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Quelle semaine. Un collégien de 14 ans qui subit une interpellation dont il ressort le visage fracturé. Les voix d’agents de forces de l’ordre crachant « bougnoules », « fils de pute de juifs », « nègres ». Les mots secs d’un préfet de police de Paris qui nous tancent « il n’y a pas de race dans la police, pas plus que des racisés, ou d’oppresseurs racistes ». Un ministre de l’Intérieur qui rappelle une évidence qui échappe malheureusement beaucoup trop à ceux qu’il a sous ses ordres « la violence n’a pas sa place en démocratie ». Le Défenseur des droits qui dénonce un cas de discrimination systémique par la police à l’égard de jeunes Noirs et Arabes à Paris. 

Et puis il y a eu des milliers de personnes dans un coin symbolique du 17e arrondissement. Celui qui abrite le Palais de Justice. Il y a eu des milliers d’anonymes, jeunes pour la plupart, qui ont brandi des pancartes et des poings. Parmi eux, il y avait ceux que la violence policière touchait directement et ceux qui ont pris soin de lire, écouter, entendre pour la connaître. Et derrière eux ? Pas de parti politique mais une femme noire qui se bat depuis bientôt 4 ans pour obtenir justice suite à la mort de son petit frère. Cela suffit à être historique.

Les personnes rassemblées sur le parvis du TGI et bien au-delà se sont offerts ce à quoi on ne rêvait plus depuis longtemps : la fraternité

Et depuis, il y a le silence de ceux qui nous avaient promis une nouvelle ère. Ceux qui ne voient la réalité que quand elle produit des drames. Ceux qui se sont alarmés de la surmortalité du Covid en Seine-Saint-Denis alors qu’elle n’est que la conséquence d’une précarité à laquelle ils n’ont jamais réussi à remédier. Ceux qui nient l’existence de violences policières quand il suffit de discuter avec n’importe quel jeune Noir ou Arabe de n’importe quel quartier de France pour en connaître. Quand il suffit d’écouter les récits des proches des victimes de ces violences. Ceux qui continuent de calculer à quel moment il est bon de s’exprimer alors qu’ils ont déjà des années de retard. 

Mais qu’ils continuent à se taire. A calculer. A bricoler des mesures tièdes dans des cabinets qui ne ressemblent en rien à ce qu’est ce pays. Parce que finalement, nous n’en appelons plus aux politiques. Nous en appelons à ce que l’on nous a promis. Nous en appelons à ceux à quoi en tant que Françaises et Français, nous croyons. La justice, l’égalité. Et mardi, les personnes rassemblées sur le parvis du TGI et bien au-delà se sont offert ce à quoi on ne rêvait plus depuis longtemps : la fraternité.

Je me réjouis que l’on entende plus nos voix que les leurs

Qu’ils continuent à se taire parce que je me réjouis que l’on entende plus nos voix que les leurs. Et je dis volontairement « nous ». Parce qu’en tant que directrice d’un média qui se bat depuis 15 ans pour parler de ces violences policières, de ces inégalités, du racisme qui traverse tous les pans de notre société, je crois pouvoir dire « nous ». D’un média qui se bat pour que de jeunes journalistes issus de toutes les minorités comprennent qu’ils ont leur place et qu’il faut qu’ils aillent la prendre.  D’un média qui se bat pour mettre en lumière les drames et les talents d’une France qui est le nouveau monde depuis bien longtemps déjà. Bien avant qu’ils ne le proclament et bien plus qu’ils ne le seront jamais.

Latifa OULKHOUIR

Crédit photo : Céline Beaury

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