Retenez-moi où je fais un malheur ! Une fois encore, les élections du Conseil français du culte musulman (CFCM), prévues le 8 juin, versent dans la pagnolade. L’instance censée incarner l’islam de France vit des heures agitées. Son président Dalil Boubakeur, au nom de la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP), annonce qu’il ne participera pas au scrutin. L’homme, maître en diplomatie, est coutumier de ces coups de théâtre. Lors des précédentes échéances électorales, en 2003 et 2005, il avait pareillement menacé d’envoyer tout balader pour mieux revêtir par la suite les habits de président.

La composition du CFCM tient un peu de la formule magique, sinon du miracle. Premier miracle, sa création. C’est Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, qui met sur pied l’institution en 2003. Une démarche du même ordre avait été tentée par son prédécesseur Jean-Pierre Chevènement. Face à la poussée islamiste des années 1990 dans les banlieues et réalisant que l’islam n’était plus un corps étranger à la République, ou ne devait plus l’être, les autorités françaises ont forcé le destin en créant le CFCM.

C’est un conseil hétéroclite, dont l’un des principaux mérites est d’inclure en son sein l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) – pour aller vite, la branche « fondamentaliste » du CFCM. Nicolas Sarkozy, adepte à l’époque d’une large ouverture à la fois tactique et politique envers les musulmans de France, avait insisté pour que l’UOIF, qui continue aujourd’hui de faire figure d’épouvantail, soit de la partie. L’union organise ce week-end au Bourget son traditionnel rassemblement annuel.

Les trois autres grandes composantes du conseil sont plus liées à des pays d’origine qu’à une pratique de l’islam proprement dite. Il y a la Grande Mosquée de Paris proche de l’Algérie, le Rassemblement des musulmans de France (RMF) téléguidé par le Maroc, et le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF). Un peu par droit d’aînesse, la Grande Mosquée de Paris de Dalil Boubakeur (son père en fut le recteur avant lui) estime que la présidence du CFCM lui revient de droit. Les autorités françaises ont toujours soutenu le docteur Boubakeur (médecin dans le civil), en vertu des rapports anciens et présents avec l’Algérie.

Seulement, le RMF conteste cette prééminence. Le Rassemblement des musulmans de France est arrivé premier lors du précédent scrutin. Et il est bien parti pour gagner cette année aussi. Sauf qu’au CFCM, ce n’est pas la base électorale qui désigne le chef. Ce système assez peu démocratique sera-t-il viable longtemps encore ? Le RMF fait valoir le nombre de ses délégués – les plus nombreux – participant au vote pour justifier ses vues sur la présidence. La Grande Mosquée de Paris critique pour sa part les critères établissant la qualité de délégué. Ceux en vigueur, les plus neutres qui aient été trouvés, sont les suivants : 10 délégués pour 1 000 m2 de surface de prière. Dalil Boubakeur souhaiterait que d’autres conditions soient prises en compte, comme la présence d’imams formés.

Mais ce que veut surtout le recteur de la Grande Mosquée de Paris, c’est rester président. D’où son chantage à la non participation au vote, laquelle discréditerait le CFCM. Pas sûr que le coup fonctionne cette fois. Si la réalité politique accorde une avance à l’ « Algérie » sur le « Maroc », la réalité de la pratique religieuse démontre l’inverse, semble-t-il. Les « Marocains » sont, en nombre, des fidèles apparemment plus assidus que les « Algériens ».

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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