale est rattrapé par les vieux démons de la banlieue parisienne.

« L’autre jour, nous étions en train de fumer notre cigarette durant la pause déjeuner. Il y avait pas loin de nous deux types bizarres. J’ai remarqué qu’ils étaient en train de dealer, et ce n’était pas du shit mais du crack. Avec mes collègues nous leur avons dit de ne pas vendre ça ici et de bouger vite fait », raconte Brahim, qui travaille dans le quartier « basilique ».

Drogue, mais saleté aussi. Des pavés de sol sont par endroit brisés, et des trous s’échappent des rats qui y retournent dès que l’on passe à proximité. Rue Edouard Vaillant, qui donne sur la place du marché, des filets d’urine zigzaguent le long du trottoir. Des excréments à taille humaine largués durant la nuit tapissent le bitume – les éboueurs n’ont pas eu le courage de les ramasser.

Ce tableau de cour des miracles et des damnations ne serait pas complet sans les mendiants, les SDF qui fouillent les poubelles, les vendeurs à la sauvette, les scooters qui slaloment entre les passants et le vieil Arabe amputé d’une jambe qui sirote ses cannettes de bière sur son fauteuil roulant tous les matins entourés d’amis. Et qui, lorsque sa vessie est pleine, se soulage comme d’autres sur murs de la rue Edouard Vaillant en se tenant debout sur l’unique jambe qui lui reste.

Des commerçants témoignent de faits d’incivilité. « Il y a des groupes d’adolescents qui déboulent parfois dans le magasin pour voler des vêtements qu’un des leurs avait au préalable repérés », raconte le vigile d’un magasin de sport. Méfiance ce tenancier d’un snack qui demande toujours de voir la couleur d’un billet ou le scintillement d’une pièce de monnaie avant de vous servir votre café. Lui n’a pas les moyens d’avoir un vigile posté à l’entrée de son commerce, contrairement à cette grande surface tout proche.

Celle-ci semble s’être adaptée au paysage. On trouve des excréments de pigeons sur certains produits ; les mouches virevoltent au rayon des boissons ; les baguettes de pain ont parfois perdu leur crouton, croqué par quelque rongeur ; le givre a envahi des congélateurs surchargés. « Je boycotte ce magasin. Ils nous prennent pour des chiens. Ça serait dans un autre quartier, jamais tu verrais tout ça ! », s’indigne Ali.

Le quartier de la basilique n’en demeure pas moins un lieu plein de vie au vu des nombreux jeunes garçons et filles qui empruntent le tramway ou le métro aux premières heures du jour. Ouf ! On n’y croise pas que des K-sos. Et dès 22h30, le bruit disparaît comme par enchantement ; seule la cloche du tramway tintinnabule. Les cailleras qui tiennent les murs la journée regagnent leur appartement comme de gentils enfants modèles. Nos rois de France peuvent enfin reposer en paix…

Aladine Zaiane

Aladine Zaiane

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