Samedi 2 janvier, l’Entente Sannois Saint Gratien recevait Toulouse pour les 16e de finale de la Coupe de France. Un match sans miracle sportif, mais dans une ambiance rafraîchissante.

René Fallet a tout compris. Dans son roman Le Triporteur, il envoie son héros, Antoine Peyralout, « membre de l’amicale des amis de la belotte et du 421 réunis et supporter du R.C Pommard » à Paris pour regarder la finale de la Coupe de France. Il a bien raison. S’il y a bien une compétition pour laquelle il faut se déplacer au stade, quitte à avaler les kilomètres sur un vélo du diable, c’est celle-ci. C’est le seul moment ou le foot business rencontre le foot populaire.

Ce samedi, l’Entente Sannois Saint Gratien, pensionnaire de CFA recevait le « Téfécé », un club qui fait partie des vieux briscards de la ligue 1. Même si Toulouse n’est pas un repère de stars et vit actuellement une saison difficile (19e du championnat à la 19e journée), cela reste une valeur sûre de l’élite avec quelques joueurs de talents, et notamment l’avant centre Wissam Ben Yedder.

Il y a des buvettes qui en disent long sur les clubs. A Michel Hidalgo, le stade de l’Entente, la barquette de frites est à deux balles. Le coca et la binouze aussi. Comptez trois cinquante si vous aimez les saucisses. En fin de match, on casse les prix. Le speaker, à peu près aussi talentueux dans l’exercice qu’un bègue en éloquence annonce le casse dalle à un euro « pour nous remercier d’être venus ». Surtout parce qu’il en restait trop, et qu’il fallait écouler pour ne pas gâcher. Mais enfin, c’est sympa quand même.

Du côté de Saint Gratien, à l’organisation, on n’avait que moyennement prévu le coup. Les deux seuls guichets n’ont pas été à la hauteur de l’évènement, et certains spectateurs ont loupé pratiquement toute la première période à attendre de pouvoir prendre un billet. Au total, c’est 3353 personnes qui se sont déplacées pour voir cette rencontre, battant ainsi le record d’affluence du club. Le nombre est annoncé fièrement en fin de match, avec remerciements et tout. Pareil pour les toilettes. Il valait mieux ne pas avoir envie de pisser à la pause. Pour évacuer la bière bon marché, il fallait faire la queue, devant les sept ou huit toilettes de chantier à disposition, ou trouver un coin pour se soulager dans l’herbe du parking.

En même temps, à la mi-temps, le mieux était encore de rester en tribune, pour écouter le formidable speaker et son micro peu fonctionnel. Il profite de l’entracte pour présenter les lots d’une tombola dont nous n’avons jamais entendu parler. A gagner, un maillot de l’entente, un ballon dédicacé ou encore un service à café. Gentiment chahuté par le public à cause du micro qui permettait tout juste de piger un mot sur deux, il a cette réponse formidable : « z’avez qu’à vous taire, vous entendrez mieux », déclenchant de nombreux rires dans les gradins.

Sportivement, l’affaire a été vite pliée, dès la sixième minute. Un Sannoisien, en position de dernier défenseur, tirait le maillot de Ben Yedder, qui s’écroulait. Carton rouge. Ben Yedder, toujours, plantait le coup franc immédiatement. Un bijou de frappe enroulée en pleine lucarne, de quoi virer les toiles d’araignées. A 10, plus rien à espérer face à l’élite. Sans forcer le talent, les Toulousains en ont planté cinq.

Malgré les buts qui s’enfilaient comme des perles, certains supporters locaux conservaient de la voix en fin de première période, avec des « Toulouse, on t’encule » tonitruants. Du classique dans le foot. D’autres étaient venus voir les copains, comme ces jeunes gens qui alpaguaient un joueur local parti s’échauffer. D’autres, encore, ont tenté de gratter des places en tribune d’honneur. Avant la rencontre, l’un d’eux affirme au type de la sécu, à l’entrée, « j’ai une accréditation, je travaille ici, ils sont avec moi », en désignant les quatre ou cinq autres gusses qui attendent. Devant son incapacité à présenter le précieux sésame, la réponse est sans appel. Négative. La petite bande passe quand même, poussant le videur à appeler « du renfort ». Nous ne saurons pas ce que sont devenus ces joyeux drilles. Ils ont peut être fini dans les tribunes exposées à la pluie, derrière les buts où quelques rares courageux ont pris place. Pourtant, il restait des sièges de libre. C’est sympa la coupe de France, mais comme partout, les pauvres prennent la flotte.

Mathieu Blard

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